‹ Du concile general et de la paix religieuseChapitre 27 sur 90 · I. Premier · texte numérisé non relu

I. Premier

conséquence

du système

absolu.

Du principe de la monarchie indivisible et absolue, du principe de l'infaillibilité pontificale séparée et personnelle, l'école extrême déduit des conséquences qui achèvent sa théorie, et mettent dans tout son jour le caractère qu'elle veut donner à la monarchie

1 Voir t. Ier, liv. m, ch. xi, p. 472 à 494 .

de l'Église. La première de ces conséquences, c'est la supériorité absolue du Pape sur le concile général.

A l'égard de la question de la supériorité du Pape sur le concile général, ou du concile général sur le Pape, nous croyons avoir tenu le milieu de la vérité. Guidé par la tradition et les actes des conciles généraux; appuyé sur des faits qui sont des lois pour l'Église, nous avons cru pouvoir affirmer que le Pape ne possède pas une supériorité absolue et illimitée sur le concile, ni le concile sur le Pape.

La doctrine de la supériorité absolue du concile u. supériorité général sur le Pape nous a paru, nous paraît dépour- du ConCiie vue de vérité. Cependant cette doctrine, d'après sur le Pape* Bellarmin , est encore un objet de discussion libre pour les catholiques1; et il range parmi les défenseurs orthodoxes de cette opinion Pierre d'Ailly, Gerson, Almain, le cardinal Nicolas de Cusa, le Panormitain, Zabarella ou le cardinal de Florence, et plusieurs autres2. A la liste de Bellarmin, on pourrait ajouter, dans les temps plus modernes, d'autres noms également respectables.

Toutefois Bellarmin pense qu'après le décret du

1 Usque ad hanc diem quaestio superest etiam inter catholiços. Bellarminus, De conciliis, lib. il, cap. xm.

2 Idem asserunt cardinalis Cameracensis, Joannes Gerson, Jacobus Almainus, el alii nonnulli in suis tractalibus De potestate Ecclesiœ. Item Nicolaus Cusanus in tractatu De concordia canonica, lib. h, cap. vu; Panormitanus, in capite Significasti , ex tract. De electione, et ibidem magister ejus cardinalis Florentinus; item Abulensis, in cap. xvm Matth., quaest. 48, et quidam alii. De conciliis, lib. n, cap. xiv.

cinquième concile de Latran sur les droits du Pape relativement aux conciles, on ne peut soutenir sans témérité la supériorité du concile sur le Pape, et qu'au contraire celle du Pape sur le concile est presque une vérité de foi1. Il reconnaît, il est vrai, qu'on ne peut pas prouver d'une manière absolument certaine l'œcuménicité du cinquième concile de Latran ; et que, dans tous les cas, le décret de Latran touchant la supériorité du Pape sur le concile n'appartient pas à la foi. Quant à nous, nous croyons avoir démontré qu'il y a des raisons très-fortes contre l'œcuménicité du cinquième concile de Latran; et que dans l'hypothèse de cette œcuménicité , le décret touchant la puissance du Pape n'établit pas une supériorité absolue et illimitée du Pape sur le concile, mais bien une supériorité déterminée et circonscrite dans certaines limites2. Et ainsi les censures de Bellarmin, dont on peut certes contester l'autorité, n'atteignent pas du tout les doctrines que nous professons, m. Celles des anciens théologiens qui ont soutenu la

supériorité absolue du concile sur le Pape, manquent, nous osons le dire, d'exactitude et de solidité. En effet, ces doctrines semblent quelquefois attribuer toute l'autorité spirituelle et tous les privilèges divins à l'Église prise dans sa totalité. D'après ce système, le Pape n'aurait qu'une puissance déléguée et ministérielle-, et cette puissance ne s'exercerait que

1 De conciliis, lib. u, cap. xvn.

2 Voir t. Ier, liv. m, chap. xii.

Réfutation

sur chaque Église en particulier, et non point sur l'Église entière réunie en concile général. Dans ces assemblées représentatives, l'Église reprendrait toute son autorité, et le Pape lui serait entièrement subordonné. On reconnaît ici la distinction scolastique qui attribue la puissance suprême au Pape sur l'Église distributive et non collective sumpta.

Nous ne prétendons pas certes que les théologiens dont nous avons prononcé les noms vénérés aient sciemment et volontairement enseigné une doctrine qui tend à déplacer le pouvoir spirituel au profit de la communauté chrétienne, et à constituer l'Église en république aristocratique ou démocratique. Non, jamais ces grands hommes n'ont admis les doctrines anti-monarchiques que nous avons combattues, que nous combattrons encore ' . Nous nous bornons à dire que les théories de ces anciens théologiens sur la souveraineté spirituelle ne semblent ni assez approfondies, ni assez mûries.

Pour nous, fidèle à la tradition de la vraie doctrine, nous avons établi que le pouvoir pontifical, comme le pouvoir épiscopal, étaient d'origine immédiatement divine-, que le Pape est le vrai vicaire de Jésus-Christ, et qu'il possède l'universalité et la plénitude de la juridiction spirituelle. Cette puissance s'étend sur l'Église dispersée et sur l'Église assemblée, et la distinction du distributive et du collective, prise dans un sens absolu, est dépourvue de fondement.

1 Voir t. Ier, liv. i«r, ch. m , et le ch. xiv de ce liv. iv.

contre cette doctrine..

Et cependant de ce que le Pape possède dans le

concile et sur le concile ses droits et ses privilèges

divins, nous n'en concluons pas qu'il a sur lui une

supériorité absolue et illimitée, nous n'en concluons

pas qu'il est maître absolu du concile. Cette doctrine,

pour nous, est aussi peu fondée que celle de la

supériorité absolue du concile sur le Pape.

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