I. Rapide examen
des systèmes aristocratiques.
Après avoir discuté , selon nos forces , le système de la monarchie pure, indivisible, absolue du Pontife romain, il nous paraît nécessaire de donner un aperçu général d'un système qui se tient à l'opposé et qui place la souveraineté absolue dans l'aristocratie épiscopale, combinée plus ou moins avec l'élément démocratique.
Ce système, émané du protestantisme l, a été célèbre au dix-septième H m dix-huitième siècle. Ses auteurs principaux et ses principaux défenseurs furent Richer, syndic de la Faculté de théologie de Paris, Marc-Antoine de Dominis, archevêque de Spalatro, et enfin Nicolas de Hontheim, évêque de Myrk>phite, plus connu sous le nom de Febronius. Notre intention n'est pas du tout d' exposer et de réfuter complètement les doctrines de ces écrivains. Un pareil travail exigerait à lui seul un volume, fleureuse-
1 Voir t. 1er, liv. Ier, ch. i, in, iv, v, vi, vu.
ment ce travail n'est pas à faire ; il a été fait et bien fait'.
Nous nous proposons seulement de donner une idée générale de ces systèmes, afin que le lecteur puisse reconnaître avec quel soin nous nous efforçons de nous éloigner de tout excès, et combien les doctrines exposées dans cet ouvrage se séparent des erreurs professées par les auteurs que nous avons nommés.
Les doctrines de ces trois écrivains sur le gouver» nement de l'Église sont, comme nous l'ayons dit, un mélange des systèmes aristocratiques et démocratiques, et ont pour but ultérieur d'amoindrir et de rabaisser la sainte et divine autorité du Pontife romain.
Richer, suivi en cela par Dominis et par Hontheim, "■ Ricber. part de ce principe que le divin fondateur de l'Église a donné les clefs, c'est-à-dire les pouvoirs spirituels, la juridiction spirituelle, à la communauté chrétienne, à l'Église. Dépositaire de cette puissance divine, l'Église délègue les pouvoirs spirituels aux évoques et au Pape, qui n'ont qu'une autorité ministérielle et qui ne peuvent jamais obliger les fidèles sans le consentement de ceux-«i.
Richer fait donc l'Église à l'image de la société politique ; comme pour celle-ci la souveraineté politique réside dans la nation , il veut placer dans
1 Consulter en particulier contre Febronius , Pey, Autorité des deux puissances, t. il;, et Zaccaria , Anli- Febronius vindicatus. Nous croyons cependant qu'il est utile de mettre ici une note dé-
l'Église la souveraineté spirituelle. On voit tout de suite le coup essentiel que Richer porte à l'autorité du Pape et des évoques, et combien ce système est contraire aux divines Écritures et à la tradition ecclé-
taillée pour mieux faire connaître ces systèmes dangereux :
L'ouvrage de Richer est intitulé : De ecclesiasticâ et politicâ polestate, in-4°, Paris, 4 611. C'est un petit volume qui n'a guère qu'une cinquantaine de- pages.
Voici la proposition fondamentale qui ouvre et résume l'ouvrage.
Chrislus fundando Ecclesiam prius , immediatius atque essentialius claves sive jurisdictionem toti dédit Ecclesise quam Petro seu quod eodem redit, claves contulit Ecclesise ut per unum ministerialiter exercerentur. Quandoquidem tota jurisdictio ecclesiasticâ primario proprie ac essentialiter Ecclesise convenit : Romano autem Pontifici atque aliis episcopis instrumentaliter ministerialiter et quoad executionem tantum.
Voici les corollaires :
1° Ecclesia est politia monarcliica. ad finem supernaturalem instituta, regimine aristocratico temperata a summo animarum Pastore Domino nostro.
2° Divus Petrus est solummodo dispensator et caput ministeriale : Christus autem caput essentiale per quem et propter quem substat Ecclesia.
3° In Ecclesia status a regimine distinguitur : nam status monarchicus est tum ad unitatem atque ordinem vindicandum cum ad executionem canonum; regimen vero aristocraticum propter solidam providentiam , efficax concilium et constitutiones eorumdem canonum.
4° Infallibilis potestas decernendi aut constituendi canones pênes Ecclesiam est aut générale concilium illum reprsesentans.
5° Frequens celebratio conciliorum est simpliciter et absolut© necessaria ad Ecclesiam melius sanctiusque regendam. Bulles vero et decretales Summorum Pontificum nequaquam obligant.
6° Plenitudo auctoritatis Pontificiae definitur primo ad Ecclesias particulares sed nequaquam ad Ecclesiam universalem, secundo ad' executionem canonum, minime vero ad ingtitutionem.
7° Quanquam Ecclesia unicum caput essentiale (Christum) habeat,
siastique. Richer, sans doute, veut conserver l'épiscopat et le Souverain Pontificat, mais en ne laissant dans leurs mains qu'une autorité impuissante. Dominis alla encore plus loin que Richer dans l'at- m, Domina.
nihilominus in ratione exercitii atque executione regiminis a Papa et a principe politico differenter gubernatur.
L'ouvrage de Dominis porte ce titre : De republica ecclesiastica, 4617. Il est partagé en dix livres, qui tous renferment douze chapitres.
Les propositions suivantes semblent le mieux résumer la pensée de cet écrit.