‹ Du contrat social [Texte imprimé]Chapitre 35 sur 149 · QUE LA SOUVERAINETÉ EST INDIVISIBLE · texte numérisé non relu

QUE LA SOUVERAINETÉ EST INDIVISIBLE

Par la même raison que la souveraineté est inaliénable, elle est indivisible ; car la volonté est générale (a) ou elle ne l’est pas ; elle est celle du

à obéir aux lois que ce mandataire édicterait en son nom, même si ces lois n’étaient pas conformes à la volonté du peuple. Celui-ci reconnaîtrait une autorité supérieure à la sienne et cesserait d’être souverain.

(*) Les fonctions et les droits des chefs, ou du gouvernement, seront étudiés au Livre III.

(a) Pour qu’une volonté soit générale, il n’est pas toujours nécessaire qu’elle soit unanime : mais il est nécessaire que toutes les voix soient comptées ; toute exclusion formelle rompt la généralité ( Note de Rousseau). — Rousseau admet ainsi, implicitement, que la majorité suffit, à défaut de l’unanimité, pour déclarer la volonté générale. Mais, comme il l’a dit (liv. I, ch. v, fin), cette puissance de la majorité est elle-même l’effet du pacte social et elle n’est respectable que parce qu’elle a été reconnue par l’unanimité du corps social. La question sera reprise au chapitre des Suffrages, IY, n.

corps du peuple, ou seulement d’une partie. Dans le premier cas, cette volonté déclarée est un acte de souveraineté et fait loi ; dans le second, ce n’est qu’une volonté particulière ou un acte de magistrature ; c’est un décret tout au plus.

Mais nos politiques (*), ne pouvant diviser la souveraineté dans son principe, la divisent dans son objet : ils la divisent en force et en volonté ; en puissance législative et en puissance exécutive ; en droits d’impôt, de justice et de guerre; en administration intérieure et en pouvoir de traiter avec l’étranger : tantôt ils confondent toutes ces parties, et tantôt ils les séparent ; ils font du souverain un être fantastique et formé de pièces rapportées ; c’est comme s’ils composaient l’homme de plusieurs corps, dont l’un aurait des yeux, l’autre des bras, l’autre des pieds, et rien de plus. Les charlatans du Japon dépècent, dit-on, un enfant aux yeux des spectateurs ; puis jetant en l’air tous ses membres l’un après l’autre, ils font retomber l’enfant vivant et tout rassemblé. Tels sont à peu près les tours de gobelets de nos politiques ; après avoir démembré le corps social par un prestige digne de la foire, ils rassemblent les pièces on ne sait comment.

Cette erreur vient de ne s’être pas fait des notions exactes de l’autorité souveraine, et d’avoir pris pour des parties de cette autorité ce qui n’en était que des émanations. Ainsi, par exemple, on a regardé l’acte de déclarer la guerre et celui de faire

(*) Cette vive critique est principalement dirigée contre Montesquieu, qui avait soutenu la doctrine, plus tard classique, de la séparation des pouvoirs ( Esprit des Lois , liv. XI, ch. vi).

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