DE LA LOI
Par le pacte social nous avons donné l’existence et la vie au corps politique : il s’agit maintenant de lui donner le mouvement et la volonté par la législation. Car l’acte primitif par lequel ce corps se forme et s’unit ne détermine rien encore de ce qu’il doit faire pour se conserver.
Ce qui est bien et conforme à l’ordre est tel par la nature des choses et indépendamment des conventions humaines (1). Toute justice vient de Dieu, lui seul en est la source ; mais si nous savions la recevoir de si haut, nous n’aurions besoin ni de gouvernement ni de lois. Sans doute il est une justice universelle émanée de la raison seule ; mais cette justice, pour être admise entre nous, doit être réciproque. A considérer humainement les choses, faute de sanction naturelle, les lois de la justice sont vaines parmi les hommes ; elles ne font que le bien du méchant et le mal du juste, quand celui-ci les observe avec tout le monde sans que personne les observe avec lui. Il faut donc des conventions et des lois pour unir les droits aux devoirs et ramener
I1) Rousseau reprend et développe ici la distinction déjà indiquée plus haut, I,vin (voirp. i36, note i) de deux formes de la moralité, du bien et de la justice : au sens absolu, ces notions sont indépendante^ de toute convention et ont pu précéder l’état social; mais, au sens relatif et réel, le pacte social seul en fait des réalités, en leur donnant un caractère obligatoire et réciproque.