VI INTRODUCTION
pourra en toute confiance accorder à ce travail l'avantage de la sincérité et de l'exactitude.
Maigre ambition? Si Ton veut; mais ceux qui connaissent la brousse l'estimeront à son prix.
On ne se figure pas, en effet, combien il est sage de se défier de la littérature coloniale. Elle produit des effets de mirage. De bonne foi, mais inexpérimenté, le lecteur trouve dans son imagination des facultés de grossissement qui déforment étrangement la réalité. Sur les pas de l'explorateur, il rêve, s'émeut, se passionne, il se figure une Afrique invraisemblable, chimérique, une Afrique de bluff ou d'utopie, dont il devient difficile de le désabuser. Certains voyageurs en sont d'ailleurs responsables.
Celui qui le premier « vit les villes et les mœurs de beaucoup d'hommes >-, et qui raconta ses voyages, était un Grec. Il tricha avec la vérité; mais, avec la complicité d'Homère, il sut habiller ses récits de gloire, de fable et de poésie. Ulysse fut l'ancêtre de Tartarin. Beaucoup ont suivi leurs traces et spéculé sur l'ignorance du public trop crédule. Us ont souvent tracé de la vie dans la brousse africaine des tableaux mensongers. Celui qui s'y trompe s'expose aux mécomptes et aux désillusions.
Voilà pourquoi j'ai résolu d'offrir au public et à mes camarades ces notes que je n'avais prises que pour moi. Je les publie telles quelles, feuillets sans retouches, détachés d'un carnet de voyage. Peut-être aurais-je pu supprimer quelques passages, modifier quelques autres et soigner davantage ma réputation d'écrivain. Mais le récit eût manqué de probité ; les Belles Lettres y eussent peu gagné, et le lecteur, épris de vérité, y eût certainement perdu.
Si, dans ce récit, le moi de l'auteur apparaît trop