LIVRE QUATRIÈME
premiers Romains, leur désintéressement, leur goût pour l'agriculture, leur mépris pour le commerce et pour l'ardeur du gain, qui pussent le rendre praticable. Ouest le peuple moderne chez lequel la dévorante avidité, l'esprit inquiet, l'intrigue, les déplacements continuels, les perpétuelles révolutions des fortunes, pussent laisser durer vingt ans un pareil établissement sans bouleverser tout l'État? Il faut même bien remarquer que les mœurs et la censure, plus fortes que cette institution, en corrigèrent le vice à Rome, et que tel riche se vit relégué dans la classe des pauvres pour avoir trop étalé sa richesse.
De tout ceci l'on peut comprendre aisément pourquoi il n'est presque jamais fait mention que de cinq classes, quoiqu'il y en eut réellement six . La sixième, ne fournissant ni soldats à l'armée, ni votants, au champ de Mars (a), et n'étant presque d'aucun usage dans la république, était rarement comptée pour quelque chose.
Telles furent les différentes divisions du peuple romain. Voyons à présent l'effet qu'elles produisaient dans les assemblées. Ces assemblées légitimement convoquées s'appelaient comices ; elles se tenaient
''a) Je dis an champ de Mars, parce que c^ètait là que s'assemblaient les comices par centuries: dans les deux autres formes, le peuple s'assemblait au Forum ou ailleurs, et alors les capite censi avaient autant d'influence et d'autorité que les premiers citoyens. (Note de Rousseau) (*).
(*) Cependant les plébéiens n'avaient sans doute pas accès aux comices curiates, et on a vu que l'influence des prolétaires dans les assemblées par tribus ne s'est établie qu'à la longue»
ordinairement dans la place de Rome (^) ou au champ de Mars, et se distinguaient en comices par curies, comices par centuries et comices par tribus, selon celle de ces trois formes sur laquelle elles étaient ordonnées. Les comices par curies étaient de l'institution de Romulus ; ceux par centuries, de Servius : ceux par tribus, des tribuns du peuple. Aucune loi ne recevait la sanction, aucun magistrat n'était élu, que dans les comices ; et comme il nV avait aucun citoyen qui ne fût inscrit dans une curie, dans une centurie ou dans une tribu, il s'ensuit qu'aucun citoyen n'était exclu du droit du suffrage, et que le peuple romain était véritablement souverain de droit et de fait.
Pour que les comices fussent légitimement assemblés, et que ce qui s'y faisait eût force de loi, il fallait trois conditions ; la première, que le corps ou le magistrat qui les convoquait fût revêtu pour cela de l'autorité nécessaire ; la seconde, que l'assemblée se fît un des jours permis par la loi ; la troisième, que les augures fussent favorables.
La raison du premier règlement n'a pas besoin d'être expliquée. Le seconcj est une affaire de police (') ; ainsi, il n'était pas permis de tenir les comices les jours de férié et de marché, où les gens de la campagne, venant à Rome pour leurs affaires, n'avaient pas le temps de passer la journée dans la place publique. Par le troisième, le sénat tenait en bride un peuple fier et remuant, et tempérait à