‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 55 sur 235 · Séance du 16 juin 1793 (Aulard, II, iv · texte numérisé non relu

Séance du 16 juin 1793 (Aulard, II, iv

2. C. s., IV, V. — Gudin (op. cit.) avait aussi réclamé des institutions de ce genre.

3. Ainsi, le 10 mai 1793, Isnard demande que le « pacte social » ne soit pas définitif et que la patrie française ne soit établie que pour trente ans. Cf. C. s., 1, vu : « il ne peut y avoir nulle espèce de loi fondamentale obligatoire pour le corps du peuple, pas même le contrat social ». — De même, Robespierre, sans doute pour combattre la Gironde, avait proposé, le 24 avril 1793, d'introduire dans la Déclaration des droits une nouvelle formule (retirée d'ailleurs par lui dans la suite) où la propriété était définie exactement comme elle eût pu l'être par Rousseau : « la propriété est le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion des biens qui lui est garantie par la loi. » (Aulard, II, iv, § 3). Celte formule a été souvent reprise par les partis avances, de 1830 à 1850.

4. Cf. P. -M. Masson, la Religion de J.-J. 11., t. 111, cli. v.

les idées chrétiennes, dont ils étaient encore tous, au début surtout, profondément imbus, et à essayer d'y Substituer une religion civile, « non par philosophie, mais par patriotisme (*) », parce que les prêtres catholiques étaient à la tête de la résistance contre-révolutionnaire et pactisaient avec Tétranger. Il me semble que le dessein de la plupart des conventionnels, et tout au moins de Robespierre, tel qu'il ressort de ses actes et de ses discours, est beaucoup plus général et plus profond, et que c'est vraimentune pensée de Rousseau. Les circonstances imposaient à la France un régime démocratique fondé sur la souveraineté populaire et elles exigeaient en même temps un gouvernement fort, capable de résister aux ennemis du dedans et du dehors: l'idéal du Contrat social était en quelque sorte adapté d'avance à ces deux conditions. Les révolutionnaires ont cru, comme Rousseau, qu'il était impossible de constituer une société sans utiliser la force morale des idées et surtout des sentiments religieux, et que, notamment, pour sauver, au milieu de déchirements si profonds, l'unité nationale, il fallait maintenir dans tous les esprits un fonds de croyances communes, une véritable religion civile, exempte de superstition et surtout de fanatisme, mais assez puissante sur les cœurs pour incliner les volontés devant la loi (').

Une première tentative ('), presque uniquement ra-

l.Aulard, ie Culte de la Baison et le Culte de VÊtresuprême (Paris, 1892), p. 15.— CLHist. pol, de la rév., II, ix ; lïl, vi ; V, m.

2. Cf. A. Mathiez, les Origines des Cultes révolutionnaires (Paris, 1904), notamment, p 17 et suiv.

3. On pourrait déjà montrer l'influence de Rousseau dans la Constitution civile du clergé : les intentions des Constituants se comprennent mieux si l'onconnaît Tespritdu Vicaire savoyard. Voir l'explication très ingénieuse qu'en donne M. Jaurès, Hisl. soc, t. I, p. 539.

tionaliste et anti-catholique, fut faite à la fin de 1793 par Ghaumette et la commune de Paris, qui établirent le culte de la raison, adopté d'abord avec enthousiasme en beaucotipde régions (*). Mais lorsque Robespierre fut devenu tout-puissant, après l'exécution des Hébertistes et des Dantonistes, il entreprit de réaliser, au mois de mai 1794, lin projet longtemps médité, qiii est bien plus directement inspiré des idées de Rousseau : c'est l'établissement d\i culte de VÊtré suprêrhe, avec lequel se confondit bientôt en partie le culte de lu raison. Le projet que Robespierre exposa d'abord aux Jacobins, puis à la Gotivention, portait « sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains et sur les fêtôs nationales ». Le 18 floréal an II, Robespierre, dans un des plus curieux discours qu'il ait prononcés, discours dont l'effet fut prodigieux, attaqua vivement i'athéisrtie, que l'on avait voulu considérer comme « national » et lié au système de la Révolution, et définit l'esprit de la religion nouvelle: « Que vous importent à vous, législateurs, les hypothèses diverses par lesquelles certains philosophes expliquèrent les phénomènes delà nature? Vous pouvez abandonner ces objets à leurs disputes éternelles... Aux yeuidu législateur, tout ce qui est utile au monde et bon dans la pratique est la vérité. Uidéé de VÊtre suprême et de V immortalité de Vâme est un appel continuel à la justice : elle est donc sociale et républicaine. » Et, après une attaque contre Voltaire, il invoqua expressément Roiissfeati : « Un homme, par l'élévation de son âme et par la grandeur de son caractère, se montra digne du ministère de précepteur du genre humain... Ah 1 s'il avait été témoin de cette révolution dont il fut le précurseur et qui l'a porté au Panthéon, qui peut douter que son âme généreuse eût embrassé avec transport la

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