Confessions, II, viii (1753) et II, x
ÏNTRODUCTlOr^ 5
Si nous en croyons les Confessions (*), ce fut pendant son séjour à Venise, en 1743, que Rousseau songea pour la première fois à la politique, ayant eu roccasioa « de remarquer les défauts de ce gouvernement si vanté », d'ailleurs si compliqué et si curieux. Puis, dans la suite, ses « vues s'étaient beaucoup étendues par l'étude historique de la morale », car, ayant constaté les maux qu'entraîne la vie sociale, il en était venu fort naturellement à se demander dans quelle mesure les institutions politiques contribuent à cette corruption et à rechercher un mode d'organisation compatible avec la vertu et le droit naturel. « J'avais vu que tout tenait radicalement à la politique et que, de quelque façon qu'on s'y prît, aucun peuple ne serait jamais que ce que la nature de son gouvernement le ferait être ; ainsi cette grande question du meilleur gouvernement possible me paraissait seréduire à celleci : quelle est la nature du gouvernement propre à former le peuple le plus vertueux, le plus éclairé, le plus sage, le meilleur enfin. »
Aussi, lorsque au printemps de 1756, dans la période la plus féconde de sa vie, au lendemain des deux Discours, à la veille de la Julie, de VEmile et du Contrat, Rousseau vint s'établir à l'Ermitage de Montmorency, c'est son sy-tème politique qui fut sa principale et sa plus chère préoccupation : « Des divers ouvrages que j'avais sur le chantier, celui que je méditais depuis longtemps, dont je m'occupais avec le plus de goût, auquel je voulais travailler toute ma vie et qui devait, selon moi, mettre le sceau à ma réputation, était mes Institutions politiques.:» Il est vrai que la Lettre à iV Alenihert survint à la traverse, et que M'»^ d'IIoudetot et plus encore l'idéale Julie le détournèrent pour un temps de l'austère politique. Quand, en 1759,aprÉS