Notamment, liv. II, ch. iv
2. C'est l'application à la question de la propriété du principe établi plus haut (p. 140). Si, lors du contrat social, l'aliénation de nos droits n'avait pas été totale, si nous avions conservé par exemple un droit naturel et absolu sur nos possessions antérieures, l'individu échapperait en partie à la puissance du souverain; il serait matériellement indépendant et il pourrait par là paralyser l'exercice de la volonté générale. Le contrat ne produirait donc plus ses effets utiles.
égalité morale et légitime à ce que la nature avait pu mettre d'inégalité physique entre les hommes, et que, pouvant être inégaux en force ou en génie, ils deviennent tous égaux par convention et de droit (a) (').
a) Sous les mauvais gouvernements, cette é g alité n'est qu"* apparente et illusoire: elle ne sert qu'à maintenir le pauvre dans sa misère et le riche dans son usurpation. Dans le fait, les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien : d'où il suit que l'état social n'est avantageux aux hommes qu'autant qu^ils ont tous quelque chose et qu'aucun d'eux n'a rien de trop. (Note de Rousseau). — Cette note semble faire allusion au Discours sur l'origine de Vlnégalité, où il a été montré que la propriété peut établir entre les hommes une inégalité civile détestable. Rousseau semble admettre, avec beaucoup de modernes, que la liberté et l'égalité de tous resteront illusoires tant qu'on ne garantira pas à chacun un minimum de propriété, individuelle ou collective. La loi ne peut produire ses elTets utiles que pour ceux qui possèdent. — Voir livre II, ch. ix.
1. Il y a donc une certaine inégalité rtaturelle, qui vient de la diversité des facultés physiques et intellectuelles, et une inégalité sociale qui consiste à reconnaître plus de droits ou à imposer plus d'obligations aux uns qu'aux autres. Le contrat social efface ou plutôt oublie la première et met tous les hommes, au point de vue social, sur un pied d'égalité parfaite. Mais il s'agit ensuite d'empêcher que ce qui subsiste en fait d'inégalité naturelle ne fasse renaître l'inégalité sociale : c'est en cela que se distinguent les bons et les mauvais gouvernements.