DES BORNES DU POUVOIR SOUVERAIN
Si rÉtat ou la cité n'est qu'une personne morale dont la vie consiste dans Tunion de ses membres, et si le plus important de ses soins est celui de sa propre conservation, il lui faut une force universelle et compulsive (^) pour mouvoir et disposer chaque partie de la manière la plus convenable au tout. Comme la nature donne à chaque homme un pouvoir absolu sur tous ses membres, le pacte social donne au corps politique un pouvoir absolu sur tous les siens : et c'est ce même pouvoir qui, dirigé par la volonté générale, porte, comme j'ai dit, le nom de souveraineté (').
Mais, outre la personne publique, nous avons à considérer les personnes privées qui la composent, et dont la vie et la liberté sont naturellement indépendantes d'elle. Il s'agit donc de bien distinguer les droits respectifs des citoyens et du souverain (a),
(a) Lecteurs atienUfs, ne vous pressez pas, je vous prie, de m'accuser ici de contradiction. Je n'ai pu V éviter dans les ter^ mes, vu la pauvreté de ia langue; mais attendez. (Note de Rousseau).
permettant de dégager une volonté commune. Ainsi seulement la volonté générale sera « éclairée », c'est-à-dire que l'on pourra reconnaître ce qui est voulu également par tous dans l'intérêt de tous.
1. C'est-à-dire, une force s'étendant au groupe tout entier, et contraignante.