CHAPITRE XVI
QUE l'institution DU GOUVERNEMENT n'eST POINT UN CONTRAT
Le pouvoir législatif une fois bien établi, il s'agit d'établir de même le pouvoir exécutif ; car ce dernier, qui n'opère que par des actes particuliers,
(a) Cest ce que je m' et aïs proposé de faire dans la suite de cet ouvrage, lorsqu en traitant des relations externes, j'en serais venu aux confédérations ; matière toute neuve et où les principes sont encore à établir. (Note de Rousseau) (*),
(*) Un manuscrit où Rousseau traitait cette importante question des confédérations aurait été légué par lui au comte d'Antraigues, et détruit par celui-ci, si nous en croyons son propre aveu, en 1790, dans la crainte que l'ouvrage ne contribuât à propager les idées républicaines et à « détruire l'autorité royale », Le récit de cet étrange légataire est obscur et suspect. On le trouvera textuellement reproduit dans l'éd. Dreyfus-Brisac, p. 172. Cf. Windenberger, Essai sur le système de politique étrangère de Rousseau.
l. La conclusion que donne Rousseau à toutes ces réflexions un peu flottantes est donc en somme celle-ci: — un peuple n'est libre que si les citoyens exercent directement leur puissance souveraine en faisant eux-mêmes leurs lois ; or les conditions de la vie dans les grands États modernes, étant donné surtout qu'il n'y a plus d'esclaves, rendent une telle institution irréalisable : la liberté n'est donc aujourd'hui possible que dans de très petites cités, très pauvres, de mœurs frugales et simples, qni pp! défendraient contre l'étranger en formant des confédérations.
n'étant pas de Tessence de l'autre, en est naturellement séparé. S'il était possible que le souverain, considéré comme tel, eût la puissance executive, le droit et le fait seraient tellement confondus qu'on ne saurait plus ce qui est loi et ce qui ne Test pas ; et le corps politique, ainsi dénaturé, serait bientôt en proie à la violence contre laquelle il fut institué (*).
Les citoyens étant tous égaux par le contrat social, ce que tous doivent faire, tous peuvent le prescrire, au lieu que nul n'a droit d'exiger (*) qu'un autre fasse ce qu'il ne fait pas lui-même. Or, c'est proprement ce droit, indispensable pour faire vivre et mouvoir le corps politique, que le souverain donne au prince en instituant le gouvernement.
Plusieurs (=^) ont prétendu que l'acte de cet établissement était un contrat entre le peuple et les chefs qu'il se donne, contrat par lequel on stipulait entre les deux parties ( les conditions sous lesquelles l'une s'obligeait à commander et l'autre à obéir. On conviendra, je m'assure, que voilà uneétrange manière de contracter. Mais voyons si cette opinion est soutenable.
Premièrement, l'autorité suprême ne peut pas plus se modifier que s'aliéner ; la limiter, c'est la détruire. Il est absurde et contradictoire que le souverain se donne un supérieur : s obliger d'obéir à un maître, c'est se remettre en pleine liberté (*),