JOANN., XX
3 Matth., xxviii , 19, 20. Voir l'ensemble des textes, t. Jer, liv. h , ch. ier.
à saint Pierre et à ses successeurs, on est conduit à la monarchie pure, indivisible, à l'infaillibilité absolue du Pontife romain.
S'il fallait suivre jusqu'au bout ces méthodes intéressées et exclusives, il faudrait donc affirmer que Jésus-Christ a établi deux souverainetés dans son Eglise : la monarchie pure, indivisible, absolue, du Pape infaillible; l'aristocratie souveraine, illimitée et absolue des évêques infaillibles. Mais cette conséquence serait absurde. Dans toute société, il ne peut y avoir qu'une souveraineté, un seul souverain. Quoiqu'elle puisse être composée de plusieurs éléments, la souveraineté est essentiellement une. Telle est la loi nécessaire de toute constitution sociale ; et cette loi a été reconnue et respectée par tous les législateurs, qu'ils se soient montrés dans leur œuvre grands ou médiocres.
Certes, qui pourrait supposer que la Sagesse divine, source de toute raison, aurait méconnu, dans la constitution de la société spirituelle, la loi établie par elle-même pour servir de base à toute société? Il n'est pas permis de s'arrêter, même un seul instant, à une hypothèse aussi contraire à la raison humaine, aussi injurieuse à la sagesse divine.
La méthode d'isolement des textes, et des conclusions absolues qu'une logique exclusive peut tirer de cet isolement, est donc condamnée par ses résultats. Tout théologien qui s'affranchit des préjugés d'école et de l'esprit de parti doit l'abandonner; à cette méthode fausse et dangereuse, il doit substi-
DISCUSSION DES PREUVES. iOl
tuer la vraie, la sage méthode qui rapproche les textes au lieu de les isoler, qui les combine au lieu de les séparer; cette méthode seule peut conduire à des résultats légitimes et nous dévoiler la vraie nature et la grandeur de l'institution évangélique. Quelle témérité comparable à celle de séparer ce que Jésus-Christ a uni! C'est le divin Maître lui-même qui nous donne le principe de la vraie méthode interprétative de la charte divine qu'il a octroyée à son Église.
Quand le Sauveur a donné les pouvoirs spiri- vi. Résultats tuels aux Apôtres réunis, quand il leur a fait les ^'î^ divines promesses, Pierre était avec eux, Pierre était COmnlîa?ive au milieu d'eux ou plutôt à leur tête. 11 n'a pas révoqué sans doute les privilèges particuliers qu'il avait déjà accordés à Pierre seul; mais quand il a étendu aux Apôtres réunis les pouvoirs souverains, les promesses souveraines, il a déclaré d'une manière bien évidente son intention de fonder un corps souverain sous un chef unique. Il a montré qu'il voulait composer la souveraineté qui devait régir son Église d'éléments complexes, et manifesté le dessein d'établir une monarchie tempérée d'aristocratie. A ce point de vue, tout se conçoit, tout s'explique facilement dans l'institution évangélique. Les contradictions que font naître des vues partielles et incomplètes disparaissent; et une belle harmonie se révèle à l'intelligence. La divine Sagesse, qui a fondé l'ordre physique du monde sur le poids, le nombre et la mesure, a écarté de la constitution de son Église
tout ce qui est extrême et violent. Le divin Maître a rapproché et fondu ensemble l'élément monarchique et l'élément aristocratique. Il a créé un monarque parce qu'il a voulu l'unité. Mais, en lui réservant les privilèges incommunicables de la primauté, il a voulu laisser dans son œuvre le sceau des divines harmonies ; et pour réaliser ce grand dessein, il a étendis à un corps, à un collège aristocratique, une partie des droits et des pouvoirs constitutifs de la souveraineté spirituelle. Ainsi il a uni les membres au chef y et constitué un corps vivant, un organisme vivant.
Le gouvernement de l'Église est donc une grande unité morale. A cette unité morale le divin Maître a tout donné, tout promis, tout soumis.
Il lui a tout donné : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre; allez, enseignez, baptisez toutes les nations l. »
Il lui a tout promis : « Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles 2. »
Il lui a tout soumis : « Celui qui vous écoute m'écoute... Que celui qui n'écoute pas l'Église soit regardé comme un payen et un publicain 3. »
Si le dessein et la fondation de cette grande unité morale de gouvernement spirituel ressortent avec une entière évidence des paroles et des actes de l'Homme-Dieu; si on tombe forcément dans l'absurde en lui attribuant un autre dessein et une autre conduite, il faut nécessairement reconnaître aussi que les plus hautes prérogatives de la souveraineté spi-
1 Matth., xxvm, 49.— 2 Ibidem, 24). — 3 Ibidem3 xviii, '17.
rituelle appartiennent, de droit divin, à cette grande unité morale de gouvernement, à Pierre et aux Apôtres, au Pape et aux évêques. Or l'infaillibilité certaine et absolue est la plus haute prérogative de la souveraineté spirituelle. Tout en conservant ses divins privilèges, sa primauté, sa juridiction universelle et pleine, le chef de l'Église ne participera donc à l'infaillibilité certaine et absolue qu'autant qu'il* formera une grande unité avec les évêques; et ceuxci, à leur tour, ne prendront part au divin privilège qu'autant qu'ils seront unis au Pape.
Telles sont les conséquences rigoureuses du rapprochement et de la comparaison des textes sacrés sur lesquels repose la constitution de la souveraineté spirituelle.
Ces conséquences ont été consacrées par les actes vi de vingt conciles généraux; ces conséquences ont été vérifiées par l'histoire. La démonstration humaine ne peut aller plus loin.
En interprétant,, à la lumière de l'institution évangélique prise dans son ensemble, et à celle des faits de l'histoire ecclésiastique, les paroles qui sont le fondement de l'autorité pontificale, nous venons de constater que te divin Maître a pourvu à l'éternelle durée et à l'entière solidité du Siège apostolique et de l'Église romaine. Quelques explications nouvelles sont peut-être nécessaires ici pour mettre dans son plein jour la doctrine que nous venons d'exposer.
Cette doctrine suppose évidemment qu'il y a une vin. vraie distinction à faire entre le Siège apostolique et la de îindefocti.
bilité.
Les conciles généraux.
personne qui occupe ce siège, selon la parole de saint Léon le Grand : Aliud sunt sedes , aliud simt prœsidentes1.
Tous les pouvoirs spirituels sont donnés, toutes les grâces divines sont accordées à la personne du Pontife. Mais il reste homme, c'est-à-dire libre et peccable. Nous savons comment Jésus-Christ pourvoit à l'immortalité de la succession pontificale, quand il permet qu'un Pontife en particulier n'accomplisse pas fidèlement ses devoirs relatifs au dépôt sacré de la foi. L'erreur est promptement réparée, promptement corrigée; et la succession pontificale conserve toujours la vraie foi»
Sans qu'il soit porté aucun changement essentiel aux conditions de l'individualité humaine, la papauté est donc une personne morale, immortelle, éternelle, invincible, infaillible. N'est-il pas évident que ces grands privilèges doivent appartenir à la succession et non pas aux individus, puisque ces privilèges ne sont que la solidité ou la durée de l'institution? Or, la [durée n'est pas dans les individus, qui passent, mais dans la succession, qui se perpétue.
Il en est de la papauté comme il en serait de la royauté, si la royauté avait des promesses divines d'éternelle durée. Le roi mourrait de mort naturelle, il pourrait être frappé de mort légale; la royauté serait immortelle.
L'indéfectibilité pontificale n'est donc que la succession immortelle et invincible des Papes. Il y aura
1 Leonis Epist. 53 , et Epist. 52L.
toujours des Papes, et toujours des Papes enseignant la vraie foi.
On dit donc avec raison que l'indéfectibilité appartient au Siège, parce qu'elle appartient à la succession ou à l'institution. Il y a donc dans l'institution et dans la succession plus que dans les individus; il y a plus dans le Siège que dans la personne qui l'occupe, et les paroles citées de saint Léon sont exactement vraies : Aliud sunt sedes; aliud suntprœsidcntes.
Cette indéfectibilité de l'institution de la papauté, ou de la succession du Siège apostolique, couvre et protège l'Église romaine. Cette Église n'existe que par ses évoques, souverains pontifes de l'Église universelle. Quoique cette Église reçoive les noms glorieux de mère et de maîtresse, personne sans doute n'imaginera que la juridiction universelle appartienne au clergé et aux fidèles de l'Église romaine. Cette juridiction est l'attribut essentiel de ses évêques. Toutefois, comme cette Église romaine est le siège de la papauté, comme elle restera toujours sous l'autorité de l'immortelle succession de ses Pontifes, elle sera toujours préservée d'erreur dans la majorité de son clergé et de ses fidèles, et elle participera ainsi à l'infaillibilité passive de l'Église universelle.
Il est évident que cette indéfectibilité de l'Église romaine tient à l'indéfectibilité même de la succession et de l'institution pontificales.
Nous retrouverons toutes ces nécessaires et importantes distinctions dans la tradition ecclésiastique, que nous allons étudier.
Ajoutons que si , dans la discussion qui précède, nous n'avons pas reproduit tous les raisonnements que l'école extrême emploie pour tirer des textes sacrés l'infaillibilité absolue, séparée, personnelle du Pontife romain, c'est qu'il nous a paru inutile de répondre à des raisonnements dont nous détruisions toutes les bases. Cette même remarque trouvera son» application aux raisonnements qu'on veut faire aussi sur les textes de la tradition.