‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 141 sur 235 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

corps intermédiaire établi entre les sujets et le souverain pour leur mutuelle correspondance, chargé de l'exécution des lois et du maintien de la liberté tant civile que politique.

Les membres de ce corps s'appellent magistrats ou rois, c'est-à-dire gouverneurs (^), et le corps entier porte le nom de prince (a). Ainsi ceux qui prétendent que l'acte par lequel un peuple se soumet à des chefs n'est point un contrat, ont grande raison. Ce n'est absolument qu'une commission, un emploi, dans lequel, simples officiers du souverain, ils exercent en son nom le pouvoir dont il les a fait dépositaires, et qu'il peut limiter, modifier et reprendre quand il lui plaît (*), l'aliénation d^un tel droit étant incompatible avec la nature du corps social, et contraire au but de l'association.

J'appelle donc gouvernement ou suprême administration l'exercice légitime de la puissance executive, et prince ou magistrat Thomme ou le corps chargé de cette administration.

C'est dans le gouvernement que se trouvent les

(a) Cest ainsi qu'à Venise on donne au collège le nom de sérénissime prince, même quand le Doge n'y assiste pas. (Note de Rousseau.)

1. Roi, en latin rex, vient de regere, qui veut dire en effet diriger ou gouverner,

2. Les citoyens ne font pas un contrat avec leurs chefs,parce que ceux-ci sont des citoyens comme tous les autres, soumis sans réserve à la volonté générale par le pacte social. Ils n'ont donc aucune autorité propre et le corps social ne peut traiter avec eux comme avec une puissance distincte. Toute leur autorité leur est déléguée par le souverain lui -même, qui les charge de raccomplissement de certaines fonctions à des conditions déterminées.

forces intermédiaires dont les rapports composent celui du tout au tout ou du souverain à l'État (^). On peut représenter ce dernier rapport par celui des extrêmes d'une proportion continue (*), dont la moyenne proportionnelle est le gouvernement. Le gouvernement reçoit du souverain les ordres qu'il donne au peuple, et, pour que l'Etat soit dans un bon équilibre, il faut, tout compensé, qu'il y ait égalité entre le produit ou la puissance du gouvernement pris en lui-même, et le produit ou la puissance

1. Toufe la fin de ce chapitre et une partie du suivant sont rendues fort obscures par de nombreuses expressions malliématiques, qui sont pour la plupart inusitées aujourd'hui et que Uousseau emploie d'ailleurs sans la rifçucur et la précision nécessaires. Il était conduit à ces rapprochements, qui semblent tout d'abord ingénieux, par sa méthode même, toute ratioimelle et déductive,et par le désir de donner à son livre la plus grande précision scientifique. Mais, comme on en pourra juger, le résultat n'est pas heureux et la pensée de Rousseau s'en trouve obscurcie plutôt qu'éclairée, car la diversité des rapports sociaux ne se laisse pas aisément exprimer par les simples rapports de quantité.

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