‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 3 sur 235 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Contrat social dans l'œuvre de Rousseau (^)

Le Contrai social parut, un an après la Nouvelle Héloïse, quelques semaines avant VEmile^ au mois d'avril 1762 (*). Rousseau avait alors cinquante ans : il

1. Pour la vie et pour l'ensemble de l'œuvre de Rousseau, je signale particulièrement, entre d'innombrables ouvrages, le très intéressant petit livre de M. Ghuquet, /.-J./îoKsseau (Collection des Grands écrivains, Hachette); — le chapitrede M. G. Lanson, Hist.de la. Liit. franc., V« part,, liv, lV,chap, v, qui reste l'étude la plus juste et la plus profonde jusqu'ici consacrée, en France, à Jean-Jacques -, y joindre, comme complément et comme correctif, la récente étude de Me Lanson, L'f7nité de la, pensée de J-J. Rousseau (Annales J.-J Rousseau, t. VIII, 1912) ; — la Vie de Rousseau, par M Albert Cahen, dans /.-/. Rousseau, Leçons faites à l'Ecole des Hautes Etudes sociales, Alcan,19l2; — la Vie de J.-J. Rousseau cl Rousseau penseur, par M.E. Faguet (Société française, etc., 1912).

2. Du GoîSTRAT SOCIAL OU Principes du Droit politique, par J.-J. Rousseau, citoyen de Genève, à Amsterdam, chez M. -M. Rey, 1762. — L'ouvrage était terminé dès le mois d'août 1761. — Les premiers exemplaires expédiés en France furent saisis par la police et renvoyés au libraire Rey, mais l'ouvrage fut bien-

était déjà célèbre (*). Il ne devait plus publier dans la suite que des ouvrages de polémique (').

Le Contrat social diffère nettement de tous les autres ouvrages de Rousseau. D'abord, par le sujet même : ce n'est plus un roman, ni une lettre, ni même un discours, c'est un traité juridique et politique. Et le style en est tout nouveau : on n'y trouve plus les prosopopées, l'exaltation et l'enthousiasme des deux Discours; la manière en est « sobre, amère et forte » (') ; les mots techniques abondent ; çà et là, quelque ironie vigoureuse, un mouvement oratoire aussitôt arrêté rappellent seulement le ton des premiers ouvrages : l'auteur veut manifestement démontrer, avec une rigueur qui revêt parfois la forme mathématique, une thèse à ses yeux scientifique. Enfin, tandis que les Dis' couj's et la Lettre à cVAlemhert étaient des ouvrages de circonstance, le premier presque improvisé, le second et le troisième hâtivement composés (*), le Contrat a toutes les apparences d'un ouvrage longuement médité, soigneusement ordonné, écrit à loisir.

tôt contrefait, réimprimé et répandu librement partout. En France l'Emile fut seul condamné ; le Contrat le fut également à Genève.

1. Ses principaux ouvrages, antérieurs à la Nouvelle Héloïse, sont : le Discours sur les Sciences et les Arts, couronné par l'Académie de Dijon, en 1750, début littéraire de Rousseau ; — le Discours sur V origine de l'inégalité, écrit en 1753-1754, publié en 1755 ; — la Lettre à M d''Alembert sur Varticle Genève, écrite en 1758 ; — sans parler des œuvres théâtrales et surtout musicales, notamment le Devin de Village (1752),

2. Notamment, la Lettre à l'Archevêque Christophe de Beaumont (1762), les Lettres écrites de la montagne (1764) et Rons~ seau juge de Jean-Jacques (1776). Les Confessions et les Rêveries d'un promeneur solitaire ne parurent qu'après sa mort (1778).

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