I. Moniteur du i6 avril
treuses qui en résulteront pour les ouvriers, industriels, consommateurs et créanciers.
Malgré ces arguments, l’Assemblée adopta le projet du comité des finances soutenu énergiquement par de nombreux orateurs. Le duc d’ Aiguillon, entr’autres, déclarait que les ^oo millions proposés n’étaient j)as suffisants pour combler le déficit et que les circonstances rendaient le cours forcé nécessaire. Le duc de la Rochefoucauld se rattachait à la même idée en demandant toutefois de fixer un intérêt assez élevé, car, disait-il, cela fera sortir l’argent des caisses où il est enfoui, en engageant ceux qui ont du miinéiaire à i'échang(*r contre des assignats. Rœdcier distinguait l’assignat du [).q)ier-moiinai(‘ : « 11 s'agit ici, de délégations, d’assignations avec une véritable hypothèque et non d’elfets dont le remboursement n’est [)as fixé. » Enfin, Bailly fil disparaître les derniers scrupules cl s’allia la [)lus grande partie de l'Assemblée en réveillant les [lussions [lolitiques, déclarant que les assignats intéresseraient tout le pays à la cause de la llévolution en l'attachant à la vente des biens du clergé. N'écoutant pas les sages avis de Diqiont de Nemours et ses [irédictions qui ne devaient pas larder à se réaliser, 1’ Assemblée vota la loi du l'j avril 1790, ordonnant l’émissiioii de 400 millions d’assignats avec un intérêt de 3 0/0.
Le premier pas était fait, et le mouvement ne devait plus s’arrêter, d’autant plus accéléré que le
H. Tüuriot G
fanatisme politique fut merveilleusement exploite par des hommes de grand talent, comme Mirabeau. Ce dernier s'exprimait ainsi dans une séance de 1 Assemblée : « Partout où se placera un assignat-monnaie, là sûrement reposera avec lui un vœu secret pour le crédit des assignats, un désir de leur solidité, partout où quelque partie de ce gage public sera répandue, là se trouveront des hommes qui voudront que la conservation de ce gage soit effectuée, et comme le sort de la Gonslitution tient à celte ressource, partout où se trouvera un porteur d assignats, vous compterez un créancier intéressé à vos succès (i) ». Remarquons que les assignats n étaient déjà plus considérés comme un titre, une valeur de placement *, en les désignant sous le nom d assignatsmonnaie, on les assimilait au papier-monnaie.
Pourtant, lorsqu’en septembre 1790 fut votée une nouvelle émission, l’intérêt subsistait toujours et les coupures ne descendaient pas au-dessous de 5o livres. Dans l’intervalle, de nombreuses brochures furent publiées, s’élevant contre de nouvelles émissions. Notamment, Condorcet, dans ses Nouvelles réflexions sur le projet de payer la dette exigible en papier forcé, démontrait qu’il n’y avait pas nécessité absolue à lancer de nouveaux assignats et faisait prévoir la spéculation que suscitera la dépréciation du papier