‹ Du cours forcé de la monnaie fiduciaire [microform]Chapitre 14 sur 31 · PREMIÈRE EXPÉRIENCE DU PAPIER-MONNAIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE EXPÉRIENCE DU PAPIER-MONNAIE

Le Système de Law

C’est en 1716 qu’apparut en France la première banque d’émission fondée par le financier Law. Ce dernier, imbu des idées mercantilistes, considérait la richesse comme étant le nerf moteur de l’activité économique. Ces principes avaient déjà été posés avant lui, mais il innova en remplaçant les métaux précieux par du papier-monnaie. Les avantages illusoires de ce papier le convainquirent que là seul était le secret de la richesse d’une nation. La circulation fiduciaire et le crédit étaient pour lui les deux bases du progrès économique et de la puissance d'un pays.

Il ne faut pas faire supporter à Law le poids de son erreur, car il ne fut guidé dans son œuvre que par l’idée de rendre la France puissante et riche. Le spectacle des nations voisines renforçait du reste

ses idées. L’Écosse dont le commerce aurait pu être supérieur à celui de tout autre pays, se trouvait pourtant dans la misère, n'ayant pas de nmnéraire. La Hollande, au contraire, présentait une prospérité générale coïncidant avec une circulation monétaire

intense.

A cette époque, les économistes proposaient différents moyens pour augmenter le stock métallique, comme l’interdiction d'exporter les métaux précieux, l’altération des monnaies, la limitation légale du taux de l’intérêt. Law étudia chacun de ces moyens et reconnut l’impossibilité de leur application, ^e pouvant accroître directement le numéraire, il crut y parvenir d’une manière détournée, c’est à-dire par le crédit et le papier-monnaie. « La monnaie, dit-il, est une valeur payée ou qu’on s’engage à payer, avec laquelle celui qui la reçoit est supposé pouvoir, lorsque ses besoins 1 exigent, acheter une quantité égale des mêmes marchandises qu’il a vendues ou d’autres d’égale valeur, et la monnaie dont la valeur est la plus assurée soit pour contracter ou évaluer des marchandises est celte dont la valeur est la moins sujette à varier. » Law assigne à la monnaie des caractères qui, d’après lui, sont indispensables. Elle doit être facile à délivrer, de valeur égale dans tous les lieux et susceptible d’être divisée sans perle. Une grande quantité de monnaie ne suffit pas, d’après ce financier, pour rendre la nation puissante, et ses effets

bienfaisants ne peuvent se produire qu’en raison d’un déplacement continuel. « La monnaie, dit-il, est

dans l'Etat ce que le sang est dans le corps humain. Quand le sang ne circule jias dans toutes les parties, le corps languit; de même, quand la monnaie ne circule pas dans toutes les provinces, l’État souffre et s'affaiblit. » Law n’est donc pas, comme on l’a dit, un adversaire de la monnaie métallique. Son hostilité n’apparaît que contre la thésaurisation et l’argent qui dort.

C’est l'idée qui donna l’élan au système. Law reconnaît, en effet, qu'il n’est guère possible de lutter contre cette thésaurisation par des lois ou des discours. Le moyen qui lui semble le i)lus effn'ace c’est d’op|)oser à la monnaie métallique un autre instrument d’échanges « en donnant aux hommes un signe transmission dont la matière soit prise chez eux, dont le prince puisse augmenter ou diminuer la quantité suivant le besoin de l’Etat et du commerce et, surtout, qui ne soit intrinsèquement d’aucune valeur ». Ce signe transmission, c’est le papiermonnaie. 11 répond, d’après Law, aux conditions que doit présenter la monnaie métallique et le danger qu’offre l’excès d’émissions est corrigé par ce fait que le prince peut aussi facilement restreindre 1a circulation fiduciaire en retirant les billets. Law, au cours de ses voyages eu Europe, avait étudié le fonctionnement du papier-monnaie dans certains

H. Thuriot

pays. C’élait une raison de plus à invoquer en faveur de son système. « En Hollande, dit-il, on donne l’argent pour gage et le papier est employé comme monnaie, ce qui prouve que le papier a plus que l’or et l'argent toutes les qualités nécessaires à la monnaie. » Law va même jusqu’à ne pas vouloir d’encaisse métallique pour garantir le papier, car dit-il, il en résulterait une immobilisation de numéraire, et cela serait contraire à l’idée qui a fait créer le papier.

Tels sont les principes qui devaient guider Law dans l'application de son système. Celui-ci se ramène à deux idées : mettre à la disposition du prince tout le capital que remplaeerait le papier-monnaie et employer ce stock métallitjue a une vaste entreprise coloniale et financière. Nous passerons rapidement sur le fonctionnnernent de ce système ; il est trop connu et ce serait sortir de notre sujet. La première

partieduprogramme futréaliséepar 1 institution d une

banque en 1716 a la suite des lettres patentes du 2 mars, et qui devint, l’année suivante, la Banque

rovale. Law s'engageait à rembourser les billets en

espèces de poids et de titres invariables, et se soumettait à la surveillance de fonctionnaires nommés par le prince. xMais la situation changea rapidement par suite d’une intervention fâcheuse du gouvernement qui voulut imposer le paiement des contributions en billets. C’était mêler trop intimement

la banque aux operations du Trésor. Les bureaux de finances, dit M. Levasseur (i), devinrent des succursales de la banque. Ce fut la première dérogation aux principes établis par les lettres patentes de 1716. Le mouvement était pris et la banque se détourna de plus en plus de son but originel.

En 1718 elle est convertie en bantpie royale: à partir de ce moment on fabi'iquc des billets eu livres tournois, par conséquent, sujets à tous les accidents d’une refonte possible. Leur acceptation devient obligatoire : c’est l’établissement du cours forcé. Aussi faut-il s'attendre à toutes les conséquences qu’engendre une telle mesure. La banque passait sous l’entière dépendance du prince, donc, plus de garanties, plus de contrôle. En quatre mois 5g millions de billets furent créés. Ces nouvelles émissions étaient faites, dans l’esprit de Law, pour favoriser le développement de la Compagnie d’Occident. Les actions de cette compagnie, qui étaient en défaveur au début, remontèrent peu à peu, car le public y voyait un placement pour les billets de la banque dont la dé[)réciation allait en croissant.

Toujours dans le but d’accroître son entreprise, Law acheta les fermes et en obtint le bail ; c’est un lien de plus entre le Trésor et la Banque. Ces mesures eurent cependant un heureux effet, car les actions

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