‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 98 sur 235 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

le corps social par un prestige digne de la foire, ils rassemblent les pièces on ne sait comment.

Cette erreur vient de ne s'être pas fait des notions exactes de l'autorité souveraine, et d'avoir pris pour des parties de cette autorité ce qui n'en était que des émanations (*). Ainsi, par exemple, on a regardé l'acte de déclarer la guerre et celui de faire la paix comme des actes de souveraineté ; ce qui n'est pas, puisque chacun de ces actes n'est point une loi, mais vseulement une application de la loi, un acte particulier qui détermine le cas (*) de la loi, comme on le verra clairement quand l'idée attachée au mot loi sera fixée (').

En suivant de même les autres divisions, on trouverait que, toutes les fois qu'on croit voir la souveraineté partagée, on se trompe ; que les droits qu'on prend pour des parties de cette souveraineté lui sont tous subordonnés, et supposent toujours des volontés suprêmes dont ces droits ne donnent que l'exécution.

On ne saurait dire combien ce défaut d'exactitude a jeté d'obscurité sur les .décisions des auteurs en matière de droit politique, quand ils ont voulu juger des droits respectifs des rois et des peuples sur les principes qu'ils avaient établis. Chacun peut voir, dans les chapitres m et iv du premier livre de

1. Aussi Rousseau admettra bien la nécessité de diviser les pouvoirs des magistrats (liv. III), mais la souveraineté véritable est t une et indivisible ».

2. Expression juridique, qui signifie la façon dont une loi générale s'applique à une occasion particulière.

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