‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 207 sur 235 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

tant que par centuries, cette seule première classe remportait en nombre de voix sur toutes les autres. Quand toutes ses centuries étaient d^accord, on ne continuait pas même à recueillir les suffrages ; ce qu'avait décidé le plus petit nombre passait pour une décision de la multitude ; et Ton peut dire que, dans les comices par centuries, les affaires se réglaient à la pluralité des écus, bien plus qu'à celle des voix.

Mais cette extrême autorité se tempérait par deux moyens. Premièrement, les tribuns, pour l'ordinaire, et toujours un grand nombre de plébéiens étant de la classe des riches, balançaient le crédit des patriciens dans cette première classe.

Le second moyen consistait en ceci, qu'au lieu de faire d'abord voter les centuries selon leur ordre, ce qui aurait toujours fait commencer par la première, on en tirait une au sort, et celle-là (a) procédait seule à l'élection (*) ; après quoi toutes les centuries, appelées un autre jour selon leur rang, répétaient la même élection et la confirmaient ordinairement. On ôtait ainsi l'autorité de l'exemple au rang pour la donner au sort, selon le principe de la démocratie.

Il résultait de cet usage un autre avantage encore ; c'est que les citoyens de la campagne avaient le temps, entre les deux élections, de s'informer du mérite du candidat provisionnellement nommé, afin

(a) Cette centurie ainsi tirée an sort s'appelait praerogativa, à cause qu'elle était la première à qui Von demandait son suffrage, et c'est de là qu'est venu le mot de prérogative. (Note de Rousseau.)

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