LIVRE TROISIÈME
a pas une constitution du gouvernement unique et absolue, mais qu’il peut y avoir autant de gouvernements différents en nature que d’Etats différents en grandeur.
Si, tournant ce système en ridicule, on disait que, pour trouver cette moyenne proportionnelle et former le corps du gouvernement, il ne faut, selon moi, que tirer la racine carrée du nombre du peuple(1), je répondrais. que je ne prends ici ce nombre que pour un exemple ; que les rapports dont je parle ne se mesurent pas seulement par le nombre des hommes, mais en général par la quantité d’action, laquelle se combine par des multitudes de causes ; qu’au reste, si, pour m’exprimer en moins de paroles, j’emprunte un moment des termes de géométrie, je n’ignore pas cependant que la précision géométrique n’a point lieu dans les quantités morales.
Le gouvernement est en petit ce que le corps politique qui le renferme est en grand. C’est une personne morale douée de certaines facultés, active comme le souverain, passive comme l’Etat, et qu’on peut décomposer en d’autres rapports semblables ; d’où naît, par conséquent, une nouvelle proportion ; une autre encore dans celle-ci, selon l’ordre des tribunaux (2), jusqu’à ce qu’on arrive à un moyen terme indivisible, c’est-à-dire à un seul chef ou
(*) Si on fait, en effet, S =* 10.000 et E = 1, il vient G = yù 0.000.
(2) Le corps des magistrats est en effet décomposé en un grand nombre de groupes ou de tribunaux subordonnés les uns aux autres et dont chacun reçoit d’en haut une quantité déterminée de puissance qu’il applique en bas. Le
magistrat suprême, qu’on peut se représenter, au milieu de cette progression, comme l’unité entre la série des fractions et celle des nombres (1).
Sans nous embarrasser dans cette multiplication de termes, contentons-nous de considérer le gouvernement comme un nouveau corps dans l’Etat, distinct du peuple et du souverain, et intermédiaire entre l’un et l’autre.
Il y a cette différence essentielle entre ces deux corps, que l’Etat existe par lui-même, et que le gouvernement n’existe que par le souverain. Ainsi
même symbolisme mathématique pourrait donc s’appliquer aussi à ces relations multiples et complexes. On pour-
rait écrire yr == -y, ^ — y, etc.
(4) Si nous considérons le pouvoir exécutif comme rassemblé dans un unique magistrat suprême, G = i et
nous avons alors, au lieu des rapports — - et — -, les deux
rapports -y et -y. Ces rapports seraient égaux, si le peuple ne comptait qu’un seul citoyen, car alors S = i et, par suite, E « i. Mais à mesure qu’augmente le nombre des citoyens et qu’augmente par suite la puissance du prince, chaque sujet reçoit de cette puissance une fraction d’autant ' 2
plus petite. Dans un Etat de 2 citoyens, — exprimerait le rapport numérique du souverain au prince, et le rapport
du prince aux sujets. Si S prend successivement les valeurs
3, 4, 10.000, etc., on aura — et — r , — -et -7-, et
4o4xx) , etc' Les deux rapports de notre ancienne proportion s’éloignent donc de plus en plus l’un de l’autre, comme la série des nombres entiers et la série des nombres fractionnaires, tandis que le prince reste égal à l’unité.