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DE LA MONARCHIE

Jusqu’ici nous avons considéré le prince comme une personne morale et collective, unie par la force des lois, et dépositaire dans l’Etat de la puissance exécutive. Nous avons maintenant à considérer cette puissance réunie entre les mains d’une personne naturelle, d’un homme réel, qui seul ait droit d’en disposer selon les lois (1). C’est ce qu’on appelle un monarque ou un roi.

Tout au contraire des autres administrations, où un être collectif représente un individu, dans celleci un individu représente un être collectif (2) ; en sorte que l’unité morale qui constitue le prince est en même temps une unité physique, dans laquelle

I1) La monarchie légitime est donc, selon Rousseau, très différente du despotisme. L’autorité du roi lui vient du peuple souverain et il n’en peut user que conformément à la loi. La monarchie elle-même est « républicaine ».

(2) Le mot « représente » ne doit pas être ici pris à la lettre, car la souveraineté ne se délègue pas et le roi ne la « représente » pas plus que ne le fait n’importe quel collège de magistrats : voir II, i et III, xv. Rousseau veut dire simplement que dans l’aristocratie, par exemple, le corps des magistrats, être collectif, se comporte comme un individu, et que la loi s’efforce à grand peine de lui donner les attributs de la personnalité, une sensibilité, une volonté, un moi (cf. III, i), tandis que, dans la monarchie, c’est un individu réel qui rassemble dans sa personne toute la puissance exécutive que lui contient les membres du souverain.

toutes les facultés que la loi réunit dans l’autre avec tant d’efforts se trouvent naturellement réunies.

Ainsi la volonté du peuple, et la volonté du prince, et la force publique de l’Etat, et la force particulière du gouvernement, tout répond au même mobile, tous les ressorts de la machine sont dans la même main, tout marche au même but ; il n’y a point de mouvements opposés qui s’entre-détruisent, et l’on ne peut imaginer aucune sorte de constitution dans laquelle un moindre effort produise une action plus considérable. Archimède, assis tranquillement sur le rivage et tirant sans peine à flot un grand vaisseau, me représente un monarque habile, gouvernant de son cabinet ses vastes Etats et faisant tout mouvoir en paraissant immobile.

Mais s’il n’y a point de gouvernement qui ait . plus de vigueur, il n’y en a point où la volonté particulière ait plus d’empire et domine plus aisément les autres : tout marche au même but, il est vrai ; mais ce but n’est point celui de la félicité publique, et la force même de l’administration tourne sans cesse au préjudice de l’Etat.

Les rois veulent être absolus, et de loin on leur crie que le meilleur moyen de l’être est de se faire aimer de leurs peuples. Cette maxime est très belle, et même très vraie à certains égards. Malheureusement on s’en moquera toujours dans les cours. La puissance qui vient de l’amour des peuples est sans doute la plus grande ; mais elle est précaire et conditionnelle; jamais les princes ne s’en contenteront. Les meilleurs rois veulent pouvoir être méchants s’il leur plaît, sans cesser d’être les maîtres ; un sermonneur politique aura beau leur dire que, la force

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