DE LA RELIGION CIVILE
Les hommes n'eurent point d'abord d'autres rois que les dieux, ni d'autre gouvernement que le théocratique (*). Ils firent le raisonnement de Galigula ('), et alors ils raisonnaient juste. Il faut une longue altération de sentiments et d'idées pour qu'on puisse se résoudre à prendre son semblable pour maître, et se flatter qu'on s'en trouvera bien.
1. Ce chapitre est le développement d'une thèse, indiquée brièvement par Rousseau dans sa lettre à Voltaire du 18 août 1756 ; on en trouve l'esquisse complète dans le Ms. de Genève, au verso du chapitre sur le Législateur, qui se terminait d*abord par le passage suivant (ensuite barré) : « ... Quant au concours de la religion dans l'établissement civil, on voit aussi qu'il n'est pas moins utile de pouvoir donner au lien moral une ferce intérieure qui pénètre jusqu'à l'âme et soit toujours indépendante des biens, des maux, de la vie même et de tous les événements humains. » C'est le germe et l'idée directrice du présent chapitre. — Donc Rousseau ne détruit pas, comme on l'a soutenu, le caractère tout laïque, rationnel et volontaire, du contrat fondamental. C'est l'État organisé lui-même qui, pour assurer la vie du corps social, cherche à renforcer Je lien politique par le lien religieux, et choisit, impose les croyances jugées nécessaire à cette fin.