‹ Du contrat social [Texte imprimé]Chapitre 132 sur 149 · DU TRIBUNAL · texte numérisé non relu

DU TRIBUNAL

Quand on ne peut établir une exacte proportion entre les parties constitutives de l’Etat, ou que des causes indestructibles en altèrent sans cesse les rapports, alors on institue une magistrature particulière qui ne fait point corps avec les autres, qui replace chaque terme dans son vrai rapport, et qui fait une liaison ou un moyen terme soit entre le prince et le peuple, soit entre le prince et le souverain, soit à la fois des deux côtés, s’il est nécessaire (1).

P) La fonction de ce corps intermédiaire est de veiller à ce que toute la puissance du souverain soit concentrée

Ce corps, que j’appellerai tribunal (1), est le conservateur des lois et du pouvoir législatif. Il sert quelquefois à protéger le souverain contre le gouvernement (2), comme faisaient à Rome les tribuns du peuple ; quelquefois à soutenir le gouvernement contre le peuple (3), comme fait maintenant à Venise le conseil des Dix ; et quelquefois à maintenir l’équilibre de part et d’autre, comme faisaient les éphores à Sparte.

Le tribunat n’est point une partie constitutive de la cité, et ne doit avoir aucune portion de la puissance législative ni de l’exécutive; mais c’est en cela même que la sienne est plus grande; car, ne pouvant rien faire, il peut tout empêcher. 11 est plus sacré et plus révéré, comme défenseur des lois, que le prince qui les exécute et que le souverain qui les donne. C’est ce qu’on vit bien clairement à Rome, quand ces fiers patriciens, qui méprisèrent toujours le peuple entier, furent forcés de fléchir

entre les mains du prince et à ce que celui-ci la dépense tout entière dans l’intérêt de l’Etat. Ainsi, un nouveau terme s’intercale dans la série de rapports établis au Liv. III, ch. i (voir aussi ch. m et vu), et, si nous appelons T le tribunat. on a les deux nouvelles proportions suivantes S T G T T ~ G et T ~ È •

(•) Le sens que Rousseau donne ici à ce mot est notablement différent de celui qu’il avait chez les Romains et plus encore de celui qu’il reçut dans les constitutions du Consulat et de l’Empire. L’institution que propose Rousseau n’a jamais été réalisée.

(2) En aidant le souverain à manifester et à faire prévaloir sa volonté.

(3) En aidant le gouvernement à se faire obéir du peuple.

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