LIVRE QUATRIÈME
propos l'ardeur des tribuns séditieux ; mais ceux-ci trouvèrent plus d'un moyen de se délivrer de cette gêne.
Les lois et l'élection des chefs n'étaient pas les seuls points soumis au jugement des comices ; le peuple romain ayant usurpé les plus importantes fonctions du gouvernement (*), on peut dire que le sort de TEurope était réglé dans ses assemblées. Cette variété d'objets donnait lieu aux diverses formes que prenaient ces assemblées, selon les matières sur lesquelles il avait à prononcer.
Pour juger de ces diverses formes, il suffît de les comparer. Romulus, en instituant les curies, avait en vue de contenir le sénat par le peuple et le peuple par le sénat, en dominant également sur tous. Il donna donc au peuple, par cette forme, toute l'autorité du nombre pour balancer celle de la puissance et des richesses qu'il laissait aux patriciens (*) . Mais, selon l'esprit de la monarchie, il laissa cependant plus d'avantage aux patriciens par l'influence de leurs clients sur la pluralité des suffrages (^). Cette admirable institution des patrons et des clients fut un chef-d'œuvre de politique et d'huma-
1 . L'autorité executive avait en effet d'abord appartenu aux rois et à une aristocratie patricienne peu nombreuse dans la quelle se recrutait le sénat.
2. On sait que Romulus est vraisemblablement un personnage purement légendaire. — Les assemblées par curies semblent avoir toujours eu, dans les premiers temps, un caractère aristocratique et patricien : les plébéiens en étaient très probablement exclus.
3. Il semble que les voix étaient recueillies, non par tête, mais par famille, de sorte que le chef de la < gens » votait seul au nom de ses parents et de ses clients. ^
nité, sans lequel le patriciat, si contraire à Tesprit de la république, n'eût pu subsister. Rome seule a eu l'honneur de donner au inonde ce bel exemple, duquel il ne résulta jamais d'abus, et qui pourtant n'a jamais été suivi (^).
Cette même forme des curies ayant subsisté sous les rois jusqu'à Servius, et le règne du dernier Tarquin n'étant point compté pour légitime, cela fît distinguer généralement les lois royales par le nom de leges curiaiœ.
Sous la république, les curies, toujours bornées aux quatre tribus urbaines, et ne contenant plus que la populace de Rome, ne pouvaient convenir ni au sénat, qui était à la tête des patriciens, ni aux tribuns, qui, quoique plébéiens, étaient à la tête des citoyens aisés. Elles tombèrent donc dans le discrédit, et leur avilissement fut tel que leurs trente licteurs assemblés faisaient ce que les comices par curies auraient dû faire.
La division par centuries était si favorable à l'aristocratie qu'on ne voit pas d'abord comment le sénat ne l'emportait pas toujours dans les comices qui portaient ce nom, et par lesquels étaient élus les consuls, les censeurs et les autres magistrats curules (^). En effet, des cent quatre-vingt-treize centuries qui formaient les six classes de tout le peuple romain, la première classe en comprenant quatre-vingt-dix-huit (*), et les voix ne se comp-