DES SIGNES D UN BON GOUVERNEMENT
Quand on demande absolument quel est le meilleur gouvernement, on fait une question insoluble comme indéterminée ; ou, si Ton veut, elle a au-
(a^ Ceci ne contredit pas ce que j'ai dit ci-devant {liv. II, vh. IX) sur les inconvénients des grands États, car il s'agissait là de V autorité du gouvernement sur ses membres, et il s^agit ici de sa force contre les sujets. Ses m,embres épars lui servent de points d'appui pour agir au loin sur le peuple, mais il n'a nul point d'appui pour agir directement sur ces membres mêmes. Ainsi, dans Vun des cas, la longueur du levier en fait la faiblesse, et la force dans Vautre cas. (Note de Rousseau.)
1. Il s'agit ici des chefs que se donne spontanément le peuple révolté et non des magistrats qui forment le gouvernement.
tant de bonnes solutions qu^il j a de combinaisons possibles dans les positions absolues et relatives des peuples.
Mais si Ton demandait à quel signe on peut connaître qu'un peuple donné est bien ou mal gouverné, ce serait autre chose, et la question de fait pourrait se résoudre.
Cependant on ne la résout point, parce que chacun veut la résoudre à sa manière. Les sujets vantent la tranquillité publique, les citoyens la liberté des particuliers (i) ; Fun préfère la sûreté des possessions, et l'autre celles des personnes ; l'un veut que le meilleur gouvernement soit le plus sévère, l'autre soutient que c'est le plus doux; celui-ci veut qu'on punisse les crimes, et celui-là qu'on les prévienne ; l'un trouve beau qu'on soit craint des voisins, Tautre aime mieux qu'on en soit ignoré; l'un est content quand l'argent circule, l'autre exige que le peuple ait du pain. Quand même on conviendrait sur ces points et d'autres semblables, en serait-on plus avancé? Les quantités morales manquant de mesure précise, fût-on d'accord sur le signe, comment l'être sur l'estimation?
Pour moi, je m'étonne toujours qu'on méconnaisse un signe aussi simple, ou qu'on ait la mauvaise foi de ne pas en convenir. Quelle est la fin de l'association politique ? Cest la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu'ils se conservent et prospèrent ? C'est leur nombre et leur population. N'allez donc pas
1. Les sujets, dans une monarchie ; les citoyens, dans une démocraties