LIVRE QUATRIÈME
de l'Evangile, le vrai théisme, et ce qu*on peut appeler le droit divin naturel. L'autre, inscrite dans un seul pays, lui donne ses dieux, ses patrons propres et tutélaires : elle a ses dogmes, ses rites, son culte extérieur prescrit par des lois ; hors la seule nation qui la suit, tout est pour elle infidèle, étranger, barbare ; elle n*étend les devoirs et les droits de Thomme qu'aussi loin que ses autels. Telles furent toutes les religions des premiers peuples, auxquelles on peut donner le nom de droit divin civil ou positif.
Il y a une troisième sorte de religion plus bizarre, qui, donnant aux hommes deux législations, deux chefs, deux patries, les soumet à des devoirs contradictoires (*), et les empêche de pouvoir être à la fois dévots et citoyens. Telle est la religion des Lamas ('), telle est celle des Japonais, tel est le christianisme romain. On peut appeler celle-ci la religion du prêtre. Il en résulte une sorte de droit mixte et insociable qui n'a point de nom.
A considérer politiquement ces trois sortes de religions, elles ont toutes leurs défauts ('). La troisième est si évidemment mauvaise, que c'est perdre le temps de s'amuser à le démontrer. Tout ce qui rompt l'unité sociale ne vaut rien ; toutes les
1 . Ce n'est pas que cette religion donne elle-même aux hommes deux chefs, deux législations, etc., mais elle leur impose une organisation religieuse, qui a un chef, une législation, etc., tout à fait indépendamment de l'organisation civile quia aussi un chef, une législation, etc. L'homme se trouve donc ainsi soumis à deux autorités distinctes et nécessairement rivales.