E. Faguct, op. cit
seau), oublient volontiers que la vraie signification du contrat est morale et logique (*),et, comme M. Sumner- Maine, s'étonnent de « la fascination singulière > qu'exerce « cette erreur spéculative » sur « ceux qui pensent légèrement en tout pays(^)», — ne peuvent être regardés comme des disciples, mais bien au contraire comme des adversaires de la pensée politique de Rousseau. Et, en dépit des apparences, la France n'a pas eu ua véritable parti démocratique, reconnaissant expressément l'absolue souveraineté populaire, et construisant, selon les principes essentiels de Rousseau, un système politique logique et complet.
Mais en peut-on conclure que la pensée politique de Rousseau ait définitivement perdu toute fécondité et qu'elle ne mérite plus aujourd'hui qu'une curiosité historique et rétrospective ? L'intérêt toujours plus passionné qu'elle inspire, les attaques d'une si curieuse véhémence dont elle est chaque jour l'objet, les réfutations définitives et pourtant sans cesse renouvelées auxquelles se consacrent tant d'écrivains parmi les plus considérables de notre époque, sont les indices irrécusables d'une profonde vitalité. « Quand le courant des idées publiques sera aux choses saines et généreuses,
1. M. Durkheim {Division du Travail social, 2* éd., p. 179) dit : « Aussi bien la conception du contrat social est-elle aujourd'hui bien difficile à défendre, car elle est sans rapports avec les faits. L'observateur ne la rencontre, pour ainsi dire, pas sur son chemin... » S'il s'agit d'un contrat historique réel, assurément. Mais si la méthode sociologique conduisait à négliger une doctrine, dont nous avons vu l'immense importance, cela serait contre cette méthode une objection grave. ~- Voir
.d'ailleurs les beaux articles posthumes de Durkheim sur le Contrat et sur VÉmile, Revue de métaph., 1918 et 1919 : l'auteur s'y montre persuadé de l'importance et de la cohérence des vues politiques de Rousseau,
2. H. Sumner-Maine, l'Ancien Droit^ trad. franc. (1874), eh. IV, p. 84.
écrivait Sainte-Beuve (*), la renommée de Jean-Jacques revivra. » Si cette parole est vraie, c'est le meilleur élo{^e de notre temps, car jamais peut-être, depuis les heures d'enthousiasme et d'admiration religieuse d'autrefois, les idées de Rousseau n'ont été plus discutées et l'occasion d'un récent bicentenaire n'aurait pas eu la puissance de ressusciter de vieilles vérités mortes. C'est parce que la pensée politique de Rousseau est au cœur de la doctrine démocratique qu'elle est sans relâche combattue ; c'est pour cela sans doute aussi que sa richesse est loin d'être épuisée et qu'elle trouve un écho dans nos esprits et dans nos cœurs. Cela suffit en tout cas à nous imposer le devoir de la connaître et de la comprendre.
1. Lettre à Ernest Hamel (cité par Grand-Carteret, iîousseau jugé par les Français d'aujourd'hui, 1890).
Dans cette notice j*e ne signale aucun des ouvrages généraux, tels que les histoires de la littérature, de la philosophie ou du Droit, les histoires de la Révolution ou du xviii* siècle, etc., où l'œuvre politique de Rousseau se trouve étudiée en passant; j'en ai mentionné quelques-uns dans les notes de Tlntroducti»n. Je me borne ici aux ouvrages qui traitent spécialement de ses théories politiques, et je ne me dissimule pas que la liste ci-dessous est encore loin d'être complète.
L — Œuvres de Rousseau
lî Éditions principales du Contrat social
Le Contrat social ou Principes du Droit politique,, chez Marc-Michel Rey, Amsterdam, 1762.
(Pour l'histoire bibliographique — • assez compliquée — de cette première édition et de celles qui l'ont immédiatement suivie, voir Dreyfus-Brisac, introd., p. xxxiv et suivantes et G.-E. Vaughan).
E. Dreyfus-Brisac, Le Contrat social, édition comprenant^ avec le texte définitif, les versions primitives de l'ouvrage, collationnées sur les Mss. autographes de Genève et de Neufchately une introduction et des noies, Paris, Alcan, 1896.
C. E. Vaughan, Po/i/ica/ Writings ofJ.-J. Rousseau, 2 vol., Cambridge University Press, 1915.
Da Contrat social, edited by C. E. Vaughan, Manchester University Press, 1918.
(Dans ces deux excellents ouvrages récents du même auteur, professeur à l'Université de Leeds, on trouvera, outre des introductions et des notes intéressantes, un texte soigneusement rectifié d'après les éditions originales et les Mss. C'est ce texte qui fait désormais autorité. Il n'apporte d'ailleurs à l'édition Dreyfus-Brisac que de petites corrections de très minime importance, mais il est plus exact, plus correct et plus satisfaisant. Voir ci-dessous, p. 116, note 1.)
2** Ouvrages de Rousseau relatifs a la politique
Pour les ouvrages principaux, tels que VÉmile, les Lettres de la. Montagne, etc., voir ci-dessus, Introduct., chap. I \
Dans la Correspondance que donnent toutes les éditions des œuvres complètes de Rousseau, voir surtout : Lettre k Voltaire, du 18 août 1756.
» M. Usléri, du 15 juillet 1763.
» au Marquis de Mirabeau, du 26 juillet 1767.
Consulter en outre :
Alf. de Bougy et Bovet, Fragments inédits de J.-J,
Rousseau, Paris, 1853.
Bosscha, Lettres inédites de J.-J, Rousseau à M.-M.Beg^
Amsterdam-Paris, 1858.
G. Streckeisen-Moultou, OEuvres et correspondance
inédites de J.-J, Rousseau, Paris, 1861.
1. Signalons trois publications récentes des opuscules de Rousseau sur la guerre et la paix : en Angleterre, C.-E. Vaughan, a Lasting Peace... etc., traduit avec introd. et netes, Londres, 1917 ; en Amérique, J.-J. Rousseau, l'État de guerre and Projet de paix perpétuelle, édition avec introd. et notes par S. -G. Patterson, préface de G. -P. Putnam, New-York et Londres, 1920; en Allemagne, y. -J. Rousseau's Schriften zum ewigen Frieden, trad. avec introd. et notes de B. Laserstein, préface du D' G. F. Nicolaï, Berlin, 1920.
J,-J. Bousseâu , frag ments inédits, Biblioth universelle
(Revue suisse et étrang-ère), t. XII, Genève. 1861. Alb Janssen, Fragments inédits, recherches biographie
ques et tiitéraires, Paris, 1882.
Alexeief, Eludes sur J.-J. Rousseau^ 2 vol (en russe),
Moscou, 1887 (contient en appendice, dans le second
volume, le Ms. de Genève).
Dreyfus-Brisac, op. cit., appendices. G.-E. Vaughan,o/). cit.^ Political Writings, etc. (plus
complet et plus exact que Dreyfus-Brisac).