QUE LA SOUVERAINETÉ EST INDIVISIBLE
Par la même raison que la souveraineté est inaliénable, elle est indivisible ; car la volonté est générale (a) ou elle ne l'est pas; elle est celle du
(a) Pour qu'une volonté soit générale, il n'est pas toujours nécessaire qu'elle soit unanime: mais il est nécessaire que toutes les voix soient comptées; toute exclusion formelle rompt la généralité (Note de Rouss*au^. -*■ Rousseau admet ainsi, impliciteracnt, que la majorité suffit, à défaut de l'unanimité, pour
1. En déléguant ses pouvoirs à un mandataire d'une façon durable et indéterminée, le peuple s'engagerait donc à obéir aux lois que ce mandataire édicterait en son nom, même si ces lois n'étaient pas conformes à la volonté générale. Il reconnaîtrait une autorité supérieure à la sienne et cesserait d'être souverain.
2. Les fonctions et Içs droits des chefs, ou du gouvernement, seront étudiés au Livre III.
corps du peuple, ou seulement d'une partie (*).Dans le premier cas, cette volonté déclarée est un acte de souveraineté et fait loi ; dans le second, ce n'est qu'une volonté particulière ou un acte de magistrature ; c'est un décret tout au plus.
Mais nos politiques (*), ne pouvant diviser la souveraineté dans son principe, la divisent dans son objet : ils la divisent en force et en volonté ; en puissance législative et en puissance executive ; en droits d'impôtSjde justice et de guerre ; en administration intérieure et en pouvoir de traiter avec l'étranger : tantôt ils confondent toutes ces parties, et tantôt ils les séparent ; ils font du souverain un être fantastique et formé de pièces rapportées ; c'est comme s'ils composaient l'homme de plusieurs corps, dont Tun aurait des yeux, l'autre des bras, Tautre des pieds, et rien de plus. Les charlatans du Japon dépècent, dit-on, un enfant aux yeux des spectateurs ; puis jetant en l'air tous ses membres l'un après Tautre, il font retomber l'enfant vivant et tout rassemblé. Tels sont à peu près les tours de gobelets de nos politiques ; après avoir démembré
déclarer la volonté générale. Mais, comme il l'a dit (liv. I, ch. v), cette puissance de la majorité est elle-même l'efTet du pacte social et elle n'est respectable que parce qu'elle a été reconnue à l'avance par l'unanimité du corps social. La question sera reprise au chapitre des Suffrages, IV, ii.
1. On adéjà vu (I, vi.) que le peuple n'a d'existenee et d'unité morale que si une volonté commune unit les individus. Sur la volonté générale et particulière, voir chap. suivant.
2. Cette vive critique est principalement dirigée contre Montesquieu, qui avait soutenu la doctrine, plus tard classique, de la séparation des pouvoirs {Esprit des Lois, liv, XI, ch. vi).