‹ Du contrat social [Texte imprimé]Chapitre 67 sur 149 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

mière, le rapport, considéré selon la quantité, se mesure par l’exposant; et dans l’autre, considéré selon l’identité, il s’estime par la simultitude (1).

Or, moins les volontés particulières se rapportent (2) à la volonté générale, c’est-à-dire les mœurs aux lois, plus la force réprimante doit augmenter. Donc le gouvernement, pour être bon, doit être relativement plus fort à mesure que le peuple est plus nombreux.

D’un autre côté, l’agrandissement de l’Etat donnant aux dépositaires de l’autorité publique plus de tentations et de moyens d’abuser de leur pouvoir, plus le gouvernement doit avoir de force pour contenir le peuple, plus le souverain doit en avoir

( 1 ) Rousseau distingue ici deux acceptions, en effet contraires, du mot rapport : i° au sens précis des géomètres, il signifie la relation de deux quantités dont l’une est divisée

par l’autre [exemple: — - rapport dont la valeur absolue

que

est exprimée par le quotient (exemple :

Rousseau appelle ici exposant (au xviii® siècle, on donnait en effet ce sens au mot exposant : on disait que 3 est l’ex-

posant de — ) ; — 2° au sens vague et courant, on dit que

deux choses ont du rapport, ou sont en rapport, quand elles se ressemblent. — Or, plus les deux termes d’un rapport sont différents, plus est grand le quotient qui mesure ce rapport. Il y a donc désaccord entre le langage commun et le langage mathématique.

(2) Ici, lé mot est pris dans l’acception courante. Moins il y a de Ressemblance entre la volonté générale du souverain, s’exprimant par la loi, et la volonté particulière du sujet, s’exprimant par sa conduite habituelle ou ses mœurs, plus la première doit être puissante pour contenir et diriger la seconde.

à son tour pour contenir le gouvernement. Je ne parle pas ici d’une force absolue, mais de la force relative des diverses parties de l’Etat (1).

Il suit de ce double rapport que la proportion continue entre le souverain, le prince et le peuple, n’est point une idée arbitraire, mais une conséquence nécessaire de la nature du corps politique (2). Il suit encore que l’un des extrêmes, savoir le peuple, comme sujet, étant fixe et représenté par l’unité, toutes les fois que la raison doublée augmente ou diminue, la raison simple augmente ou diminue semblablement, et que par conséquent le moyen terme est changé (3). Ce qui fait voir qu’il n’y

(1) Peu importe la force absolue, c’est-à-dire la quantité de puissance réellement possédée par S, E et G : ce qui est nécessaire, c’est que le rapport de ces forces soit tel que le souverain se trouve toujours d’autant plus armé contre le gouvernement que celui-ci est plus armé contre les sujets.

(2) La relation qui existe entre S, E et G résulte de la nature des choses et des conditions nécessaires au fonctionnement de tout corps politique ; la forme d’un gouvernement n’a donc rien d’arbitraire.

(3) Je n’ai pu réussir à comprendre le sens littéral de cette phrase. Les mots de raison doublée et de raison simple , tout à fait inusités aujourd’hui, n’avaient pas, au xvme siècle, un sens bien clair sans douté, car je n’ai pu en trouver de définition que dans le seul Dictionnaire de Trévoux (éd. 1771), et, encore, les deux définitions qu’il en donne, l’une au mot raison , l’autre au mot doublé , sont complètement différentes l’une de l’autre et me paraissent d’ailleurs également inapplicables au passage ci-dessus. — Le sens général du passage est du moins fort clair : dans la

proportion -g- = -g-, comme E a une valeur fixe = 1, il

vient S = G2, et par suite S ne peut varier sans que G ne varie aussi. La population d’un Etat suffit donc à déterminer la forme de son gouvernement.

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