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CHAPITRE VI

Il est vraiment surprenant que presque tous ceux qui se sont occupés jusqu'ici de la réforme des abus du crédit et de la circulation , se soient contentés d'attaquer puremetit et simplement le système contraire à celui pour lequel ils se prononçaient eux-mêmes, sans songer à substituer des mesures nouvelles à celles dont ils provoquaient l'abolition , comme si à l'aide de moyens purement négatifs l'on pouvait aboutir à des résultats positifs , ou comme si à l'aide de simples démolitions l'on pouvait parvenir à construire quelque chose de durable et de normal. En effet, tantôt c'est l'abrogation ou la restriction du monopole et des privilèges , ou bien l'affaiblissement du capital d'une institution prépondérante qu'on

réclame, — tantôt, au contraire, c'est l'abrogation totale ou partielle de banques locales , ou bien l'imposition d'entraves presque insurmontables à leur établissement, qu'on invoque , en se renvoyant ainsi des récriminations réciproques qui ne peuvent amener aucune solution. Quant aux faibles palliatifs qui semblent sortir de ce cercle vicieux , comme par exemple l'exhibition d'encaisses réelles, la prohibition d'émettre des billets de somme trop inférieure, etc., etc., les faits (1) et les raisonnemens (2) en ont déjà fait justice. Eh bien! il nous est maintenant facile de reconnaître à l'aide du raisonnement ce que l'expérience avait depuis long-temps démontré, savoir : que les mesures négatives n'étaient capables que d'empirer les situations, et qu'on exigeait d'elles en vain ce qui. n'est qu'au pouvoir des mesures positives et organisatrices. Aussi ce

(1) Témoin Thistoire de la banque de Sutton, qui emprunta pour vingt -quatre heures une somme considérable en espèces, à Teffetd'en faire seulement constater la présence exigée pour sa constitution définitive.

(2) Sir Henry Parnell fait observer très-judicieusemcnt que rémission de petits billets n'est un mal qu^autant que dure Tétat anormal du crédit ; mais qu*à la suite d'une véritable réforme^ une émission pareille serait

ET DB Là CiRCULATÎON. 229

qui reste à faire, c'est préciscmenl Vopposé de toutes les mesures que nous venons de mentionner. En effet, au lieu d'abroger, il faut instituer ; au lieu de restreindre, il faut étendre; au lieu d'affaiblir, il faut fortifier; au lieu d'entraver, il faut provoquer; au lieu d'exiger des garanties fictives, il en faut octroyer de réelles; en un mot, au lieu de réglementer d'une manière mesquine et tracassière, il faut organiser d'une manière large et solide. Une telle organisation ne peut avoir lieu que moyennant une convergence générale des élé-r mens individuels vers le foyer de la force publique, et un rayonnement en retour de celle-ci pour vivifier tous ses élémens partiels. Rappe* lons-nous la sublime parabole du cep de vigne et des branches qui ne peuvent porter de fruits

même nécessaire et formerait une partie essentielle du système de circulatioa perfectionné. ( On paper-monej- ,

banking and opertrading ^ p. 22.) Cette observation est

d'une parfaite justesse, et rentre complètement dans notre système , d'après lequel les sommes inférieures qui ne pourraient plus être représentées par des billets à rente , échoueraient en partage au papier-monnaie ordinaire. La circulation des écus de Prusse en papier, nous prouve suffisamment la sécurité et la commodité des petits billets lorsque leur émission est bien organisée.

123o DE Là GAtàNTIE EÉELLB DU CREDIT

quaulapt qu'ils participent au cep; or, la né-^ cessité de parlîoipatioii est une de ces vérités absolues qui sont applicables aussi bien à Tordre spirituel qu'à l'ordre matériel; plus on les dé^ veloppe, plus on les reconnaît fécondes en consé* quences. Participer , c'est prendre part non seu-» koxent passivement mais aussi activement , -^ c'est-à-dire concourir de sa part à la totalité organique , et en revancbe profiter pour sa part de cette totalité. C'est ainsi que les branches el les feuilles servent à alimenter le cep, et que le cep en revanche leur fournit les moyens de porter des fruits. C'est ainsi également que toute organisa-* tion normale doit c>ombiner l'action générale avec l'action particulière, en renforçant l'une par l'autre et concilier^ par con$équent, la centralisation avec l'individualisme.

Ainsi , ce n'est pas dans une banque unique , munie d'un monopole exorbitant , ou d'une prépondérance efPectiN'e, dont les înconvéniens et les dangers ont été suffisamment constatés, — ce n*est pajS non plus dans un système de laissez-faire et laissej^passjer qui dégénère nécessairemeiit en un dangereux synonyme de laissa -aller , pour aboutir enfin à une débftcle semblable k celte du Bimking'system d'Amérique, ou à des crises aussi fré*

XT DB Uk CIRGUIiÂTlON. â3l

queatos que celles des banques d'Angl^erre et d'Iiiande, que repose Torganisaiion fécoade el noraiale du crédit. Le moroeUement individuel qui mine tout par dessous , et renvahissement unitaire qui domine par dessus tout, sont également aléatoires y et le remède à cette antinomie ne consiste pas mime dans la tentative d'une simple réunion des deux systèmes ; car , dans ce cas , il n'y aurait que fausse combinaison , juxiapoêiiUm qui développerait tôt ou tard une cppoêi^ îion intrinsèque , mais jamais compoêUion normale. En effet , les États*Unis nous prouvent que co-ejcistence n'est pas encore convergence^ car nous y voyons bien des banqc^s locales et isolées, et à côii une banque prédominante , et soi'dtsant centrale, maïs comme celle^ ne possède ni monopole ni privilège, et qu'en revanche elle n'est en aocun lien d'organisation ^avec les ban* ques particulières , il en résulte qu'elle descend complètement à leur r61e , n'entre qu'en rivalité avec elles, n'exerce sur celles-ci qu'un faible oontftSUt négatif y et |>ar conséquent impuissant, el suscite enfin une collision flagrante qui en est la stricte conséquence. 11 n'y a entre une telle banque et les banques locales qu'une diflE6rence quantitatii^e , c'est-à-dire de force numérique , et non

qualitative, c'est-à-dire d'influence et d'opération supérieure, ni d'organisation graduée; elle n'est donc nullement une Banques-Mère , mais seulement la sœur aînée des autres (1). Un tel rapport d'assimilation ( et non d'association ) , n'aboutit qu'à provoquer une rivalité de coalition qui suflît pour contrebalancer et paralyser l'influence de la banque centrale ; car là où il n'existe qu'une différence numérique, un procédé également numérique d'addition ou de réunion, suffit pour neutraliser celle-là , et c'est ainsi que nous avons vu se former aux États-Unis des coalitions contre la Banque centrale, tandis qu'en Angleterre cela ne saurait avoir lieu , en raison de la position spé-^ ciale et du caractère de la banque d'Angleterre. Par conséquent, dès qu'il n'y a que divergence sans convergence , il en résulte nécessairement tantôt des collisions, tantôt des collusions, ce qui , dans tous les cas, offre une fâcheuse alterr native ; tandis que dans une organisation graduée» et qualitativement différenciée , les opérations , au lieu de se choquer, s'engrèneraient les unes dans les autres, et la machine entière fonctionr nerait normalement.

(1) Aussi la banque des États-Unis a-t-eile fini par de^. venir simplement banque de Pensyivanie.

C'est ce que la Banque d'Angleterre n'effectue à son tour que d'une manière partielle et imparfaite , car il ne s'agit pas seulement d'éloigner les collisions y il faut en outre développer le concours,' — il ne s'agit passeulement d'occuper une position spécifique, et d'agir quelquefois comme banque mère y mais plus souvent comme machine à opérations financières en dehors des besoins du crédit général , il faut en outre se constituer en lien d'organisation avec les institutions intermédiaires et les alimenter effectivement , en ménageant au public une garantie que celles-ci ne sauraient lui offrir.C'estcequelabanqued' Angleterre est loin d'effectuer ; elle consent bien parfois à subvenir aux besoins des banques locales en réescomptant leur papier, mais elle n'influe nullement sur celles-ci , et par conséquent elle ne garantit nullement la circulation contre leursabus. Au contraire, si les banques locales étaient rattachées à une banque-mère par un engagement de fonds, et par un dégagement en retour de valeurs circulatoires équivalentes , la garantie serait complète, tant pour le public qui ne percevrait que des effets parfaitement consolidés, que pour les banques qui trouveraient dans l'institution centrale une source permanente d'argent comptant, à mesure qu'elles

a34 DE LA QAKiUKTifi HÉELiE DU CRÉDIT

présenteraient des hypothèques et des fonds solides.

En revanche^ il existe bien en Amériqne une tentative d'organisation synthétique entre tes bànqnes parliculières, c'est celle du Safuyftmd aet dans l'État de New- York , tentative fort impo^rtante, sous certain rapport » mais imparfaite à son tour à cause qu'elle n'est que mutuelle et n^ative; aussi rinieffîcacité de ses moyens at-elle été constatée de fait, elle Sa fety-'fundaa luimême a été reconnu pour une illusion. Sans doute la création d'un fonds de garantie mutuelle est un perfectionnement progressif, mais ewore n'offret-elte qu'un faible palliatif aux abus. Le contrôle mutuel des banques d'Ecosse entre elles rentre dans la même catégorie , bien qu'il soit plus uérgis^tif encore que la mesure du Safety-fundi car il ne consiste lui-même que dans l'action d'une coalition naturelle qui force une banque devenuis suspecte d'eogagemens inconsidérés , à modérer ses escomptes par le refus de recevoir les bankr notas de celle-ci. Or un contrôle mutuel et une solidarité négative ne sauraient suffire ; car , abstraction faite de l'impuissance de leurs moyens eoemtifSp il peuvent au surplus n'être que des mcrj^ettfi tardifs, — taadis q^u'upe or^niaation oese

traie et COU vergeanledans laquelle Touvertured' un crédit à chaque banque, ne dépendrait que de

rengagement d'une caution effectite, caution qui constituerait pour ainsi dire Vtmiquê conéitum, de licence exigée pour l'établissement de ces banques intermédiaires serait une garantie en même temps positi veet préTentive, don t Teffioacité ne saurait être révoquée en doute.

Mais j pourrait-on nous objecter» cette condi* tton , bien qu'unique, n'en est pas moins etcessivement dure; car elle aboutit presqueà une interdiction des opérations les plus luearatives des banques, savoir : la circulation des billets ém-dilà du montant dn oapital d'établissement* Ce point e&ige ee effet des explications. D'abord il n'est pas exact de prétendre que les mouvemens de caisse , et par conséquent les bénéfices des banques soient proportionnels à la somme des bittete qu'elles émettent ; car cette émission lam constitue qu'vne partie de leurs opérations, et pour prouver que les autres branches sent pasir le moins aussi Iqcratîiœs, nous citansiiB l'exampl^ des banquiers de la Grande-Bretagne, qui, malgré la iaculté qu'Us possèdent d'émettre leurs billets ea circulation (en dehors du rayon aounus au privilège de la banque ) , n'usent p»s de cette i^

culte , et n'opèrent que des escomptes au comptant , ou des réescomptes. Telles sont aussi les fonctions qu'exploiteraient les banques intermédiaires, avec cet avantage au surplus, qu'au lieu d'être restreintes au comptant qu'elles pourraient posséder, et aux simples réescomptes, elles obtiendraient de l'institution-mère des avances de comptant, sur l'engagement de leurs fonds d'établissement (1); — or, n'étant tenues à aucun remboursement à vue, leurs fonds d'établissement tout entier pourrait se composer de valeurs engagées, comme hypothèques, fonds publics, etc., qui, comme nous l'avons dit, ne serviraient que de caution aux avances de l'institution centrale. Les banques ne seraient donc que des caisses d'escomptes, mais avec cette différence de celles d'aujourd'hui qu'elles pourraient s'établir effectivement sans argent comptant, puisque tout leur argent comptant leur serait fourni par l'institutionmère en avances — qui ne leur coûteraient rien tant qu'elles ne seraient pas employées en escomptes, puisque l'intérêt des billets compenserait alors

(1) GardoDS-Dous de confondre \e% avances sur fonds réels , qui ne sont qu'une mise en circulation de valeurs fixes et existantes , avec Tanticipation, qui n'est qu une (iction de valeurs non existantes..

exactement celui qu'elles paieraient àrinstitulionmère, — mais qui une fois employées leur rapport teraîent en bénéfices tout le surcroit du produit des escomptes sur l'intérêt payé en compte courant. Ainsi, plus les fonds réunis des banques intermédiaires seraient considérables, plus serait grande la somme de ces avances au comptant, c'est-à-dire des billets qu'elles auraient à percevoir et à émet* tre en circulation ; abstraction faite de la faculté de réescompter effectivement en sous-ordre les valeurs escomptées , c'est-à-dire de transférer à l'institution centrale les contre-valeurs privées qui approcheraient le plus de la réalité évidente, et dont la sécurité absolue se trouverait complétée par la signature de la banque intermédiaire.

Gomme la nécessité d'une réalisation du capital d'établissement des banques s'est déjà présentée à l'esprit de tous ceux qui ont réfléchi sur le manque de garantie des banques par actions, nous devons entrer , à ce sujet , dans quelques développemens.

Lorsqu'il a été question dernièrement , en Angleterre, d'imposer aux banques par actions l'obligation de réaliser la moitié ou une partie de leur capital d'établissement, en placenient dans

â58 DE LàL GARANTIE RÉELLE DU CRÉDIT

tei8 fonds publics qu'il plairaîl au Parlement d'ordonner, cette proposition souleva une très-YÎve opposition. Eh bien ! la propoiition et V opposition étaient toutes les deux dans leur droit , mais tou^ tes les deux n'étaient pas suflSsamment conséquentes et logiques. En effet, Topposilion a trèsbien constaté le droit d'indépendance absolue qu'on ne saurait contester à toute banque qui n'émet pas de billets; aussi quanta ces banques, la proposition de réaliser même le quart de leur capital en fonds publics , n'étaient pas soutenable. Mais en revanche , on a été obligé de convenir que V(*7nisgion du papier nécessitait non seulement un contrôle ^ mais une garantie réelle, et malgré cela on a vivement atlaqué l'obligation de réaliser la moitié du capital nominal. Certainement cette proposition était attaquable, mais c'e$t précisément à cause qu'elle ne s^avançait que jusqu'à la moitié. Sans doute, dans l'état actuel des banques, il y a bien une raison qui peut porter à dispenser de la réalisation totale y et cette raison , c'est le paiement à bureau ouvert , c'està-dire la nécessité d^une réserve d'argent comptant que les banques doivent posséder pour obvier au remboursement de leur papier. Dans notre •système, auconlraire, point de remboursement,

ET DE LK CIRCULATION. âSg

— donc point de réserve stérile , —donc réalUalion totale du fonds d'élablissement pour le câs d'émission. Or, ne nousy méprenons pas,nos banques intermédiaires jouiraient en quelque sorte de la faculté d'émission, bien qu'elles ne fassent que transmettre les billets puisés dans l'institution nationale ; car elles les puiseraient en avances sur leurs fonds d'établissement. Si elles s'établissaient munies d'argent comptant, c'est-à-dire de billets à rentes qu'elles posséderaient en propre, elles ne seraient assimilables qu'aux simples banquiers d'aujourd'hui qui opèrent moyennant leur argent; aussi celles-là rentreraient plutôt dans notre première classe d'élémens de répartition, et ne sauraient être sujettes à aucun contrôle, soit négatif, soit positif* Mais celles qui s'établiraient comme véritables banques de circulation , sans posséder l'agent de circulation nécessaire ( et ceci serait le cas pour nos banques intermédiaires, qui correspondrait aux joint-$tock*bmik$ d'aujourd'hui), celles-ci, dis-je, émettraient ^U fectivement des billets qu'elles ne possédaient pas, et alors cette émission devrait reposer sur une réalité complète, car sans cela l'institutionmère ne pourrait pas les leur avancer.

Mais ce n'est pas tout, les émissions des ban*

ques actuelles dépassent souvent leur capital; elles atteignent même parfois le double ou le triple de celui-ci. Sur quoi reposent donc ces émissions? Sur deux probabilités : d'abord, que les contre-valeurs en portefeuilles sont sûres, — et ensuite que le papier émis ne se présentera que dans une faible proportion au remboursement. Mais deux probabilités ne suffisent pas encore pour former une réalité , et il n'y a cependant que celle-ci qui puisse satisfaire aux conditions absolues du crédit. Dans notre système , au contraire, les probabilités disparaissent pour se changer en réalités. La non-afiluence des billets au remboursement n'est plus seulement probable mais réelle, puisqu'il n'y a pas de remboursement de la part des banques, — et quant à la sûreté des corttrevaleurs, il faut distinguer entre celles qui présentent cette sûreté d'une manière rigoureuse, etjcelles dont la sécurité est moins évidente, bien que suffisante pour les banques intermédiaires qui, sans cela ne les auraient pas escomptées. ^Ges dernières restent donc à la charge des banques qui les ont acceptées , mais les billets à rente^qui les représentent en circulation ont pour garantie non la probabilité de ces valeurs, mais la réalité des fonds de la banque elle-même. Au contraire,

les valeurs, qui. pour parvenir à une sécurité absolue n'exigeraient plus que la signature de la banque intermédiaire , seraient portées par celle ci à Tinstitution-mère , contre une nouvelle avance de billets, destinée à son tour à une nouvelle émission. Et c'est ainsi seulement que le capital primitif des banques pourrait être dépassé. Sans doute, les bénéfices des banques intermédiaires seront moins exorbitans que ceux des banques de circulation d'aujourd'hui qui proO* tent d'un escompte pour trois fois souvent le capital qu'elles emploient, maisils n'en seront pas moins très-considérables, puisquedans notre système les banques n'emploient aucun capital ennnméraire, n'étant tenues à aucun remboursement. N'oublions pas que leur fonds d'établissement est un fonds fixe et neutre , qui rapporte son revenu comme s'il n'était pas engagé dans l'opération de la banque, donc la banque n'opère effectivement qu'avec le crédit de ce fonds. Or, puisque nous voyons que les caisses d'escomptes et les maisons de banques particulières qui n'émettent pas de billets, ne laissent pourtant pas de faire de bonnes affaires, pourrions-nous douter que l'exploitation de ce crédit circulant , provenant du capital fixe des banques intermédiaires leur

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soit suffisamment lucrative. Quant aux bénéfices eux-mêmes, ils seront complètement réguliers puisqu'ils constitueront le surcroit du produit des capitaux en travail sur le produit des capitaux oisifs, tandis que les bénéfices résultant de la circulation du papier de banque actuel sont abusifs , puisqu'ils font profiter les banques de l'intérêt qui devrait revenir de droit aux détenteurs des billets de la banque. Ces détenteurs sont en effet les véritables créanciers de la banque , et cependant celle-ci ne songe pas à leur bonifier l'intérêt de cette créance; — (or, c'est ce qui aurait lieu dans notre système par l'intermédiaire du Trésor). Ainsi l'exploitation des banques, d'après ce système, serait une véritable industrie , tandis que l'exploitation des banques actuelles encoure plus ou moins le reproche d'être une industrie sans industrie , puisqu'elle ne présente qu'un déplacement de profits.

Du reste, toutes les opérations de banques en dehors de l'émission du papier - monnaie, rentrant complètement dans l'exploitation privée, les banques intermédiaires auraient non seulement les coudées franches pour s'y livrer, mais posséderaient en outre dans l'institution-mëre

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une source permanente d'alimentation et d'avan* ces, toujours jusqu'au prorata des fonds réels qu'elles pourraient présenter (i).

En résumé, la véritable et unique garantie des banques intermédiaires reposerait dans leurs relations avec l'institution centrale, envers laquelle elles engageraient la réalité intégrale de leur fonds d'établissement , pour en dégager en revanche leurs effets de circulation. La seule restriction qu'elles auraient donc à subir, serait de n'émettre que les billets de l'înstitution-mère.

Quant au principe du iSa/*é^y-/f/n(^ il méri te toutefois d'être relevé et perfectionné, car indépendamment de cette garantie unitaire et générale vis-à vis de la société tout entière, garantie qui reposerait dans les relations des banques avec l'institution centrale, il serait à désirer que ces établisseinens partiels puissent se trouver encore associés entre eux par un lien commun, et développer une garantie spéciale qui consisterait dans leurs re-

(j) Ainsi le revenu total des banques intermédiaires se composerait, i** du produit du capital fixe(immeubleSy fonds publics, etc.); T du produit du capital circulant (différence de Tescompte perçu sur Tiniérét payé à Tinstitution-mère) ; 3<» du profit pour opérations de banques.

lations mutuelles; et qu'ainsi, le lien vertical qui les unirait à Tinstitution-mère, soit renforcé par un lien horizontal qui les unirait entre eux. Un tel Safety-fund ne serait donc plus une g^arantie pour le public contre les abus des banques, mais une garantie pour les banques elles-mêmes contre leurs propres risques et périls. Le principe de mutualité, tout insuffisant qu'il soit dans certain cas , n'en est pas moins un des plus fertiles et des plus dignes d'être exploité par l'industrie (1) , et cela d'autant plus qu'il peut ne pas se borner à des résultats négatifs et préventifs , mais en développer luimême de positifs, ei alors il complète en quelque sorte le principe de la division du travail; c'està-dire que le principe de mutualité sert de contrepoids au principe de spécialité. Sans chercher d'exemples en dehors de notre sujet, nous nous bornerons à indiquer qu'il existe des indus-

(1) C'est sur ce principe que repose V Union indusirielle^ ou association d*actioDS, société dont Tidée foudamentale est très-bien conçue. Ce n'est nullement la faute du principe, si des causes hétérogènes viennent parfois vicier ses conséquences, comme cela s'est vu dans la Société des capitalisies réunis^ et dans celle des Actions réunies en Belgique.

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tries qui n'ont besoin d'avances qu'à certaine» époques de l'année , par conséquent les ban« ques affectées à de pareilles spécialités se* raient condamnées à chômer pendant des périodes plus ou moins longues, tandis que si, au lieu de rester indépendantes les unes des autres , elles associaient leurs établisseraens , sans confondre leurs spécialités, il leur serait possible de s'en-» tre-aider mutuellement, et de multiplier ainsi leur fonds d'opération par des transports de con* tre-valeurs selon le besoin du crédit. De pareilles associations de second ordre , ou associatione d'associations , ne feraient que constater encore davantage l'énergie du principe.

Il faut donc conserver riniluence d'une insli-» tution centrale et dominante avec l'action libre et spontanée de la concurrence. Mais en organi* sant cette concurrence en elle-même, il faut faire refluer son action divergente vers un foyer plus élevé, sans l'intervention duquel il n'y aarait pas de convergence possible. £n dehors d'une pareille organisation, graduée, centralisée, et consolidée, point de garantie pour les intérêts financiers des nations; pointde crédit réel puissant et universel, et point de vérital^le circulation ; et remarquons bien que ceci est une question vitale qui intéresse

tous les élémens de la société ; car quand même toutes les classes ne participeraient pas aux bienfaits du crédit , ou n'auraient pas besoin d'y avoir recours, toujours sont-elles toutes, sans exception , intéressées à la sécurité et à Torganîsation normale des effets de circulation ; — or, comme l'identité du crédit et de la circulation résulte de nos déveluppeinens, c'est-à-dire comme la circulation au comptant va désormais devenir circulation à crédit (ou virement de parties universel et indirect), puisque l'agent intermédiaire lui-même au lieu d'être une valeur spéciale et matérielle, ne sera plus qu'un titre de crédit universel et social , représenté par une rente sur l'État ; parconséquent nous voyons que le développement du crédit et celui de la circulation deviennent absolument solidaires, et réclament dé* sormais la même organisation:

Le système normal du crédit et de la circulation doit donc être identifié, et pourtant différencié, convergent, et pourtant divergent, subordonné, et pourtant libre, vraiment concurrent enfin dans la pleine et double signification du mot , car non seulement les élémens de celui-ci se feront une concurrence mutuelle, mais en outre ils concourront organiquement vers un but com-

mun partant d'une source oommune. De môme que le monopole sans concurrence n'est qu'une concentration dangereuse , de même la concur* rence sans concours n'est qu'un morcellement funeste, et Yoilà pourquoi maintenant, au liev de posséder une circulation assurée, organisée et normale, nous n'avons tantôt qu'un champ clos, où s'agitent des moyens de circulation arriérés et impuissans, awc accaparement an centre, pri- Ys^ion i la périphérie et atonie générale; ~ tantôt au contraire un champ ouvert à une multitude d'effets surexcitans, aux promesses ficti- Tes , aux effets de complaisance et de conven*tien, au papier-monnaie sans contrôle, sans fondement stable , sans unité, enfin i l'anarchie du crédit et de la circtdation , grâce àbquelle nous assistons de temps en temps à des convulsions industrielles qui éclatent lorsque les abus parviennent à leur apogée.

Si nous considérons cependant les résultats immenses pour les richesses sociales que l'invention dn papier-monnaie a produit, il nous est &*ctle d'embrasser de prime abord la généralité des bienfaits dont l'avenir de l'industrie sera redevable aux billets à rentes, et à la puissance desquels la société pourra se livrer en pleine sécurité ;

car rémis^on de ces billets participera à tous les bénéfices que produit chaque extension des institutions de crédit et chaque augmentation de moyens circulatoires, tout en restant complètement étrangère à la moindre des chances désavantageuses auxquelles beaucoup d'entre ces in^ stitutions» privées qu'elles sont pour la plupart * d'une telle sécurité intrinsèque et d'une organi* sation tellement accréditable, sont continuelle-* ment exposées. En effet , malgré les crises , les folles spéculations, les déceptions et les ruines que l'abus du papier de banque a déjà occasionées, il est désormais impossible de méconnaître la haute portée des effets salutaires dont il a gratifié l'humanité. Combien de résultats, dont nous jouissons depuis long-temps en réalité, ne seraient encore que possibles, si l'excitation spéculative que leur fit subir ce nouvel élément circu^ latoire ne les eût développés ? Le progrès immense, et si rapide en richesse et en bien-être matériel des États-Unis en est une preuve palpa* ble, c'est pourquoi tous les désastres que vient de ressentir l'Amérique du nord, sont encore loin de contrebalancer les bienfaits dont elle est redevable à la vivacité de la circulation et à la pré* sence d'une masse de capitaux mobiles, résultait

de ceiie émission considérable de papier-monnaie. Eh bien I cet agent si puissant du progrès industriel, n'a été qu'un simple à-compte des perfectionnemens ultérieurs du crédit et de la circulation. Comme moyen progressifs il a produit d'immenses bienfaits, mais comme moyen imparfait encore et transitoire il a occasioné des désastres non moins considérables. Maintenant qu'il a fait son temps, nous conservons ses avantages en nous prémunissant contre ses dangers. Désormais non seulement l'émission de la monnaie du papier sera limitée et unitaire , mais au surplus, chaque effet de circulation portera en luimême le gage de sa réalité , et ainsi l'histoire du papier-monnaie nous devient un garant de la puissance exploitrice de nos billets à rentes, puissance renforcée non seulement par l'avantage de la sécurité hypothécaire qu'ils posséderont sur les billets de banque, mais aussi par leur nature et le mode de leur émission, qui ne permettra à celle-ci de s'élever que, tout au plus, juste au montant du besoin de la circulation, ce qui les prérservera de tout encombrement, — et surtout par le bénéfice immédiat de Cintérét attaché aux billets, avantage qui les place bien au dessus de toute espèce de numéraire.

25o DE LA GAHANT!E RÉELLE DU CRÉDIT

Nous croyons donc qu'une organisation concrète du crédit et de la circulation, comme celle dont nous nvons tracé les linéamens généraux, (modifiables sans doute dans leursdétails, selon les lieux et les circonstances), répondrait précisément aux besoins réels et pressans de ta société, tout en la prémunissant contre les abus actuels. Cette organisation se développerait d'elle-même dès que le gouvernement lui aurait donné la première impulsion par l'institution des billets k renies ; car pour parvenir au but il faut oommencer par s'en ménager les moyens, et tant que ceux-ci resteraient imparfaits o«i iâsuffisans, le but ne saurait être atteint. Sans doute le développement complétées instftulîonsdecréditiiepourraits'effectuer que progressivement , mais en revanche Vorganisation unftaire des effets de cfrculation est réalisable immédiatement , et celle-ct est la condition sine qua non ée Ymiyte. En effet , une «ganisation synthétique exige un moyen d'action analogue à sa nature, c'est-à-^re également synthétique, — donc, si te crédit doit satisfaire aux besoins les plus divers , il faut que son agent possède à son tour les propriétés les plus <frverses. Or , nous avons démontré que la conception du billet à rentes renferme les caractères de Ums les

ET DE LA GIRCtJLATIOrf. 25 1

effets de eirculation imaginables, et possède , en outre, des propriétés spécifiques qui manquent à ceux d'aujourd'hui , par conséquent ces billets sont destinés à devenir Vagent unitaire du crédit et de la circulation , et à douer les relations économiques d'un développement nouveau. En résumé , le système des billets à rentes sera pour la circulation des capitaux , ce que le système monétaire a été pour la circulation des produits; car de même que la monnaie a été instituée pour mobiliser les denrées, ou valeurs produites , — de même les billets à rentes vont servir à mobiliser les fonds ou capitaux productifs. Sans doute la circulation de capitaux existe aujourd'hui sans billets à rentes, mais elle existe d'une manière partielle et défectueuse , précisément comme la circulation des produits pouvait exisr ter avant l'institution d'un agent monétaire universel et garanti. Aussi, lorsqu'on se plaint aujourd'hui de la rareté des capitaux , ou parfois de leur encombrement, c'est précisément comme si l'on se fut plaint de la rareté ou de l'encombrement des produits avant l'institution des monnaies. Les capitaux existent maintenant tout comme les produits existaient alors, mais ils sont immobilisés et stagnans , il ne s'agit donc que de

â52 DE LA GARANTIE RÉELLE DU CRÉDIT, ETC.

les douer de la faculté de circuler. Le crédit ne créedonc pasde capitaux, tout comme la monnaie ne crée pas de produits^ mais il les smciie^ les répand , les rend actifs , leur ménage une répartition normale, et en provoque enfin une plus ample création ; — or, telle a été exactement l'action de la monnaie à Tégard des produits.

Mais ce développement du crédit ne saurait jamais s'effectuer par une augmentation de simple numéraire, car toute augmentation dei(gnes stériles ne peut aboutir qu'à la déprécia^ tion des signes eux-mêmes ;^ tandis que l'émission de fonds circulans et portant intérêt , productifs en placement et en circulation, pourrait seule obvier acrx besoins de la circulation sans l'exposer ni aux dangers de la dépréciation , m à ceux de la surexcitation.

Augmentons donc la masse du capital circulant, et non celle du numéraire; c'est-à-dire, mettons en circulation une masse de valenrs réelles et productives , et anéantissons en même temps la mas§e du numéraire stérile ou fictif et des effets encombrans, en faisant servir de ntf* méraire ces mêmes capitaux circttiam.

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