POIDS
de la
du
GEUR.
GUEUR.
pièce.
kilogr.
kil.
1 Damas fort (conleur sur couleur)
\ldem deux ou trois couleurs, .. .
Il 76 a
Tis.sus salins, </dcm
i Lampas à ramage de toute couleur. . . .
\ Idem
! Cliàles blancs brodés
L Idem
Crêpes deU'^'^'”* ponceau. Idem
Chine brodés | Echarpe blanche. Idem
compris
la frange
\ Ceintures brochées, de couleurs assorties.
L’exportation des tissus de soie n’a eu lieu, en i844 , que par le port de Canton, et s’est ainsi distribuée :
Par navires anglais 41,064 kilogr. au prix moyen Je 47 fr. 1,930,008^
américains 99,719 îhid. 81 8,077,239
suédois 363 Ihid. 47 17,061
L’exportation des tissus de soie et de coton a été par navires anglais de 6,717 kilogr., d’une valeur de 87,208
Total... 10,111,576
La majeure partie des tissus de Chine importés en Angleterre est réexportée à destination des divers pays d’Europe.
La France reçoit ainsi les lampas et les damas façonnés, tissus fort recherchés pour ameublement; leur prix en France est de 70 à 80 p. 0/0 plus cher qu’en Chine.
Quant aux écharpes et aux châles brodés , la mode en Europe a mis en vogue les blancs; mais en Amérique, et surtout au Mexique, les châles et écharpes de crêpe de Chine brodés, de couleur, sont devenus d’un usage général depuis de longues années. Nous avons eu occasion de suivre des achats considérables ayant cette destination. Les cargaisons se composent d’assortiments de châles dans les couleurs les plus voyantes, surchargés de broderies que le goût réprouverait en Europe. Ils coûtent, en Chine , de 8o à 3oo francs.
Les ceiiilures de erê})(‘ de ('Jiine sont aussi lorl leehereliées au Mexique : ou eu assortit les couleurs. Ou pa^e, à Canton, 12 francs j)our la teinture de cent ceintures, sauf en écarlate et en cramoisi; ces deux teintes coûtent 5 francs de plus.
Les frais généraux de commerce entre le Mexique et Canton dépassent d’environ i8 p. o/o les mêmes frais généraux entre le Mexique et la France, parce qu’il n’existe pas autant de moyens d’échange entre le Mexique et la Chine qu’entre la France et ce dernier pays. 11 en résulte que la France pourrait vendre au Mexique la plupart des articles de soie à i8 p. o/o plus cher qu’en Chine.
Nous n’avons pas de données suffisantes sur la valeur des rubans et des gazes en Chine pour en parler. Nous dirons seulement, à l’égard de ce dernier article, qu’une gaze, dont l’échantillon est ci-joint, coûte 6 fr. le mètre.
- La soie à coudre et le cordonnet desoie (échantillon ci-joint), de 1,900 à 2,000 écheveaux à la livre, valaient à Canton, en 1845, 4 fr. 37 cent, le catty, teint en noir, et dans les autres couleurs assorties, 4 fr. 87 cent., c’està-dire 44 francs le kilog. En 1842 , elle n’était qu’à 32 fr. le kilogramme.
La loi du 9 juin i845 a levé la prohibition qui frappait la plus grande partie des tissus de soie de Chine et l’a remplacée par des droits; mais elle leur impose la condition d’être importés directement des lieux de fabrication , sans escale ou entrepôt dans un autre pays. Il conviendrait en outre, ce nous semble, d’augmenter la surtaxe de navigation, de manière à assurer à la marine nationale des avantages tels, que, le jour où nous aurons des relations directes et suivies, avec la Chine, on ne puisse en réalité importer des tissus de la Chine que par bâtiments français. Nous demanderions, par exemple, que le droit d’entrée sur les soieries de l’Inde et de la Chine par navire étranger soit le double de celui par navire français, et cela est sans inconvénient, puisqu’il ne s’agit pas d’objets de première nécessité. Quant aux droits de 20 et 34 francs le kilogramme pour les crêpes de Chine, de 16 francs pour les étoffes façonnées ou brochées, ils nous paraissent plus que suffisants pour protéger le travail de nos fabriques. Nous ajouterons ici aux motifs que nous avons donnés plus haut de cette opinion; qu’à l’égard des tissus façonnés surtout, la défectuosité des métiers en usage rend la concurrence de ces tissus sans danger pour la France. Les avau-
tages résultant de notre mode de fabrication sont tels, qu’en faisant emploi des soies de Chine, nous pourrions donner ici aux mêmes prix, sinon à meilleur marché qu’en Chine, les tissus façonnés qu’on tire de ce pays. Nous exceptons les crêpes unis et brodés dont les Chinois ont conservé la spécialité.
En définitive, les droits dont il s’agit correspondent à une taxe ad valorem de i5 à 3o p. o/o, à quoi il faut ajouter lo p. o/o pour les frais de douane, d’emballage, de fret et d’assurance maritime , qu’entraîne l’expédition des soieries de Chine en France; plus un change défavorable de lo p. o/o, ce qui porte à 35 et 5 O p. o/o la protection réelle couvrant notre industrie dans l’état actuel des choses.
En ce qui concerne les foulards écrus et imprimés, il est à remarquer que c’est par la voie d’Angleterre que nous en recevons la majeure partie. Pour encourager nos négociants à aller les prendre en Chine , il faudrait non-seulement augmenter la surtaxe de navigation, en portant à i5 francs par kilogramme le droit sur les premiers et à 3o francs le droit sur les seconds, apportés par navire étranger, mais encore augmenter la différence qui existe dans le droit sur les foulards en écru venant de l’Inde et de la Chine et les foulards en écru venant d’ailleurs.
Ce qu’on obtiendrait en réduisant, par exemple, à 4 francs par kilogramme le droit sur les premiers el en portant à lo fr. le droit sur les seconds.
Du thé.
Le thé, dont nous consommons annuellement i5o,ooo kilogrammes, doit aussi offrir à notre commerce un objet de retour en raison du droit différentiel dont il est frappé. Nous pensons que le tarif n’est susceptible, à cet égard, d’aucune modification. Une diminution dans le droit d’entrée par navires français n’augmenterait pas sensiblement la consommation. Nous ne voyons pas, d’ailleurs , qu’il convienne à la France de substituer le thé au café, ce dernier ayant un intérêt maritime bien autrement important, et ce ne serait qu’aux dépens du café ou du vin que l’usage du thé pourrait prendre une grande extension h
* Ce serait plutôt aux dépens du vin , car la consommation du thé et celle du café vont à peu près de pair en Angleterre ( 18,000,000 kilogrammes de thé, 1 4,000,000 kil. de café). [Note du Rédacteur en chef des Annales maritimes.)
La Lhiiie est toujours le principal inardié du thé; ni'anmoins l’Inde anglaise, le Brésil, l’île de Java en produisent; Java surtout, qui en verse annuellement dans le commerce 35,ooo kilogrammes.
Voici quelle a été l’exportation du thé de Chine en i8/|4
(3 février) :
Par
CaiHon. —Thé noir.
D® — Thé vert.
Süus
an
pavillon ^ glais.
Total, . .
au prix moyen de 3 f. lek“.
1 Par
Shanghaï. — Thé noir.
D" —Thé v«rt.
Total. . .
au prix moy. de 3‘^,05 le k®
•Sous
pavillon i
1 Par
Canton. — Thénoir.
américain.
D® — Thé vert.
Total . .
au prix moy. de 3^,96 le k*.
Sous pavi]
lion hollandais
prix 3 francs le kilogr. . .
belge .
suédois
allemand
français
Total
Du nankin.
Le seul tissu de coton que la Chine puisse nous fournir est * connu depuis longtemps dans le commerce sous le nom de nankin. Le plus estimé est fabriqué dans la province de Kiang-sou , dont la ville de Nankin est la capitale. Sa couleur jaune est celle qu’a naturellement le coton; c’est ce qui expliquerait pourquoi cette étoffe n’a pu être parfaitejnent imitée en Europe. On en trouve dans le commerce trois qualités, qui se distinguent par leur finesse, et dont la valeur varie entre 2 4o et 4oo francs les 100 pièces de 7 yards de longueur chaque, pesant ensemble à peu près 5o kilogrammes : ainsi le prix du kilogramme est entre 4 fr. 80 cent, et 8 francs. Le tarif impose un droit de 5 francs par kilogramme sur les nankins. Nous pensons que ce droit, correspondant en moyenne à 80 p. 0/0 sur un tissu que nous ne fabriquons pas et qui satisfait au goût d’une certaine classe de consommateurs, peut être réduit à 2 francs le kilogramme, lorsque l’importation sera directe de la Chine, et non pas de i’Inde , où cette marchandise a déjà été transporlée par bâtiments anglais.
Toile grossière et batiste de Canton.
On trouve sur le marché cliinois plusieurs variétés de toile différant beaucoup de celles d’Europe, surtout par leur roideur persistante ainsi que par la fraîcheur qui en est la conséquence et qui leur fait donner la préférence sur nos toiles par les Chinois. Au nombre de ces tissus qu’on fabrique dans le Kouangtong, où ils sont connus sous la dénomination générique de chapon, se trouvent ceux que les Français désignent sous le nom de batiste de Canton, les Anglais sous celui de grass-cloth (tissu ^ d’herbe) et les Cantonnais sous le nom de yun-cbek-yas-ha-pou , quand l’étoffe est unie, et de piou-pa-yao-ba-pou , quand elle est blanche, mot à mot l issus fins écrns d'été et tissus légers, fins, blanchis , d'été. En outre de cette espèce de batiste qui présente une variété infinie de finesse et par conséquent de valeur, on fait, comme nous venons de le dire, des toiles plus ou moins grossières , appelées tso-cha-pou , tissu grossier d’été.
La matière des deux tissus provient de l’écorce de deux plantes qu’on cultive en grand à 3o ou 4o lieues au N. de Canton, dans le district de Si-nan et notamment sur le territoire de la petite ville de Hoang-tcbiang. Elles sont connues sous les noms de lo-ma et de tsing-ma. ^
Nous avons rapporté et remis au Gouvernement des graines de ces deux plantes textiles avec une instruction pour leur culture et la préparation de la filasse et des fils. 11 résulte de l’examen que nous avons fait des fils du tsing-ma et du lo-ma, qu’ils ne sont point filés et tordus ; mais qu’ils se composent de fibres ajoutées bout à bout, au moyen d’un petit enroulement produit par le mouvement des doigts. Les fileuses chinoises ont, à cet effet, auprès d’elles un petit vase plein d’eau , dans lequel elles trempent incessamment les doigis. La fibre végétale , n’étant pas brisée , conserve toute sa force : c’est ce qui explique pourquoi les fils du tsing-ma et du lo-ma offrent tant de résistance sous les plus petites dimensions. Cette manière d’opérer, à l’égard de ces plantes textiles, pourrait peut-être mettre sur la voie du mode qui conviendrait le mieux au chanvre et au lin , à l’égard desquels il semble qu’on ait fait fausse route, en s’efforçant, comme on l’a fait, de réduire leurs filaments par des procédés mécaniques à l’état de bourre plus ou moins parfaite, de les hacher, en un lîiot, pour leur appliquer ensuite le mode
■d« filage eicployé à l’égard du coton et de la laine, détruisant ainsi les plus importantes propriétés naturelles de ces plantes textiles, qui sont d’avoir des filaments longs, fins et tenaces, pour y substituer des fils à brins courts sans ténacité. Cette observation, nous la consignons ici, bien que ce ne soit pas précisément sa place, parce qu’elle nous a paru assez importante pour être communiquée à tous ceux qui s’occupent de commerce et d’industrie.
Quoi qu’il en soit, les toiles chinoises dont il s’agit doivent, en raison de leur fraîcheur et de leur brillant, entrer dans la consommation de la France, surtout dans le midi de l’Algérie, aussitôt quelles y seront connues, et former dès lors un article d’importation considérable.
Nous proposons de traiter ces tissus comme ceux de lin ou de chanvre, avec lesquels ils ont le plus d’analogie, en leur appliquant, toutefois, la modération de droit établie en faveur de la Belgique. Voici, au surplus, quel serait le résultat de l’application de cette taxe :
1 mètre de toile unie de tsing-ma, de i8 à 19 fils au demimillimètre carré, de la valeur de 3 francs en Chine, et pesant 4o grammes, payerait i4 centimes, c’est-à-dire 5 p. 0/0 du prix d’achat ;
10 mouchoirs de toile unie blanche de i3 à 16 fils, de la valeur de 7 fr. 5o cent, en Chine, et pesant 207 grammes, payeraient environ 45 centimes, soit 6 p. 0/0;
1 mètre de toile de lo-ma, de 7 fils au millimètre carré, de la valeur de 4i centimes et du poids de 100 grammes, payerait 9 centimes, soit 22 p. 0/0.
Tabac.
La Chine produit une grande quantité de tabac de bonne qualité et dont les' larges et longues feuilles pourraient être utilisées sous forme de cigares ou pour tout autre usage par la régie des tabacs de France.
L’importation annuelle du tabac en France est d’environ 12 millions de kilogrammes, dont 2 millions -b par navires français et g millions par navires étrangers. Si l’on aclietait du tabac en Chine, le transport pourrait être exclusivement réservé aux navires français; ce qui leur assurerait, ne prît-on en Chine que la moitié de la consommation, soit 6 millions de biio-
grainines, près de 8,000 tonneaux de fret d’encombreiiieiif. Ajoutons qu’aux prix où l’on se procurerait les tabacs en Chine, la régie ferait certainement un bénéfice de plusieurs millions, puisque les premières qualités de Chine sont à 1 fr. 1 1 cent, le kilogramme et que les qualités inférieures sont à peine à 5o centimes. Le coût de la main-d’œuvre (entendue ici comme application immédiate des bras de l’homme à une préparation quelconque) entrant pour la plus grande part dans le prix du tabac de bonne qualité, comme dans celui des thés, nous pensons qu’il n’est aucun pays au monde qui puisse fournir ces denrées à aussi bon marché que les Chinois.
Nous avons quelques raisons de croire, bien que les états officiels d’exportation ne le mentionnent pas, que les Américains des Etats-Unis chargent des quantités considérables de tabac en Chine. Les mêmes tabacs n’entreraient-ils pas pour une plus ou moins grande part dans ceux que nous vendent les États- Unis? Dans ce cas, nous ferions bien , je crois, de mettre de côté l’intermédiaire et d’aller prendre directement en Chine les tabacs chinois que nous vendent les États-Unis.
, CampLre.
Le camphre peut offrir un objet de retour qui n’est point à négliger. La Chine en exporte annuellement de 200 à 260,000 kilogrammes, et la France en a consommé, en i844, plus de 33,000 kilogrammes. Comme les Chinois ne connaissent pas le procédé de raffinage que nous employons en Europe, il nous arrive brut. La France prendrait certainement une grande part à l’exportation du camphre de Chine, s’il était accordé un drawback pour le camphre raffiné qu’on exporterait de France. Cette disposition permettrait aux raffineurs de Paris d’entrer, pour ce produit, en concurrence, à l’étranger, avec les villes anséatiques, qui, comme on sait, ont eu longtemps le monopole du raffinage du camphre. Le camphre vaut en Chine de 200 à 2 00 francs les 100 kilogrammes.
Le nouveau droit afférent au camphre brut est de 5o francs et 60 francs les 100 kilogrammes par bâtiments français, selon que l’importation a lieu des pays hors d’Europe ou d’ailleurs. Nous proposerions d’abaisser à 3o francs le droit, lorsque la provenance par bâtiments français serait directe, c’est-à-dire de Chine ou de l’Indo-Chine.
Nous n'avons jusqu’ici parlé que du produit du laarus camphova, qu’on cultive au Japon et en Cliine, surtout dans l’île Forrnose; mais il existe dans le commerce de l’Indo-Chine une autre substance qui a la plus grande analogie avec le camphre, et qui est connue sous le nom de camphre barons. Ce produit naturel d’un arbre de la famille des laurinées, dryabalanops camphora, est appelé kapour barons par les indigènes de Sumatra et de Bornéo, qui le recueillent dans les forets.
Ils abattent, à cet effet, les arbres et recherchent dans leurs fentes les petits cristaux de camphre qui se sont formés par exsudation. On estime que la récolte annuelle ne dépasse pas 45,000 kilogrammes, qui vont en totalité en Chine, où le prix est de 175 à 200 francs le kilogramme. 11 y est connu sous le nom de ping-pien, mot à mot petits cristaux.
L’échantillon que nous avons rapporté est en ce moment l’objet d’une analyse chimique qui permettra peut-être de déterminer les causes des propriétés particulières du camphre barons; et si, par suite de ces recherches, il devenait possible de ramener le camphre officinal à l’état du camphre barons, on trouverait dans cette opération la source de grands bénéfices avec la Chine.
Sucre.
L’origine de la fabrication et de l’usage du sucre en Chine se perd dans la nuit des temps; mais, comme cela a lieu dans chacune des industries de ce pays, l’installation des usines est sur une petite échelle : on dirait une fabrique de famille. Il est peu de fabriques de sucre qui dépassent une production annuelle de 5 à 6,000 kilogrammes. Le mode de manipulation est simple et primitif, parce que tout le travail est fait à bras; mais l’ouvrier chinois rachète, par une économie extrême et une connaissance parfaite de son art, le désavantage de ses moyens de fabrication sur les installations européennes dans les Indes orientales et occidentales. Il en résulte, toutefois, que le prix de revient du sucre n’est pas extrêmement bas. Les sucres du Fo- Kien et de Forrnose valent (la 4™® ordinaire) 35 à 4o francs les 100 kilogrammes, et les belles qualités de cassonade blanche ou mi-blanche vont de 45 à 5o francs. C’est conséquemment de 18 à 20 pour cent de moins que les sucres de nos colonies occidentales. Mais le prix du fret, deux fois et demie plus élevé
|>'our îa Chine que pour nos colonies, augmenie d’environ i o fr. soit de 55 pour cent, le prix du quintal métrique de sucre. Il s’ensuit que, si Ton assujettissait au droit colonial de 45 francs les 100 kilogrammes le sucre chargé en Chine, il pourrait se présenter sur le marché français à peu près dans les mêmes conditions de vente que le sucre de nos colonies occidentales.
Nous n’ignorons pas tout ce qu’a de grave une modification à la taxe des sucres étrangers, au point de vue des intérêts de nos colonies comme de l’industrie sucrière indigène; mais l’avenir réservé à la question des sucres n’est pas moins grave, et ne pas se préoccuper de cette question, ce n’est pas faire qu’elle ne marche rapidement vers de nouvelles complications plus graves peut-être que celles dont la dernière loi des sucres a semblé nous débarrasser.
En effet, l’égalité des charges établies sur le sucre indigène et sur le sucre colonial est loin de renfermer la solution complète de la question des sucres. Le privilège accordé injustement à une provenance nationale a cessé, il est vrai, mais le marché français n’en est pas moins resté livré au monopole ; seulement la sucrerie indigène et la sucrerie coloniale en partagent aujourd’hui les bénéfices. Est-ce là le but qu’on s’était proposé.^ Nous ne saurions le penser.
La surtaxe établie en faveur des sucres des colonies ne doit être considérée, en principe, que comme une dépense momentanée, supportée par l’Etat pour aider les colonies à leurs débuts et encourager la fabrication du sucre, qu’on supposait devoir y être produit un jour à aussi bon marché que partout ailleurs^ L’existence des colonies , que Ion considérait comme les fabriques de denrées coloniales delà France, se liait d’ailleurs à la prospérité de notre marine, qui devait trouver dans le transport de leurs produits agricoles un aliment fort important , et cette considération allégeait le poids du sacrifice pécuniaire fait par la métropole.
La taxe protectrice du sucre colonial a produit une partie de son effet , c’est-à-dire que nos colonies se sont développées sous l’influence de cette pro tection , qui a eu d’ailleurs, comme toutes
’ Ciitte manière d’envisager la question rentre dans les idées générales de fauteur en matière d’échange. Pour le Gouvernement, la surtaxe établie en faveür des sucres coloniaux français se beau principe général de la protection qui couvre les produits nationaux. dii liédactenr en chpj des Annales niantinuê.)
les protections exagérées, l’inconvénient de ralentir les perfec^ lionnements. Mais le plus grand mal n’est pas encore là : il résulte surtout de ce qu’on n’a pas donné assez d’attention aux conséquences de cette loi protectrice sur la sucrerie indigène , qui a su profiler d’une mesure qui né s’adressait pas à elle, pour se développer dans l’ombre, grandir et apparaître au jour avec les proportions d’une industrie nationale ayant droit de cité. Ce droit ne saurait lui être contesté, il est vrai, vis-à-vis des colonies, puisque la sucrerie indigène a fait aujourd’hui la preuve qu’elle peut vivre à côté de la sucrerie coloniale; mais en est-il de même vis-à-vis de la sucrerie étrangère.^ Et c’est là cependant qu’est le point capital de la question. Car, enfin, l’Etat n’a pas entendu créer en dehors des intérêts de la navigation nationale une industrie qui aurait éternellement besoin, pour subsister, delà protection d’une surtaxe énorme , protection absurde^puis^ qu’elle aurait pour effet de condamner tous les consommateurs de sucre en France à payer à perpétuité, aux propriétaires des terres susceptibles de donner de la betterave la différence qui existe entre la valeur du blé que ces terres produisaient ef celle du sucre qu’on leur fait rendre, grâce au droit différentiel h
Si, dans la supposition où le sucre indigène ne pourra jamais lutter à taxe égale contre le sucre étranger, il était quelqu’un qui eût le courage d’applaudir à l’existence de la sucrerie indigène, nous lui conseillerions de demander aussi l’introduction de la culture en serre chaude des autres denrées coloniales que consomme la France : il ne faudrait, après tout, que des taxes suffisamment élevées pour obtenir ce beau résultat, qui doterait la France, pour nous servir de l’expression consacrée, d’une culture de plus.
Le moment est venu pour l’Etat d’examiner la question des sucres au point de vue que nous venons d’indiquer, avant qu’elle ne se trouve engagée plus avant dans les fâcheuses voies auxquelles il est encore temps d’échapper.
La sucrerie indigène existe: c’est un fait accompli. Déjà elle se maintient sans privilège en présence de la sucrerie coloniale : elle fait plus, elle progresse, et comme sa production est illi-
* Il est évident que le même raisonnement peut s’appliquer à tous les produits de notre sol ou de notre induslriejouissant d’une protection. Aujourd’hui la question ne peut plus être placée sur ce terrain.
( JSole du Rédacteur en chcj des Annales maritimeSo]
fnilée, puisque la France contient plus de terres favorables à îs culture de la betterave qu’il n’en faut pour suffire trois ou quatre fois à la consommation du sucre de la France, elle se substituera graduellement à la sucrerie coloniale, pour laquelle les conditions du travail s’aggravent de jour en jour et présagent sérieusement l’abandon des cultures. Dans ce grand naufrage desintél'êts coloniaux, ce qu’iî faut essayer de sauver, s’il y a lieu, c’est la navigation maritime. Or, de deux choses l’une : ou la sucrerie indigène sera en mesure de soutenir la concurrence de l’étranger, et c’est dans ce cas une conquête précieuse que nous aurons faite , car nous aurons acquis une culture nouvelle d’un produit absolu, plus grand que celle qu’elle a remplacée; ou bien cela lui sera à jamais impossible, et alors une situation économique des plus fâcheuses se sera produite, puisque d’une part, en se substituant à la sucrerie coloniale, la sucrerie indigène aura détruit des éléments précieux de navigation, et que, d’une autre part, des capitaux considérables se seront engagés dans une fabrication à perte ; le mal s’aggravera d’autant plus que nous différerons l’application du remède. Aussi hâtons-nous d’opposer le sucre étranger au sucre indigène, avant que ce dernier ne soit substitué au sucre colonial. Nous sauverons ainsi , s’il y a lieu , la navigation et nous empêcherons l'industrie française de s’engager plus avant dans de fausses voies de prospérité.
Une réduction notable sur le droit différentiel qui frappe le sucre étranger, aura pour effet immédiat d’abaisser le prix sur le marché français et deux buts seront atteints simultanément :
L’augmentation de la consommation ;
2® La sucrerie indigène, réduite dans ses bénéfices, éprouvera d’abord un temps d’arrêt dans ses développements, puis, ou elle reculera, ou elle surmontera ce dernier obstacle.
L’augmentation de la consommation par suite de l’abaissement du prix est un résultat incontestable ; elle sera sans doute même proportionnelle à la quotité de la réduction de la taxe. Si la France, en effet, ne consomme que 3 kilogrammes j de sucre par habitant, tandis qu’en Belgique cette consommation dépasse 6 kilogrammes, et en Angleterre 9 kilogrammes, cela tient autant à la cherté de cette denrée, par rapport aux autres articles d’alimentation, qu’à ce que la consommation du café, cjui entraîne surtout celle du sucre, est elle-même restreinte par les taxes exagérées.
Si la réduction de la taxe différentielle a pour effet de contenir la production dans ses limites actuelles de 35 à 4o millions de kilogrammes, le sucre étranger fera face au surplus et sera pour notre navigation un aliment fort précieux,
Que si cette réduction n’est pas un obstacle au développement de l’industrie sucrière indigène, nous trouverons alors, nous le répétons, une véritable compensation à l’amoindrissement qui en résultera pour notre navigation maritime, dans la création d’une industi ie viable en présence de toutes les industries similaires étrangères , et nous nous en féliciterons comme une augmentation de richesses effectives, bien différentes de ces prétendues richesses qui n’existent qu’à l’ombre des tarifs protecteurs. Mais si la réduction dont il s’agit allait jusqu’à menacer l’existence de la sucrerie indigène, existence qu’il faut accepter aujourd’hui comme un fait sur lequel il n’y a pas à revenir, il faudrait lui porter secours en lui assurant par un dégrèvement d’impôt, une part fixe dans la consommation du pays.
Si l’on ne prend pas promptement le parti que nous nous bornons à indiquer ici d’une manière sommaire, parce que ce mémoire ne comporte pas de plus longs développements, avant quinze ans la sucrerie indigène se sera substituée aux autres pour l’alimentation de la consommation de la France, et nous y aurons perdu un des aliments de notre navigation, sans que pour cela le pays se soit enrichi d’une industrie nouvelle : car, nous le répétons, il n’y a de conquêtes industrielles que celles dont les produits peuvent supporter la concurrence des produits similaires étrangers ; toutes les autres sont plus ou moins fictives et constituent pour la nation des non-valeurs, sinon des pertes.
La consommation annuelle de la France est de 120 millions de kilogrammes de sucre, et peut être portée, par le seul effet d’un abaissement de la taxe sur cette denrée et sur celle du café, à 180 millions, soit 5 kilogrammes par habitant. En admettant que le sucre indigène y contribue pour 4o millions et les colonies pour 85, il resterait encore place pour 55 millions de sucre étranger : or, de tous les sucres étrangers, ceux qu’il nous convient le mieux de voir arriver sur nos marchés, sont les sucres qui peuvent donner le plus d’emploi à notre navigation, c’est-à-dire les sucres des pays les plus éloignés et dont les marines ont le moins d’avantages réciproques à réclamer de nous.
La Chine et les Philippines sont, sous ce double rapport, dans les conditions les plus désirables, et le dégrèvement dont leurs sucres seraient l’objet tournerait plus complètement qu’à l’égard de tous autres au profit des intérêts de notre marine marchande , que nous devons avoir tant à cœur d’encourager.
Nous ajouterons que nos vins obtiendraient sans doute à Manille des conditions meilleures, si nos négociations en leur faveur s’appuyaient d’une réduction de taxe en faveur des sucres des Philippines.
Quoi qu’il en soit, rien n’empêcherait d’admettre au droit colonial les confitures et confiseries que les Chinois préparent avec des fruits, des légumes et des fucus, tels que jeunes pousses de bambou, racine de hys, de nélumbium et de gingembre, goyaves, citrons , agar-agar, dont il est expédié annuellement pour 3 à 4oo,ooo mille francs à destination de l’Inde, de l’Australie et des détroits. Ce serait pour l’assortiment des cargaisons de retour quelques articles de plus, qui, en raison de leurs qualités particulières, ne sauraient faire concurrence aux produits similaires importés aujourd’hui des colonies.
Casia lignettf cannelle dite de Chine.
Cette cannelle, qui diffère essentiellement de la cannelle cinnamomon , qu’on cultive principalement à Ceylan , croît dans le midi de la Chine et dans le N. de la Cochinchine. La quantité exportée annuellement s’élève à plus de 2 millions de kilogrammes ; la France en consomme 85,ooo kilogrammes. La cannelle dit de Chine coûte environ go centimes le kilogramme, et est taxée, lorsqu’elle vient de l’Inde par navires français, à 35 centimes. Nous proposerions, d’une part, de réserver la taxe modérée pour les provenances directes de la Chine et de l’Indo- Chine c’est-à-dire des pays situés dans les mers de l’Indo-Chine et l’hémisphère N., entre le g 5® et le 125® degré de longitude du méridien de Paris ; puis de réduire cette taxe proportionnellement à la valeur de ce produit par rapport à la valeur de la cannelle cinnamomon , qui, en moyenne, est de 6 francs le kilogramme ^ : si cette dernière paye i franc le kilogramme, il
^ Ainsi rju’il r<;sullc de mes invesligalions dans file de Ceylan, sur les pro diictions de laquelle je }U'épare un mémoire.
sérail juste de ne faire payer que i5 centimes à la cannelle dite de Chine.
Rhubarbe, anis étoilé, racine de curcuina.
La taxe de 76 francs les 100 kilogrammes, appliquée à la rhubarbe apportée de l’Inde en droiture, peut, ce nous semble , être réservée désormais aux provenances des pays situés dans la zone que nous avons indiquée à l’article Cannelle. Cette zone devrait en ce qui concerne les provenances de la Chine et de rindo-Chine, être aujourd’hui substituée, dans notre tarif, au mot si vague de l’Inde, qui a l’inconvénient de créer en faveur du commerce des Indes anglaises des avantages que nous pour^ rions nous réserver.
La même observation s’applique àl’anis étoilé (badiane) dont le droit a été réduit à i5 francs les 100 kilogrammes lorsqu’il vient en droiture de l’Inde , ainsi qu’au curcuma , taxé à 1 o francs et dont il s’exporte annuellement de Chine environ 70,000 kilogrammes au prix de 60 centimes le kilogramme.
Les huiles essentielles de cannelle et de badiane pourraient aussi jouir, dans la même circonstance, d’une réduction de moitié sur le droit actuel ; et, bien que ces deux articles n’aient pas par eux-mêmes d’importance commerciale, ils concourent toutefois avec d’autres articles à faciliter des retours.
Mercure ou vif-^argeut.
Nous recevons en grande partie par la voie de l’Angleterre le mercure que nous consommons ; d’un autre côté, ce métal est, comme matière première, un objet qu’il conviendrait d’exonérer le plus possible, d’autant plus que la France ne possède , aucune mine en exploitation ; si un droit différentiel en faveur des provenances de la Chine par bâtiments français devait nous permettre de nous y fournir directement de ce métal , nous pensons que cette combinaison ne serait pas à négliger. Nous proposerions, en conséquence, de réduire à 1 franc les 100 kilogrammes le droit sur le mercure venant directement de Chine par bâtiments français.
L’Angleterre a exporté de Chine, en ]844, 27,669 kilogrammes de mercure, pour la valeur de 670,000 francs.
Éventails, écrans, meubles de laque, parasols chinois, curiosités, etc.
Ceux de ces articles qui sont rangés dans la mercerie fine ou commune, la tabletterie , la bimbeloterie , pourraient jouir d’une réduction de moitié de la taxe, lorsqu’ils seraient importés directement de Chine. Cette disposition aurait d’autant moins d’inconvénients qu’il s’agit d’objets d’un goût et d’une forme particulière, sans utilité bien réelle, qui ne remplacent rien et répondent seulement à des fantaisies sans limites.
Les parasols chinois sont faits avec du bambou et du papier recouvert d’une couche de gelée d’agar-agar, qui le rend imperméable. Ils coûtent 1 franc à i fr. 5o cent. ; le droit de 76 centimes la pièce qui leur est appliqué, comme aux parasols en toile cirée, est trop élevé : il conviendrait de l’abaisser à i5 centimes.
Bambous et joncs forts.
Si l’on en jugeait par fusage que font les Chinois du bambou, cet article pourrait être d’un emploi très-important en Europe pour la confection d’une foule de meubles. C’est, d’ailleurs, une marchandise d’encombrement s’il en est. 11 conviendrait donc de réduire le droit d’entrée à 1 franc les 100 kilogrammes pour les provenances de la Chine par bâtiments français. Cette matière première, loin de nuire au travail de nos ouvriers, leur fournirait un nouvel aliment, et, dans leurs mains, le bambou ne tarderait pas à prendre une foule de formes utiles.
Les meubles en bambou, tels que canapés, fauteuils, chaises, pourraient être admis au droit de 5 francs les 100 kilogrammes. Un fauteuil d’été de la valeur de 36 francs environ, pesant 25 kilogrammes, payerait 76 centimes de droit; mais il aurait coûté de fret et d’emballage 80 francs, et cela au profit de notre navigation.
Nous venons de passer en revue les principales marchandises que la Chine peut nous fournir; d’autres produits chinois , par le seul fait de l’existence d’une ligne de navigation française, viendront nécessairement s’y ajouter, car la conséquence immédiate de l’existence d*une navigation suivie et régulière est d’abaisser le fret. Nous pourrons donc nous rapprocher, pour le
prix (lu Iransport, du taux des navires anglais, et fournir dès lors, comme nous l’avons déjà dit, aux Etats du continent les produits chinois qu’ils reçoivent actuellement par la voie de l’Angleterre. En estimant donc à i5 ou 18,000 tonneaux le fret réservé à la navigation française, nous croyons encore rester au-dessous de la vérité; mais, pour se faire une idée exacte de l’importance du commerce de la Chine, il ne faut pas le séparer du commerce de rindo-Chine, c’est-à-dire des pays situés dans la zone comprise entre le gS® et le 125® degré de longitude, zone dont nous avons déjà parlé. Les îles Philippines, celles de la Sonde et la presqu’île de Malacca doivent offrir à notre ligne de navigation d’importantes affaires, en raison des denrées qu’elles produisent et que nous consommons. Sous ce rapport, les îles Philippines nous offrent l’indigo, le café, le sucre, le riz, l’abaca, les cornes de buffles, les peaux de buffles, l’écaille de tortue, de la poudre d’or, les chapeaux de paille, et les tissus d’abaca, de nipis et de pina, etc.
Le marché de Singapore , celui de Rhio et les ports des îles de Java et de Sumatra peuvent nous fournir, outre ces mêmes marchandises , des drogueries , du poivre , de l’ivoire , du gambier, des résines, des cuirs, des rotins, du sagou, du bois de sapan, de l’étain, du cuivre, de la nacre de perle, de l’écaille de tortue, de l’agar-agar, du gettania, etc.
Nous allons donner sur quelques-uns de ces produits les explications qu’ils nous paraissent comporter, tant au point de vue de leur production qu’à celui du commerce et des taxes qu’ils réclament.
Indigo.
L’indigo des Philippines laisse à désirer, parce qu’il est à peu près impossible d’obtenir des parties considérables assorties. Cela tient à la nature même du mode de fabrication. Les fabriques sont nombreuses, et toutes dans les mains des indigènes; chacune d’elles ne produit pas au delà de 8 à 10 kilogrammes d’indigo, et comme deux cuves d’indigo ne se ressemblent jamais complètement, il en résulte une diversité infinie de nuances qu’il devient impossible d’assortir par parties de quelque importance. C’est pour éviter ce grave inconvénient qu’à Java on réunit aujourd’hui en une seule cuite le produit de 3o à 4o cuves d’indigo. Ce mélange, avant la cuite, donne à la pâte une qua-
ïilé uniforme très-appréciée dans le commerce. Mais la fabrication de l’indigo est à Java dans les mains des Hollandais, tandis que l’indolence espagnole a refusé le concours de l’intelligence et des capitaux européens à toutes les productions des Philippines. Telle est la cause du bas prix de l’indigo de ces îles, dont le sol convient on ne peut mieux à cette production , puisque l’hectare d’indigofères donne de 45 à 5o kilogrammes d’indigo. Les Indiens entendent, d’ailleurs, fort bien cette manipulation. Quatre ouvriers tagals peuvent préparer communément 6 livres d’indigo par jour. Il s’exporte annuellement 65o,ooo ki- ^ , logrammes d’indigo de toute qualité, dont le prix varie entre 1 fr. 75 cent, et 7 fr. 5o cent, le kilogramme. Les meilleures qualités viennent des provinces de Laguna et de Pagasinan ; les moindres, de celles de Bulacan et d’Ilocos.
Voici une liste de 10 échantillons à l’appui de ce rapport :
N° 155. ludigo bleu violet ordinaire de la province de LaguUa , 50 à 55 piastres le quintal espagno] (585 fr. à 643 fr. 50 cent, les 100 kil.).
N® 156. Indigo bleu violet, 1*^* qualité, de la même province, 65 piastres le quintal espagnol (760 fr. les 100 kil. ).
N® 157. Indigo bleu cuivreux , 1^® qualité , idem , 40 à 45 piastres le quintal espagnol ( 468 francs à 526 fr. 50 cent, les 100 kil.).
N® 158. Indigo de la province de Pagasinan , 55 à 60 piastres le quintal espagnol ( 643 fr. 50 cent, à 702 francs les 100 kil. ).
N® 159. Idem, 2® qualité, 40 à 50 piastres le quintal espagnol (468 fr. à 585 fr. les 100 kil. ).
N® 160. Idem, 3* qualité, 30 à 40 piastres le quintal espagnol (351 fr. à 468 fr, les 100 kil. ).
N® 161. Idem, P® qualité, 40 à 45 piastres le quintal espagnol (468 fr. à 526 fr. 50 c. les 100 kil.) N® 102. Idem. 2® qualité, 30 k 35 piastres le quintal espagnol ( 351 fr. à 409 fr. 50 c. les 100 kil.)* N® 163. Idem, 3* qualité , 20 à 25 piastres le quintal espagnol ( 234 fr. à 292 fr. 50 c. les 100 kil.)* N® 164. Idem, 4® qualité, 15 à 20 piastres le quintal espagnol (175 fr. 50 c. à 234 fr. les 100 kil.)*
En comparant ces diverses qualités d’indigo aux indigos de l’Inde, on reconnaîtra aisément qu’il y aurait des avantages positifs à venir acheter les indigos de Manille.
On prépare aussi à Manille des indigos liquides à destination de Chine.
L’indigo de Java peut être rangé en totalité dans la première qualité; mais il n’en paraît guère sur le marché de cette colonie que 25 à 3o,ooo kilogrammes, parce que le million de kilogrammes qui se fabrique pour le compte du Gouvernement est transporté en Europe par les navires hollandais, à l’exclusion de tous autres. Voici la note des échantillons mis à l’appui de ce rapport b
* Voir, pour la culture et la préparation de l’indigo à Java, le mémoire de l’auteur publié en juillet 1846 dans la Revue coloniale.
( Note du Bédactrar en chef des Annales maritimes. )
N" 150. indigo lie la province de Prenager.s ( Java ).
iV® 151. Indigo Je Java, 2 florins la livre ( 8 fr. 50 cent, le Lil. ),
N® 152. Idem, 3 florins la livre (12 fr. 75 cent, le kil, ).
N® 153. Idem, 3 florins la livre (13 fr. 25 cent, le kil. ].
N® 154. Plançon de l’indigo arbuste à Java.
Café.
Cette denrée , qui est d une si grande importance commerciale, puisque la consommation annuelle de la France s’élève, malgré le droit exorbitant qui l’atteint, à environ lô millions de kilogrammes, réclame une nouvelle législation douanière , dont l’efTet soit de favoriser, par l’abaissement de l’impôt, l’accroissement de la consommation, et, dès lors, le mouvement commercial qui en est la conséquence , tout en conservant au trésor les ressources qu’il tire de la taxe d’importation.
Observons d’abord qu’en présence d’une production coloniale, annuelle qui est tombée au-dessous de 1,800,000 kilogrammes, on ne saurait admettre sérieusement que les surtaxes de 28 et 35 francs qui frappent les cafés étrangers consommés en France aient eu pour but principal la protection des cultures coloniales. L’intérêt delà loi a été évidemment en faveur du trésor public; c’est donc de cet intérêt seul qu’il faut se préoccuper dans l’examen de la question, à moins que la manie de la protection ne se soit étendue jusqu’aux cafés de racine de chicorée ou faux cafés, que nos taxes ont réussi à enfanter, comme pour donner un exemple de plus des graves inconvénients des impôts exagérés. Si nous étions assez heureux pour obtenir un jour un abaissement notable dans les prix du café , nous verrions sans doute s’élever des départements du Nord et des Ardennes des réclamations en faveur du café indigène. Cette sophistication, aussi déplorable que celle du vin, est parvenue, à l’ombre des taxes actuelles, à fournir un septième environ de la consommation générale du café en France!
Les lois qui régissent le café sont celles du 28 avril 1816, du 21 avril 1818 et du 17 mai 1826.
Voici la tarification f[u’elles établissent aujourd’hui ;
Provenance
des
colonies françaises.
Provenance de l’étranger par navires français.
Provenance de l’étranger.
Au delà du cap de Bonne-Espérance 50^ les 100 kil.
d’Amérique 60
au delà du Cap 78
d’ailleurs hors d’Europe 95
des entrepôts 100
par navires étrangers 105
Rapprochons de ces taxes les prix, sur les lieux de production , des cafés dont les échantillons sont à Fappui de ce rapport :
N® 72. Café Java, bonne qualité, 73 à 75 francs les 100 kilogrammes.
N® 73. Café Padang (Sumatra), qualité ordinaire, 52 à 53 francs les 100 kilogrammes.
N® 73 bis. Café de Campar, près Siara , basse qualité , 42 à 43 francs les 100 kilogrammes.
N® 73 bis. Café Java , belle qualité, 63 à 70 francs les 100 kilogrammes.
N® 73 bis. Café Manille, belle qualité, 73 à 76 francs les 100 kilogrammes.
N® 74. Café du Brésil, de Jacaré-Pagua , près de Rio de Janeiro, 74 francs les 100 kilogr.
N® 74 bis. Café du Brésil, de Jacaré-Pagua, lavé, 1" qualité, 94 francs les 100 kilogrammes.
N® 75. Café du Brésil, non lavé, qualité ordinaire, 72 francs les 100 kilogrammes.
N® 76. Café de Ceylan , lavé , 1“^® qualité, 132 à 135 francs les 100 kilogrammes.
N® 77. Café de Ceylan , séché, qualité commune, 80 à 85 francs les 100 kilogrammes.
Or, nous reconnaîtrons que le café, qui cependant fait aujourd’hui partie de notre alimentation, est frappé de droits qui varient entre loo et i5o pour o/o de la valeur. Observons, toutefois, qu’à l’époque où ces droits furent établis, le café avait une valeur triple de la valeur actuelle. La taxe était donc proportionnellement trois fois moindre. C’est ce rapport que nous proposerions de rétablir à peu près, en abaissant à 3o francs la taxe de lOO kilogrammes de café, d* ailleurs, hors d'Europe. Loin de perdre à cette combinaison, le trésor ne tarderait pas, nous en sommes profondément convaincus, à voir augmenter ses perceptions par l’accroissement de la consommation ; mais ne dùt-il retrouver en fin de compte que son revenu actuel , n’y aurait-il pas un immense avantage à doubler le mouvement commercial sur le café, et à donner ainsi à notre navigation un nouvel aliment.
Nous venons d’exprimer notre conviction relativement à l’efTel d’un dégrèvement sur la consommation du café. Elle est fondée sur l’extension qu’a prise l’usage du café, tant en France qu’en Angleterre, au fur et à mesure qu’il a baissé de valeur par suite d’une production plus abondante, et sur la situation qu’offre la Belgique, où le droit imposé au café est seulement de lo francs les 100 kilogrammes; la consommation, par tête d’habitant, y est montée à 2 kilogrammes 675 grammes, tandis qu’en France elle n’est guère au-dessus de 1/2 kilogramme. On objectera peutêtre que la rareté du vin en Belgique favorise la consommation du café; mais il est à remarquer, au contraire, que le vin et le café ne se rencontrent nullement dans la satisfaction du même besoin : le vin , comme la bière et le thé , est la boisson des repas ; ces substances sont, si l’on veut, rivales les unes des autres; mais le café ne se prend point en mangeant : il joue dans l’alimentation un rôle d’excitant, tout-à-fait distinct de celui de ces
boissons, et cela, sans acception de climat, à moins qu’on ne trouve des analogies entre le climat de l’Egypte, par exemple, et celui de la Belgique.
L’augmentation dans la consommation du café en entraînerait une correspondante dans celle du sucre: car le café est, comme on sait, la cause la pins active de l’emploi du sucre ; c’est là une véritable occasion de faire place au sucre étranger et de l’employer, comme nous l’avons proposé plus haut, au moyen d’une taxe exactement calculée sur son prix de revient, à limiter les productions nationales et coloniales désavantageuses à la fois au consommateur et au fisc.
Riz.
Le riz est la base de la nourriture des populations de la Chine ; il peut offrir, dans quelques circonstances données, un complément de chargement pour nos ports de France, et, dans ce cas, il y a avantage, en raison de la disposition qu’il aàs’avarier lorsqu’il est en grain ou mondé, à l’expédier avec sa balle ; nous avons été témoins, à Singapore, de chargements ainsi faits à destination de Marseille, et qui ont eu du succès. L’inconvénient de ce mode d’envoi est dans l’augmentation du fret, le riz en paille éprouvant un déchet de moitié en mondage. Mais le riz a surtout de l’importance comme marchandise servant à l’intercourse avec les divers pays de production et la Chine, où il se vend généralement à des prixavantageux.il valait, en i844, à Manille, 4 fr- 2 5 cent, les 62 kilogrammes non nettoyé, et 6 fr. 10 cent., nettoyé. Les navires européens en chargent pour la Chine. On en trouve aussi à bas prix à Bangkok (royaume de Siam), à Rangoun (empire des Birmans), et surtout dans quelques parties de l’île de Java, où il est de qualité supérieure. Le meilleur, celui d’Indramayo ou de Tiedenian, vient généralement en septembre et octobre; il s’en vend pour l’exportation , chaque année, de 25 à 3o millions de kilogrammes. Le riz de Java, qui, pour la qualité, vient après, est celui de la province de Pamanosken, qui exporte annuellement 1 million de kilogrammes vendus au prix de 20 francs les 100 kilogrammes. Généralement, les prix de Java ne permettent pas de transporter le riz en Chine, mais il convient à l’Europe. Nous avons vu, durant notre séjour à Singapore, des navires européens, après avoir mis à terre leur cargaison, et en attendant que celle de retour fût
prête, prendre une cargaison de riz à destination de l’un des ports de la Chine, où ils avaient quelques objets à charger, et utiliser ainsi leur temps et leur voyage. Le riz en paille ou non nettoyé , venant de la zone privilégiée par bâtiments français , pourrait être taxé à 25 cent, les loo kilogrammes, comme celui qui vient des premiers ports d’embarquement de la côte occidentale de l’Afrique. La main- d’œuvre de nettoyage serait acquise à la France, et, d’un autre côté, la conservation du riz se trouverait mieux assurée. L’encouragement donné à son transport en paille tournerait au profit de notre navigation, à laquelle il fournirait une marchandise d’encombrement.
Modèle de facture de 2,200 sacs de riz indramayo, expédiés par navires anglais pour la Hollande :
2,200 sacs riï blauc , ensemble 100 coyans (167,400 kilogrammes), à 165 florins
le coyan , ci 16,500^00“
Droit d’exportation sur 2,700 piculs , à 10 centimes, et 5 p. 0/0 additionnel, ci 283 50
2,200 sacs nenfs, à 70 centimes chaque 1,540 00
Comme ce riz est toujours vendu prêt à être embarqué , la seule dépense de
l’acbeteur est la réception à l’embarcadère et l’embarquement 270 00
2 p. o/o de commission , si le chargement est fait comme remise; 5 p. o/o, si c’est un ordre d’Europe, et si le vendeur doit tirer pour le remboursement.
Fils et tissus d’abaca, de nipis et de pina (de Manille)
Vahaca ou chanvre de Manille est le produit d’un bananier indigène aux Philippines, et désigné parles botanistes sous le nom de musa trogloditaram. On le cultive aujourd’hui en grand dans les provinces de Camarines-Norle , Camarines-Sur, Albay (île Luçon),Samar et Leyte (îles de ces noms).
On choisit pour cela les pentes de montagnes nouvellement défrichées. Les jeunes plants, débarrassés de leurs tiges, sont placés, à i4 pieds de distance les uns des autres, dans des trous d’environ 6 pouces.en tous sens. Pendant les premières années, le soin de cette plantation ne réclame que deux sarclages par an pour détruire les mauvaises herbes qui ne tarderaient pas à étouffer les plants. C’est dans le courant de la troisième année
^ Ces renseignements complètent ceux que nous avons donnés, dans la Re- “ vue coloniale du mois de janvier 1846, sur la culture de l’abaca des Philippines.
[Note du Rédacteur en chef des Annales maritimes.)
qu’on commence à couper les plus gros troncs. Comnie le bananier a la propriété de pousser sans cesse de nouveaux jets, les plantations ont une durée illimitée, ou du moins qu’on n’a pas encore déterminée.
Pour préparer i’abaca, on divise la tige du bananier dont il s’agit en plusieurs longues lanières, puis on les passe entre une planche épaisse placée horizontalement et une lame de couteau qu’on appuie fortement d’une main, pendant que, de l’autre, on tire la lanière, qui est ainsi raclée et dépouillée de sa partie charnue, tandis que les fibres restent. Le soleil les sèche, et iis se séparent spontanément les uns des autres. Il ne s’agit plus que de les trier et de les réunir par petites masses.
On calcule qu’un pied de bananier fournit lo à 12 onces de filasse, et qu’un ouvrier peut préparer 26 kilogrammes d’ahaca par jour.
Avant 1823, la production de i’abaca avait fort peu d’importance ; on n’en exportait pas au delà de 1,000 kilogrammes par année. Aujourd’hui, le chiffre de l’exportation s’élève à plus de 25,000 quintaux métriques. On l’expédie en balles du poids de 120 kilogrammes chaque. La filasse d’abaca mise (n balle sous presse se vend une piastre { déplus que celle qui n’est pas pressée. On trouvera joint à ce rapport un fort échantillon de filasse d’abaca.
On fait des cordes et cordages et des tissus avec l’abaca. Il existe à Manille une corderie à la vapeur qui fournit une grande quantité de cordages pour le service de la marine. Les cordages d’abaca ne subissent pas de retrait par feffet de l’humidité. Mais cet avantage est balancé par plusieurs inconvénients qui placent les cordages d’abaca dans un état d’infériorité marqué par rapport aux cordages de chanvre : ainsi ils n’acquièrent jamais la souplesse de ces derniers et forment des tours qui engagent souvent les manœuvres. Enfin ils prêtent considérablement et s’affaiblissent d’autant par feffet de la traction.
Les tissus d’abaca sont des espèces de toiles transparentes, fort roides, légères et très-fraîches au toucher, dont les Tagals font du linge de corps et de table et des chemises de diverses couleurs. Les tissus qui reçoivent ce dernier emploi sont ordinairement rayés et souvent brochés de coton. Le fil d’abaca n’est point filé ni tordu ; c’est le filament tel que la nature le produit, qu’on noue bout à bout. On pelotonne ces brins, qu’on
bat ensuite pour les assouplir; puis on les blanchit en les faisant plonger pendant vingt-quatre heures dans de l’eau de chaux, et on les fait sécher au soleil ; dans cet état, ils sont propres au tissage.
On fait dans la province de Camarines, avec le fil d’abaca non blanchi , des étoffes écrues connues sous le nom de guinara et de medriniaqae-cocido et medriniaque-tribato. On les emploie avec avantage pour les garnitures et doublures d’habits et pour toiles à tamis. Ces étoffes sont importées aujourd’hui , en quantité notable, en Espagne, où elles reçoivent ce double emploi. On trouvera, sous la marque A, un échantillon de guinara de o“,5o de largeur, au prix de 20 centimes le mètre; sous la marque B, un échantillon de medriniaque-cocido de o"',70 de largeur, au prix de 4o centimes le mètre, et sous la marque C, un échantillon de medriniaque-tributo de 1 mètre de largeur, au prix de 5 O centimes le mètre.
On fabrique avec le fil trié d’abaca une jolie étoffe très-claire, nommée jttsï (houssi), rayée de soie de diverses couleurs, valeur i3 fr. 5 O cent, les 16 mètres.
On trouve aussi à Manille un tissu d’abaca et coton , qu’on fait dans la province d’Hoilo (île de Panay). C’est une étoffe commune dont le peuple s’habille. Trois pièces pour échantillons ^ sont jointes à ce rapport. Elles coûtent, en gros, 1 fr. 80 cent, la pièce de 3“,5o de longueur sur o,4o à o,43 de largeur. La pina est un filament qu’on retire de la feuille de l’ananas; elle se prépare comme l’abaca , mais on apporte dans le triage des brins un soin extrême , afin de les bien assortir avant de nouer les brins: on teint la pina.
On trouvera joint au rapport un échantillon de filasse de pina.
L’étoffe connue à Manille sous le nom de sinamaye est fabriquée avec de la pina, de la soie et du coton. Les deux premières matières forment des bandes plus ou moins larges et diversement colorées ; quant au coton , il fait des dessins brochés sur ces bandes. Les dames font des robes, les hommes des chemises fines , et les femmes tagals des camisards ( chemisettes flottantes), avec cette étoffe, qu’on tire de la province de Camarines. On trouvera, jointes à ce rapport, 5 pièces pour échantillons. Elles ont 45 centimètres de largeur sur 3™, 6 5 de longueur, et coûtent, en gros, 9 fr. 76 cent, la pièce.
On fait aussi dans la province d’Hoilo ( île de Panay ) des
tissus de pina et de coton, unis et brochés. La largeur de cette étoffe varie entre o"‘,4o et o*“,45. La pièce vaut, en gros, 9 fr. 76 cent. On joint, comme échantillon, à ce rapport 3 pièces de divers dessins et qualités.
Mais le tissu le plus beau de tous ceux qui se fabriquent aux Philippines est sans contredit celui de pure pina ; il vaut 4 fr. 5o cent, à 7 fr. le mètre. On fait des robes, des écharpes et des mouchoirs qu’on couvre d’admirables broderies : un échantillon est joint à ce rapport.
La nipis ou soie végétale est aussi un filament que fournit la feuille du palmier nipis, dont on retire, en outre, le vin [tubo) ; on fait avec ce filament une espèce de pina de qualité inférieure, qui vaut 26 pour cent de moins que la vraie pina.
La loi du 9 juin 18 45 a déjà fixé le droit des fils et tissus de phormium tenax, d’abacaet de piti. Nous pensons que cette tarification doit être étendue aux tissus de nipis et de pina, qu’ils soient unis ou façonnés, ainsi qu’aux étoffes nommées jusi (houssi) et au sinamaye , qui sont rayées de soie. Ces étoffes n’ont pas, à proprement parler, de similaires parmi les produits de nos fabriques. Leur introduction , en satisfaisant le goût de quelques consommateurs, fournirait donc sans inconvénient un nouvel élément à notre commerce avec Manille.
Voici, au surplus, les points de départ de tout calcul sur la taxe à leur imposer :
100 mètres de jusi rayé de soie, ayant au demi-centimètre carré 24 fils dans le sens de la chaîne et 16 dans celui de la trame, pèsent un kilogramme et coûtent 72 francs; en rangeant ce tissu dans la catégorie de ceux au-dessus de 20 fils, il payerait 8 fr. 17 cent. : c’est à peu près 1 1 pour cent de la valeur.
44 mètres de pina, ayant au demi-centimètre carré 29 fils, pèsent un kilogramme et valent 286 francs. Rangé également dans la catégorie des tissus au-dessus de 20 fils, il payerait
8 fr. 17 cent.: c’est environ 3 pour cent de la valeur.
Quant aux tissus d’abaca, qui sont déjà tarifés par la loi du
9 juin 1 845 , voici un renseignement qui les concerne :
12 mètres 3o centimètres de medriniaque-tributo écru, ayant au demi-millimètre carré 7 fils, pèsent un kilogramme et valent 7 fr. i5 cent., d’où il suit que le droit actuel équivaut à 12 1/2 pour cent de la valeur.
Le rotin de petit calibre.
Cet article, qui nous vient des Indes anglaises et néerlandaises, constitue la matière première d’une foule de meubles. Comme objet de ret(^ur de Java et de Singapore, il pourrait offrir de l’intérêt. Les rotins viennent de Bornéo, de Sumatra, et surtout de Banjermassing, ainsi que de quelques îles voisines. On apporte ceux de cette dernière provenance à Sourabaya, d’où ils sont ensuite expédiés soit pour l’Europe, soit pour les ports de rindo-Chine ou de la Chine. On sait que les jaunes et les plus longs sont les meilleurs.
Les rotins de Java valent environ 21 francs les 100 kilogrammes, et ceux qu’on achète à Singapore et qui viennent de la côte de Sumatra, 16 francs. 11 nous paiaîtrait à propos de réduire à 25 centimes les 100 kilogrammes le droit sur cepro duit, chargé dans la zone indiquée. 11 en est importé annuellement en France 2 4o, 000 kilogrammes.
Résines dites gomme copal et gomme dammar.
Ces résines, qu’on emploie en Europe à des usages analogues, notamment à la fabrication du vernis, sont souvent confondues dans le commerce sous le nom de copal. La dernière est , dans ce cas , appelée copal tendre.
Le véritable copal ou copal dur est d’un jaune fauve; il résiste sous la main. On le tire d’Afrique et peut-être de l’Asie occidentale, mais l’Indo-Chine n’en fournit pas. On y trouve plusieurs résines, toutes désignées sous le nom malais de dammar (résine) ; la plus répandue dans le commerce s’appelle masta-kuching (œil de chat), en raison de son aspect vitreux, terne : c’est le copal tendre du commerce. Le marché de Singapore en est approvisionné par Sumatra et la presqu’île de Malacca; il y vaut de 7 à 10 piastres le picul (88 francs les 100 kilogrammes), selon le triage et la pureté. Il est plus cher sur le marché de Java, où on l’apporte de Bencoulen, de Palambang, des Lamponys ; on le payait, en i844, 68 francs le picul (109 francs les 100 kilogrammes).
On trouve en abondance à Manille une espèce de dammar appelée almaciga, qui vient des provinces du N. de Luçon , et qu’on a envoyé récemment en grande quantité en Angleterre, où elle
feVsl vendue de 3o à /40 schellings le quintal anglais (112 livres). Cette résine vaut à Manille de 3 à 4 piastres le picul (16 fr. 5o c. à 22 francs les 60 kilogrammes).
Les échantillons qui sont joints à ce rapport pourraient permettre d’étudier les propriétés et les usages de cette résine, et in^ diquer les débouchés au commerce français. Nous proposerions, quant à la tarification du daminar,de réserver la taxe modérée de 1 franc les 100 kilogrammes, établie par la loi du 1 1 juin 1845 pour les provenances de la zone privilégiée.
Poivre.
Nous n’ajouterons que quelques mots à ce qu’on sait déjà sur le commerce du poivre, Il est cultivé aujourd’hui avec succès à Singapore, qui fournit i,5oo,ooo kilogrammes de poivre noir de qualité supérieure, en raison des soins que les cultivateurs se sont décidés à donner au nettoyage ; les îles et contrées voisines de Singapore en produisent aussi. Toutefois la majeure partie se charge sur la côte de Sumatra , où l’on peut en obtenir en belle qualité à 22 fr. 5o cent, le picul (60 kilogrammes], rendu à bord. Nous avons eu sous les yeux un marché de ce genre avec le rajah de Delli. Le poivre blanc ne diffère du poivre noir que parce qu’on le frotte entre les mains, quand il est encore vert, pour lui enlever la pellicule qui recouvre le grain.
Voici les indications relatives à 4 échantillons de poivre qui accompagnent ce rapport :
84. Poivre noir de la côte O. de Sumatra, qualité moyenne, 4 piastres 75 le picul (42 francs les 100 kilogrammes).
N® 85. Poivre tlanc de Singapore , bonne qualité, à 8 piastres 50 le picul (environ 75 francs les 100 kilogrammes).
N® 86. Poivre long, 4 à 4 piastres 1/2 le picul (35 à 40 francs les 100 kilogrammes); nn peu en usage en Angleterre comme médicament; très-employé au Bengale comme excitant.
R® 87. Poivre cubèbe de Java (samarang), qualité moyenne, 8 piastres 50 le picul (environ 75 fr. les 100 kilogrammes).
Nous proposons de réserver la taxe modérée de 4o francs les ioo kilogrammes pour les provenances de la zone privilégiée.
Gambier.
Ce produit étant peu connu, nous donnerons plus de détails sur sa culture , sa fabrication , et les usages auxquels il paraît propre.
Le gambier naixdea, que l’on cultive principalement dans
les îïes de Bitang, de Sumatra et de Singapore, est rangé par de Jussieu dans Tordre naturel des rubiacées. C’est un arbuste qui atteint la hauteur de 2 mètres à 2 mètres 1/2. Ses feuilles sont ovales , épaisses quand elles sont mûres , et d’un vert sombre ; lorqu’on les mâche, elles ont un goût astringent, amer, laissant un arrière-goût douceâtre.
Semé en pépinière, le gambier est transplanté au bout de deux ou trois mois en lignes. La première coupe des feuilles a lieu à quatorze mois, la deuxième huit mois après la première. La plante pousse alors avec vigueur, et permet quatre récoltes de la feuille par année. Une plantation bien nettoyée dure vingt ans. L’arbuste du gambier est aussi propagé par bouture. Voici quel est le mode de préparation du produit tel que nous l’avons vu pratiquer à Singapore.
La feuille est placée dans une large chaudière pleine d’eau , dont les bords ont été exhaussés au moyen d’une claie ou d’une écorce d’arbre garnie d’argile. On entretient l’ébullition pendant six heures ; la feuille est alors séparée du liquide au moyen d’une claie, puis lavée dans un baquet de bois afin de profiter de toute la matière soluble; cette eau de lavage, réunie à la liqueur restée dans la chaudière, est soumise à une ébullition prolongée. Lorsque l’extrait est sulfisamment rapproché , on le verse dans un moule de bois où on Tagite avec la main armée d’un morceau de bois de pouna, dont la propriété est de faire prendre l’extrait en masse. Quand il est refroidi , il offre une masse solide qu’on divise en plaques, puis en cubes avec uue ficelle : ces cubes sont placés à sécher sur une claie.
La fabrication du gambier est partout entre les mains des Chinois, venus des côtes du Fo-Kien, de Kuangtong, de Tîle d’Haïnan, pour exploiter les richesses agricoles de Tlndo- Chine.
Cet extrait est très-employé par les naturels de TInde , de l’archipel Oriental, de la Cochinchine et du Camboge, comme drogue à mâcher : on le mêle au bétel et à la noix d’areck. Il existe, toutefois, diverses qualités d’extrait. Le meilleur est blanc, fragile, ayant Taspect d’une terre quand on le frotte dans les doigts; c’est à cette apparence terreuse qu’il a dû son nom de terra Japonica, dans la supposition faite d’abord qu’il venait du Japon. On lui donne la forme de petits gâteaux ronds: c’est la qualité la plus chère; elle est fréquemment falsifiée avec du
sagou. On l’importe en grande quantité de Sumatra, et notamment de Siak, ville malaise située sur la côte N. O. de cette île.
La deuxième qualité vient de Rhio, ville principale de l’île Bintang et chef-lieu de la colonie hollandaise; elle est d’une couleur jaune verdâtre. On lui donne la forme de gâteaux oblongs ou de pains cubiques ; elle est vendue dans les bazars en petits paquets contenant cinq à six morceaux. La troisième qualité contient plus d’impuretés que les autres, et est principalement fabriquée à Singapore ; sa couleur est brun foncé.
Le gambier du commerce est toujours en petits cubes de 2 centimètres ^ de côté, d’un brun noir; il est fabriqué à Rbio et â Singapore. Son prix varie entre i3 fr. 6o cent, et i8 fr. 3o c. les 100 kilogrammes.
Le gambier est un puissant astringent; il est employé avec succès en médecine dans les diarrhées, les fièvres intermittentes, les dyssenteries , les écoulements, les affections catarrhales. Les alcalis forment, en se combinant au gambier, des sels dans lesquels les propriétés astringentes de cette substance disparaissent; la solution de colle de poisson précipite le gambier de sa dissolution; les sels métalliques exercent la mêmç action, et à ces caractères on reconnaît l’existence des acides gallique et lannique qui paraissent constituer la majeure partie de cet exr ait aqueux.
En Chine, on se sert du gambier pour teindre en noir brun, et en couleur fauve les soies et les cotons; on l’emploie aussi pour le tannage. On l’importe aujourd’hui en grande quantité en Angleterre pour les mêmes usages, et comme mordant pour fixer les couleurs. On est fondé à penser que cette substance remplacerait avantageusement la noix de galle dans tous ses usages, ainsi que l’écorce de chêne. Les échantillons joints à ce rapport permettent de faire des essais profitables à l’industrie. L’analogie du gambier avec la noix de galle nous porte à proposer de lui appliquer la même taxe de 5 francs les loo kilogrammes.
Nota. Nous avons recueilli et rapporté des graines de gambier, que nous avons adressées à M. le Ministre de la marine et des colonies.
Sagou.
Cette substance précieuse, et comme aliment et comme
propre à donner de l’apprêt aux étoffes, est loin d’occuper en France la place que lui assigne son utilité dans la satisfaction de nos besoins. Cela tient surtout au droit exorbitant qui l’atteint et qui la repousse de notre consommation. Comme cette substance n’est pas trop connue, nous en parlerons avec plus de détail.
Le palmier-sagou {metronglum-sagu) n’excède pas lo mètres en hauteur; sa jeune tige est couverte d’épines, qui tombent quand elle grossit; il croît dans les lieux bas et marécageux, et parvient à maturité à quinze ans. On fait alors un trou dans le tronc pour reconnaître l’état de la moelle, puis on coupe au pied l’arbre, qu’on partage en pièces de deux mètres de longueur et qu’on fend pour en extraire la moelle au moyen d’un bambou qui râcle le cœur du palmier. Un palmier-sagou peut produire jusqu’à 3oo kilogrammes de moelle brute. C’est dans cet état quelles Malais de l’intérieur des îles de Bornéo et de Sumatra l’apportent le plus ordinairement à Singapore , où cette substance vaut 9 francs les loo kilogrammes.
Voici maintenant la préparation du sagou telle que nous l’avons vu faire par des ouvriers chinois : on lave la moelle brute dans une cuve sur une toile serrée qui laisse passer la fécule, tandis que les fibres ligneuses y sont retenues; on décante le précipité de fécule, et l’on verse le résidu dans de longues caisses garnies sur le fond de trous et recouvertes d’une toile très-serrée pour laisser égoutter l’eau. Cette fécule est ensuite séchée au soleil, puis passée au tamis. La substance ainsi obtenue se présente sous forme de farine parfaitement blanche et criant sous le doigt. On l’expédie en grande quantité en Angleterre pour être convertie en gomme et servir d’apprêt aux étoffes; des commissions permanentes sont données, à cet effet, à des négociants de Singapore, qui n’arrêtent leur expédition que quand le prix de cette farine dépasse 12 fr. 4o cent, les 100 kilogrammes, mais il est souvent à 8 fr. 80 cent.
Pour compléter la préparation du sagou, on expose cette fécule à un feu doux sous de grandes bassines en tôle mince, enchâssées sur un fourneau de torréfaction ; on agite continuellement la matière avec une spatule, de manière à favoriser l’agglomération des grains par le contact des diverses particules de fécule; quand la granulation est complète, on relire Te sagou poqr le refroidir, et on l’expédie ainsi préparé. Il se veu-
liait» en i845, de 27 francs 5o centimes à 32 francs les 100 kilogrammes.
Ce prix ne comprend pas l’emballage et les divers frais d’embarquement , qui peuvent monter à 20 centimes par caisses de 82 kilogrammes. Le sagou demande, pour être expédié , un double emballage, savoir : une caisse, puis un sac.
Les naturels de Bornéo et de Sumatra font des plantations de palmier-sagou; les pieds sont espacés entre eux de 3 mètres 1/2. Ils attendent 12 à i5 ans la récolte; mais le palmier coupé repousse par rejetons. Ils se nourrissent de la moelle brute, et préparent un sagou à gros grains, peut-être moins raffiné que celui de Singapore, mais qui, n’ayant pas été atteint par la fermentation pendant je transport de la matière brute, a meilleur goût, et se vendait en i844 , à Singapore, de 1 2 à 18 francs les 100 kilogrammes.
Avant l’établissement des fabriques de sagou à Singapore, le meilleur sagou provenait de Siak, côte N. O. de Sumatra. Il est d’un brun très-clair, à gros grains et friable; le sagou de Bornéo venait ensuite; puis celui des Moluques, qui est de qualité inférieure.
Quand on considère, d’une part, l’usage que l’on peut faire du sagou comme matière première servant d’apprêt aux étoffes; secondement, comme aliment sain et agréable, enfin comme article de retour de l’Indo-Ghine , on s’étonne qu’un droit exorbitant de 3o francs par 100 kilogrammes ait été maintenu par la loi du 1 1 juin i84ô. Nous proposons de distinguer la fécule de sagou du sagou perlé, et d’imposer le premier à 3 francs les 100 kilogrammes et le second à 6 francs. Ces droits équivalent à 33 et 18 pour cent de la valeur des produits dont il s’agit.
Gettania.
C’est une gomme élastique extraite de l’arbre connu dans la Malaisie sous le nom de getta-percha , appartenant à la famille des artocarpus, et dont l’écorce, lorsqu’on l’incise, laisse écouler un lait blanc qui se durcit à l’air en s’oxygénant. Cette substance a la plus grande analogie avec le caoutchouc et paraît pouvoir le remplacer dans une foule d’usages. On n’en a fait jusqu’ici que des cravaches, des fouets et des cannes; mais ses propriétés, mieux étudiées, pourraient lui faire trouver un emploi plus étendu. Les trois échantillons remis a l’appui de ce
rapport sous les n°* i3i, i3i lis et i32 montrent la gettania brute et la gettania travaillée.
Il résulte des essais que nous avons faits que cette nouvelle gomme élastique est soluble dans l’essence de térébenthine , l’acide acétique et l’huile essentielle de goudron. Cette propriété permet de l’étendre en couches minces sur des étoffes. On lui donne dans l’eau chaude toutes les formes désirables; les essais sont en ce moment en voie d’exécution dans le laboratoire de M. Dumas, à Paris. La gettania vaut 28 francs les joo kilogrammes à Singapore; nous proposerions de taxer à 5 francs les 100 kilogrammes la gettania, qui est loin d’avoir la valeur commerciale du caoutchouc, tarifé à 10 francs.
Agar-agar [fucus saccharinus).
Nom malais appliqué à plusieurs variétés de fucus qui croissent sur les côtes des îles de l’archipel et de l’Indo-Ghine , de la Nouvelle-Hollande et de la terre des Papous. Cette substance a la propriété de se dissoudre en gelée compacte et d’offrir sous cette forme, soit un aliment agréable quand elle est mêlée au sucre et aromatisée, soit une colle ou glu très-résistante employée en Chine comme apprêt pour le papier et les étoffes. Voici la préparation de cette gelée. Le fucus est mis à tremper pendant deux jours dans l’eau douce. Alors on le fait bouillir dans de l’eau fortement aiguisée d’acide acétique ou simplement de vinaigre. La dissolution ainsi obtenue est jetée sur un linge; la matière qui passe se précipite en gelée au fond du vase : on décante pour séparer l’eau en excès. Dans cet état , cette gelée peut être employée, soit comme vernis, soit comme aliment, en la faisant, dans ce dernier cas, cuire avec du sucre.
La Chine reçoit de divers lieux de production que nous avons indiqués 3o à 35, 000 kilogrammes d’agar-agar, au prix de i5 à 20 francs les 100 kilogrammes.
Cette substance , analogue à la dextrine , est précieuse nonseulement comme vernis pour les étoffes, mais encore comme susceptible de remplacer la colle de poisson et l’acide pectique dans les gelées qui nous servent d’aliment; elle pourra offrir un article de retour d’une certaine importance, quand on connaîtra bien tout le parti qu’on en peut tirer. On trouvera à l’appui de ce rapport 3 échantillons d’agar-agar, sous les n°* gS, 96 et 97.
Considérant l’agar-agar comme matière première, nous pro-
poserions de lui imposer une taxe de i franc, équivalente à 7 p. o/o de sa valeur.
Cire blanche, p^-/a (en chinois).
L’arbre àcire, oupé-la-chou, nourrit un insecte de la famille des coccus, dont l’abdomen laisse découler une sécrétion qui se durcit en absorbant l’oxygène de l’air et prend l’aspect du blanc de baleine ; on la recueille avec un couteau de bois , et il suffît de la faire fondre pour obtenir un gâteau de cire dont la cristallisation rappelle à première vue celle de l’acide stéarique toutefois le pé-la en diffère par ses propriétés physiques et sa composition chimique, et ne fond qu’à 8i°, et son analyse adonné :
Carbone 80 5
Hydrogène 13 5
Oxygène 6
composition qui la rapprocherait delà cérosie, substance qu’on rencontre à la surface de l’écorce des cannes à sucre; son point de fusion élevé rendrait le pé-la très-propre à entrer dans la composition des bougies stéariques ou de cire d’abeille, qui ont le défaut d’être trop fusibles. Le pé-la vaut de 2 à 3 francs le kilogramme en Chine. J’en ai déposé un échantillon à l’appui de ce rapport, sous le n° iio.
Le droit à lui imposer pourrait être le même que pour la cire du Sénégal, c’est-à-dire de 3 francs les loo kilogrammes.
Nous venons de donner quelques explications sur celles des marchandises du marché chinois et indo-chinois qui nous ont paru en mériter, et qui réclamaient, d’ailleurs, des modifications au tarif des droits d’entrée pour pouvoir être apportées sur le marché français.
Les autres articles de commerce nous ont paru trop connus pour avoir besoin d’éclaircissements , et nous renvoyons à cet égard au Chinese commercial guide deMorisson , ainsi qu’aux récentes publications du ministère du commerce, relativement aux travaux de la mission française en Chine.
Indiquons maintenant, mais d’une manière succincte (car ce sujet regarde plus spécialement les délégués des chambres de
commerce que la mission de Chine), indiquons, disons-nous, ce que pourra être notre commerce d’exportation avec la Chine et rindo-Chine. Son importance dépendra de l’esprit qui animera nos fabricants. Le jour où, le marché intérieur ne suffisant plus à leur activité, ils se détermineront à se conformer au goût du consommateur étranger, il y aura possibilité de fournir à la Chine et à l’Indo-Chine des draps et autres lainages, des étoffes de coton et même de soie , les mille variétés de l’article Paris, des glaces, des cristaux, des verreries, des poteries, des vins, des eaux-de-vie, des liqueurs, de l’horlogerie, des armes, etc.
En ce qui concerne les tissus de coton , nous pensons d’après les renseignements que nous avons obtenus sur les lieux, qu’en se conformant exactement au goût des Chinois, la France peut trouver en Chine le placement de plusieurs espèces de tissus de coton , soit blancs, soit teints, soit imprimés. La concurrence des Anglais et des Américains est la seule à craindre ; car les Chinois, manquant de machines perfectionnées , fabriquent beaucoup plus chèrement. Leur fabrication a déjà sensiblement diminué et tout porte à penser qu’elle finira par être anéantie par le bon marché des tissus européens. Les Chinois ont un goût prononcé pour les impressions à personnages; mais leurs procédés d’impression sont très-défectueux. C’est tantôt un moule fixe sur lequel chaque partie de l’étoffe vient s’appliquer successivement; tantôt une feuille de papier rendue consistante au moyen d’un vernis et découpée à jour : on l’applique sur le tissu , puis on y passe un pinceau qui ne colore que les parties de l’étofFe correspondantes aux découpures. C’est à peu près le procédé déjà connu en France sous le nom de gouache orientale. Dans le Nord, les Chinois impriment ainsi des mouchoirs à petites fleurs. Les efforts qu’ils font pour arriver à imiter les impressions anglaises sur coton, et le débit que ces dernières ont déjà trouvé dans les ports du Nord , à Shang-Haï surtout, ne nous permettent pas de douter que nos tissus de coton imprimés ne puissent trouver place sur le marché chinois, si nos fabricants se décidaient à travailler exprès pour ce marché.
Les draps importés en Chine par navires anglais, américains, hollandais ou allemands sont généralement en pièces de 19 à 21 yards de longueur sur i™,75 de largeur entre lisières. La qualité des draps légers {spanish-sb'ipes) , est inférieure. On ne compte généralement que 8 fils de chaîne par 5 millimètres :
aussi ces tissus, qui n’ont pas été foulés, sont-ils lâches. Ils non d’ailleurs été ni tendus ni calandrés: leurs prix varient entre 1 piastre et i piastre Quant aux draps fins et unis fins ( hroad-clothes) , ils valent, en qualité, de 2 piastres à 3 piastres le yard. Les couleurs les plus recherchées sont le bleu et le violet pourpré. Les écarlates sont aussi d’un bon placement.
Nous tenons de M. Grubble , conseiller de commerce envoyé en Chine par la Prusse , et que nous avons eu occasion de voir en Chine à son retour des ports du Nord , que les draps introduits en Chine par la frontière de Kiachta sont une imitation exacte de ceux que la Prusse a fournis jusqu’en i832 à la Russie , et qu’ils sont généralement confectionnés avec des laines de Silésie. En employant ces mêmes laines ou des laines analogues, nos fabricants pourraient donc prendre part à la fourniture des draps du marché chinois.
Les articles de camelots,' de flanelle, de peluche de laine {you-yong) , de serge cachemire, de mérinos [cou-yong), entrent dans la consommation habituelle des Chinois, et peuvent dès lors donner de l’emploi à nos fabriques de lainages. Les produits similaires des Chinois laissent, d’ailleurs, beaucoup à désirer; on en trouvera la preuve dans l’examen des deux échantillons de cou-yongs n®* 2i et 22 joints à ce rapport; on y remarquera que les Chinois ne séparent pas la laine à peigner de la laine à carder. Ces deux espèces de poils, qui existent en plus ou moins grande proportion dans toute espèce de laine, restent mêlées, et comme la laine cardée est la seule qui puisse se feutrer, il en résulte une incorporation très-incomplète de la laine peignée dans les tissus; les teintures, ne prenant pas également sur ces deux espèces de poil, augmentent encore la défectuosité des étoffes.
En définitive , l’usage des étoffes de laine répond à l’un des besoins de la vie les plus impérieux dans un pays où les températures sont extrêmes, et, si l’on en juge parles résultats déjà obtenus par les Russes et les Anglais, les étoffes de laine trouveront un jour un très-large placement parmi les Chinois, bien que ce peuple n’ait fabriqué jusqu’ici que quelques-unes des étoffes légères de laine susnommées, tels que cou-yongs, ou des peluches [you-yongs] dont l’usage est peu étendu. Si les vêtements de laine, quoiqu’ils ne soient pas au nombre de ceux d’hiver recommandés par le livre des rites, ont pu se ré-
pandre et deviennent de jour en jour d’un usage plus fréquent, on n’est plus en droit d’opposer aux espérances du fabricant européen l’immobilité des habitudes chinoises.
Quelque étrange que puisse paraître au premier abord l’idée de placer des soieries françaises en Chine, nous pensons que, grâce à la perfection de nos métiers , il sera possible d’exporter de Chine de la soie brute et d’y rapporter des tissus dont les prix pourraient être inférieurs aux prix chinois. La fabrication des façonnés surtout, peut, en raison de la supériorité de nos procédés, devenir la source d’importants bénéfices.
L’article Paris se compose d’une foule d’objets qu’il est impossible d’énumérer ici. L’imitation exacte des formes chinoises doit ouvrir un large débouché à nos bronzes, à nos pendules, à notre bijouterie fausse, à notre cristallerie et à ces mille objets que nous fabriquons avec un fini que les Chinois ne sauraient atteindre, non que l’adresse manuelle leur fasse défaut, mais parce que les machines un peu compliquées et un bon outillage leur manquent. Nous avons vu Pan-sse-Tchin, l’un des mandarins qui ont assisté le vice-roi de Canton dans ses relations avec l’ambassadeur, s’extasier sur une foule d’objets que lui montrait le délégué de l’industrie parisienne, et lui en dési» gner plusieurs comme devant convenir dans le pays, et ce Chinois éclairé n’est pas le seul qui ait exprimé cette opinion devant nous. Les armes deluxe, de qualité moyenne, auraient aussi un placement avantageux; l’usage des glaces de grande dimension commence à se répandre, et, quand on réfléchit à la nature des goûts et au genre d’élégance qui dominent chez les Chinois, on ne peut douter que cet article ne soit appelé à jouer un jour un rôle important dans notre exportation pour la Chine.
De ce que les produits de l’Europe à la convenance des Chinois sont jusqu’ici en petit nombre, on s’est beaucoup trop pressé de conclure que les Chinois sont réfractaires au goût européen. Les relations commerciales sont à peine en voie de formation, et déjà l’on voudrait qu’abandonnant des habitudes séculaires, les Chinois se jettent à corps perdu sur toutes les inventions européennes, auxquelles ils sont demeurés jusqu’ici étrangers. S’il est une chose pour laquelle le temps soit un élément indispensable, c’est assurément lorsqu’il s’agit de faire comprendre à un peuple un monde nouveau, un monde inconnu. Il faut que les Chinois se remettent du sentiment de stupéfac-