DE LA LOI
Par le pacte social nous avons donné Texistence et la vie au corps politique : il s'agit maintenant de lui donner le mouvement et la volonté par la législation. Car Tacte primitif par lequel ce corps se forme et s'unit ne détermine rien encore de ce qu'il doit faire pour se conserver.
Ce qui est bien et conforme à Tordre est tel par la nature des choses et indépendamment des conventions humaines ('). Toute justice vient de Dieu, lui seul en est la source ; mais si nous savions la recevoir de si haut, nous n'aurions besoin ni de gouvernement ni de lois. Sans doute il est une justice universelle émanée de la raison seule ; mais cette justice, pour être admise entre nous, doit être ré-
1. Rousseau, résumant dans VÉmile son Contrat social (qui, dans son intention, ne devait paraître qu'un peu plus tard) dit en parlant des « vrais caractères de la loi » : «... Le sujet est tout neuf ; la définition de la loi est encore à faire. > Gela me paraît clairement établir qu'il regardait ce chapitre comme une des parties les plus originales et les plus importantes de son ouvrage.
2. Rousseau reprend et développe ici la distinction déjà indiquée plus haut, I, VIII, de deux formes de la moralité,du bien et de la justice tau sens absolu, ces notions sont indépendantes de toute convention et antérieures à l'état social; mais, au sens relatif et réel, le pacte social seul en fait des réalités, en leur donnant un caractère obligatoire et réciproque. Ce passage, ligure en marge du Ms. de Genève.