‹ Du contrat social [Texte imprimé]Chapitre 65 sur 149 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

verain pour leur mutuelle correspondance, chargé de l’exécution des lois et du maintien de la liberté tant civile que politique.

Les membres de ce corps s’appellent magistrats ou rois , c’est-à-dire gouverneurs (*), et le corps entier porte le nom de prince (a). Ainsi ceux qui prétendent que l’acte par lequel un peuple se soumet à des chefs n’est point un contrat, ont grande raison. Ce n’est absolument qu’une commission, un emploi, dans lequel, simples officiers du souverain, ils exercent en son nom le pouvoir dont il les a l'ait dépositaires, et qu’il peut limiter, modifier et reprendre quand il lui plaît (2), l’aliénation d’un tel droit étant incompatible avec la nature du corps social, et contraire au but de l’association.

J’appelle donc gouvernement ou suprême administration l’exercice légitime de la puissance exécutive, et prince ou magistrat l’homme ou le corps chargé de cette administration.

C’est dans le gouvernement que se trouvent les forces intermédiaires dont les rapports composent

(1) Roi, en latin rex, vient de regere, qui veut dire en effet diriger ou gouverner .

(a) C’est ainsi qu’à Venise on donne au collège le nom de sérénissime prince , même quand le Doge n’y assiste pas. (Note de Rousseau) .

(2) Les citoyens ne font pas un contrat avec leurs chefs, parce que ceux-ci sont des citoyens comme tous les autres, soumis sans réserve à la volonté générale par le pacte social. Ils n’ont donc aucune autorité propre et le corps social ne peut traiter avec eux comme avec une puissance distincte. Toute leur autorité leur est déléguée par le souverain lui-même, qui les charge de l’accomplissement de certaines fonctions à des conditions déterminées.

celui du tout au tout ou du souverain à l’État (1). On peut représenter ce dernier rapport par celui des extrêmes d’une proportion continue (2), dont la moyenne proportionnelle est le gouvernement. Le gouvernement reçoit du souverain les ordres qu’il donne au peuple, et, pour que l’État soit dans un

(1) Toute la lin de ce chapitre et une partie du suivant sont rendues fort obscures par de nombreuses expressions mathématiques, qui sont en partie inusitées aujourd’hui et que Rousseau emploie d’ailleurs sanïs la rigueur et la précision nécessaires. Il était conduit à ces rapprochements, qui semblent tout d’abord ingénieux, par sa méthode même, toute rationnelle et déductive, et par le désir de donner à son livre la plus grande précision scientifique. Mais, comme on en pourra juger, le résultat n’est pas heureux et la pensée de Rousseau s’en trouve obscurcie plutôt qu’éclairée, car la diversité des rapports sociaux ne se laisse pas exprimer par les simples rapports de quantité que fournissent les mathématiques. Rousseau est donc nécessairement conduit à donner souvent aux termes mathématiques une élasticité et un vague qu’ils ne comportent pas, ce qui enlève toute valeur à ses formules.

(2) Une proportion continue , expression inusitée aujourd’hui, est une proportion où le numérateur de la seconde fraction est le dénominateur de la première, exemple :

-g- = — . Si on appelle S le souverain, c’est-à-dire le peuple

en tant qu’il exerce la puissance législative, E l’État, c’est-à-dire le peuple en tant qu’il obéit à la loi, et G le gouvernement, c’est-à-dire le corps de magistrats chargé du pouvoir exécutif, on peut écrire la proportion S G

continue suivante : g- = ^r. Ce n’est là d’ailleurs qu’une

manière approximative d’exprimer la proposition suivante, fort différente d’une proportion mathématique : la puissance que le souverain confère au gouvernement doit être égale à la puissance que le gouvernement applique à l’administration de l’État.

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