Du crédit et de la circulation [microform]
Les bienfaits du système de crédit , en général, se sont déjà trop répandus pour ne pas éveiller la conscience des vices de son organisation actuelle, et provoquer de justes exigences à l'égard de son développement à venir. Cette conviction positive et négative , c'est-à-dire les espérances que la société attache à ce système d'un eôté , et le sentiment de manque , d'impuissance et de vices qu'on lui reconnaît de l'autre, se font jour à cette heure dans une multitude d'ouvrages, de brocluires et de travaux divers, qui,
comme s'ils s'étaient dooné le mot, dirigent de tous les points de la question des investigations convergentes pour explorer cette terre de bonne espérance. Beaucoup d'idées lumineuses ont dernièrement jailli de ce concours d'exploration, et nous sommes d'autant mieux secondés dans les vues que nous venons poser nous-mêmes, par l'apparition successive de ces systèmes , que , sans être individuellement passés par ces différens acbeminemens, nous les reconnaissons néanmoins pour des positions intégrales et des jalons partiels de notre propre développement. Quant à sa forme , ce concours ne prouve que l'opportunité de la question; mais quant à son contenu ^ il prouve la marche normale de l'idée, qui, par un développement intrinsèque, arrive à une synthèse organique.
Non seulement les institutions de crédit actuelles sont attaquables comme causes ; mais aussi leurs moyens sont encore très-vicieux comme effets; c'est-à-dire , non seulement Torganisatiou du crédit pèche en etle-mime , par son peu de généralité, son manque de sécurité et par l'impossibilité où elle se trouve de vivifier, non pas quelques organes privilégiés du corps social^ mais bien la totalité de ces organes, et d'em-
brasser toutes les relations économiques de la «ociété; mais aussi elle pèche par ses moyens , qui ne sont rien moins que suffîsans , par leur ineffîcacité spécifique , là môme où ils ont pleine carrière , enfin par Tenfance des ressorts dont elle se sert actuellement. Bien plus , les institutions actuelles pèchent , non seulement pour cause de privation ou d'insuffisance dans leur développement organique , mais aussi pour cause d'abus ou de déveli^pement anormal et vicieux,.
Sans entrer dans une analyse trop scrupuleuse de toutes ces imperfections et sans anatomiser toutes ces causes de malaise, qui d'ailleurs se représenteront plus aisément a leurs places respectives , nous signalerons en traits généraux ei essentiels la route qu'a déjà parcouru le crédit , et le point où il se trouve maintenant pour pouvoir tirer ensuite de l'analyse de ces prémisses leur conséquence inévitable, c'est-à-dire en conclure le développement futur du crédit.
La preuve la plus saillante de l'état d'enfance où se trouve encore le crédit, c'est l'absence d'une connaissance approfondie de sa nature et de sa destination. N'avoir pas la conscience de soi-même , ou bien se méprendre sur sa propre portée, n'appartient qu'à une institution très-^
jeune ou très--\iciée. Et comme les avantages du crédit l'emportent de beaucoup sur ces résultats funestes, par conséquent , c'est son manque de développement et non Vabus de celui-ci, qu'il faut avant tout accuser.
Et d'abord , il faut faire justice d'une erreur, capitale en théorie, et dont l'importance pratique est non moins palpable. En recherchant la véritable nature du crédit, on est parvenu en dernier lieu à cette conception , que le crédit n'était qu'une anticipation de Cavenir; définition admissible d'une manière relative et dans une sphère partielle; mais éminemment fausse comme définition suprême et absolue. Des économistes conséquens, en adoptant cette opinion, se sont vus forcés de nier tout pouvoir producteur du crédit, en l'accusant d'être une déception de chrématistique qui ne faisait que déplacer les capitaux, en ayant l'air d'en créer de nouveaux , et qui escomptait les ressources futures en les accumulant au préjudice de la postérité dans le moment présent. En vérité , si cette opinion n'était pas erronée , elle accuserait d'une manière terrible tous ceux qui prônent les avantages du crédit , ou excusent une spoliation si flagrante , et d'autant plus odieuse, qu'elle s'opère en pleine sécurité et dé-
^erse toutes les charges sur des générations qui n'ont pas encore jsurgi , pour pouvoir prolester contre un pareil méfait. Mais heureusement le mal n'est pas si grand que cette opinion pourrait le faire présumer; l'anticipation de l'avenir n'est qvLune des faces partielles et très subordonnées de la question du crédit , et nous verrons bientôt dans quelles circonstances cette déûnition est admissible. En thèse générale , elle est fausse et dangereuse .
L^ crédit est la métamorphose des capitaux sta-blés et engagés en capitaux circulans ou dégagés^ c'est-à-dire le moyen qui doue les valeurs noncirculables par elles-mêmes de la faculté de circu* 1er. Cette définition fondamentale, dont les développemens ultérieurs nous faciliteront l'accès du système normal des institutions de crédit, se trouvera elle-même élargie et complétée dans la suite par l'introduction de nouveaux efiTets de crédit et de circulation, qui rallieront ainsi le système de circulation à celui du crédit , et nous donneront par conséquent le contre-pied complémentaire des résultats de celui-ci. Pour le moment, cette définition suffît pour fixer les idées. Si , du premier abord, elle parait ne pas rentrer absolument dans les idées qui ont coura
6D matière de crédit , c'est au progrès de celui-ci qu'il faut attribuer cette circonstance ; car parai* lélement au développement des idées et des institutions , les expressions qui correspondent à eelles*ci sont obligées de se développer à leur tour, et c'est ainsi que la signification des unes change , par le changement de la nature des au* très. Or , la nature du crédit n'est plus aujour* d'hui la même qu'elle était dans sa première enfance, et certes elle n'est pas encore ce qu'elle sera dans l'avenir.
U y a un fait de théorie qu'cm a tout récem* ment élevé au rang de vérité .en économie politique , c'est la productivité spéciale de la circulation. Encore cette vérité n'est-elle généralement admise que pour les produits bruts et manufac-^ lurés; en un mot, pour les objets matériels qui augmentent sans contredit leur valeur relative par le seul effet de la circulation ? Quant à la circulation des valeurs plus ou moins idéaiês, comprises sous la dénomination générique de capitaux, cette vérité parati encore dans certains cas contestable. Ce point demande quelques éclaircissemens théoriques préalables.
11 y a trois g^ires de circulation : 1** la circu* latioD productive ou active; 2" la circulation
consommatrice ou passive; 3** enfin la circulation stérile ou neutre. La circulation étant en ellemême le moyen terme qui rallie la production à la consommation , il est évident qu'elle doit alimenter ses tenans et ses aboutissans; elle divise donc les valeurs qui se trouvent dans son domaine, en affectant les unes à la production, et c'est alors qu'elle devient l'agent le plus puissant de l'aug* mentation des richesses ; — les autres à la consommation directe, et c'est alors qu'elle satisfait aux besoins de la société;— tout en gardant abusivement une partie de ses valeurs pour son alimentation propre. Je dis abusivement ; car la circulation n'étant qu'un moyen j qu'un effet qui lie la cause au but final , n'a pas d'existence pour soi^ et sa destination n'est que relative ; c'est pour* quoi toute valeur réelle , soit sous forme de numà*aire , soit sous forme d'effets publics qui n'a* limenterait que des opérations stériles de circulation excltuive^ ou plutôt de pure mutation, comme change , agiotage , accaparement , jeu de bourse , etc., occasionerait une perte de richesses réelles , non seulement , privativement^ en raison de celles qu'elle aurait pu produire par un usage différent; mais aussi négativement y par la dépréciation subséquente et inévitaJ>le de ces valeurs
Stérilisées. Malgré tout ce qu'on a déjà dit sur cette stérilité de toute circulation purement pé« cuniaire, qu'on a très-judicieusement nommé une industrie sans industrie, nous comprendrons mieux la portée de ce mal et son remède efficace, lorsque nous arriverons à l'analyse des effeu de circulation , ce qui nous occupera dans le second chapitre, maintenant considérons encore les ins-^ titutions comme cames.
C'est donc la circulation productive , ou si l'on veut, la consommation reproductive qui intéresse au plus haut degré le progrès des richesses. Son agent suprême, c'est le capital de roulement , tout comme le capital fixe est l'agent principal de la production directe , proprement dite^ Toute circonstance égale d'ailleurs ( la part absolue et proportionnelle de capital fixe et de capital rou-^ lant pour telle entreprise se trouvant préétablie), }a supériorité du rapport des capitaux roulans sur le rapport des capitaux fîxe$ est une vérité incontestable. S'il y avait donc un moyen àedéga-^ g-^r pour ainsi dire les capitaux engugés , sans leur faire perdre leur caractère de fixité et de production stable, c'est-à-dire si les capitaux /?x^« pouvaient en même temps servir de capitaux roulans çt se dédoubler ainsi pour faire face à la fois à
ces deux fonctions , ce moyen serait le plus gimnd . moteur de l'accumulation générale , et présenterait une force énorme au développement de toute industrie. Ce moyen, c'est le crédit jd^ns sa conception normale et générale.
Et qu'on ne s'y méprenne pas , en parlant ainsi généralement de la mobilisation de capitaux fixes, et du dégagement de capitaux engagés, ce n'est pas seulement du crédit foncier, proprement dit, qu'il s'agirait ici; mais bien du crédit réel ddJis toute son extension, dont le crédit foncier ne constitue qu'une partie intégrante. Nous arriverons incessamment au crédit moral ou de confiance^ qui semble avoir anticipé en quelque sortesurledéveloppementducréditréel,maisdont l'anticipation a été néanmoins plutôt imaginaire qu'effective ; car malgré le nom générique du crédit qui penche visiblement vers une signiGcation morale, sa première institution organisée, a été et devait être une banque de dépôts , dont la destination était précisément de mettre en circulation des valeurs réelles fixes et engagées. Cette conception est en effet la conception fondamentale ^ et par conséquent rudimentaire du crédit qui, cependant, comme nous le verrons tout à l'heure, est susceptible debien d'autres dèveloppemens. Quant
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à cette première conception , si nous voulions ne pas nous arrêter à ce qui en a été réalisé défait^ mais poursuivre logiquement les conséquences du principe j nous aboutirions en dernière analyse à une système de grands comptes courans , ou de crédits ouverts à Taide desquels s'opéreraient toutes les transactions et liquidations directes , auxquels toute espèce de dépôt, d'hypothèques et de gages réels donneraient droits jusqu'à concurrence du crédit ouvert , c'est-à-dire en dedans delà valeur de l'hypothèque engagée.
Telle est l'idée générale d'une des classes des institutions de crédit, dont le premier degré de réalisation fut la banque de dépôt; mais dont on a reconnu bientôt l'insufBsance, même avant que d'être parvenu à son développement complet et final, car il est dans la loi du progrès de contrebalancer toujours un côté de la question, en sou* levant le côté opposé, même avant d'avoir épuisé le premier développement, qu'il est ensuite porté à reprendre tout en conservant le résultat contraire. En effet, l'institution du crédit foncier est tellement analogue à l'institution des banques de dépôt, et le gage hypothécaire est tellement identique à tout autre dépôt, surtout lorsqu'il ne s'agit encore d'aucune émission d'effets rembour-
sables, mais seulement de liquidation en comptes courans ou viremens de parties y que l'enchaînement de ces analogies est aisé à saisir. Aussi les institutions de crédit foncier , actuellement existantes, ne sont-elles qu'un perfectionnement pro* gressif du système de dépôt, et leurs titres de crédit, négociable comme stocks j ne sont pour ainsi dire que des certificats de crédit ouvert.
Cependant avec cette seule classe d'institution, le but de la circulation restait encore loin d'être atteint. Il y avait bien déjà un crédit ouvert d'une manière passive et en dedans^ c'étaient les comptes courans; mais il n'y avait pas encore de crédit développé d'une manière active et en dehors, il n'y avait pas d'émission. Le premier inconvénient qui se fit sentir dans le système, fut celui d'une opération trop directe , et par conséquent élémentaire et bornée. Les opérations de dépôts et comptes courans étaient trop circonscrites et limitées par le temps et par l'espace. La lettre de change fut chargée de franchir ces premières limites, et dès-lors les relations locales et instantanées , ou fixées à telle époque de balance , se transformèrent en relations à distances et à échéances.
La lettre de change constitue ainsi le premier
échelon du second système de crédit , c'est-à-dire du système actifs d'émission, d'escompte et de circulation;*— en opposition au CTéAxi passif An système de dépôts , comptes courans et viremens de parties , dont nous venons de parler, et dont le premier échelon était la banque àfi dépôt dans sa constitution primitive.Onauraitbeau cherchera reculer l'époque de l'invention de la lettre de change, elle n'en restera pas moins une conception supérieure et progressive, par conséquent ultérieure à celle des banques de dépôts. Mais remarquons, au surplus, qu'entre l'institution delà banque de dépôt et celle de la lettre de change, il y a, non seulement une transition du système decrédit passif {de dépôt, en dedans) au système decrédit aca/(d'émisssion, en dehors); mais en même temps un autre pas immense , et ce pas est la traniiition du crédit réel , spécial et déterminé, au crédit moral , général et indéterminé.
En effet, la lettre de change n'est plus un certificat de gage, c'est déjà une promesse, elle ne représente plus telle ou telle garantie matérielle et spéciale qui lui serait particulièrement affectée ; mais bien la garantie générale de celui qui l'a dressée, donc sa garantie devient plus personnelle que réelle. Or , comme le crédit exige
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nécessairement un gage matériel de sa réalité, c'est-à-dire une réalisation quelconque ; par conséquent, il faut que cette réalisation le suive si elle ne Ta pas précédé, de manière que faute d'un dépôt antérieur le crédit exige un rembour" sèment ultérieur^ et voilà pourquoi le paiement d'une valeur de crédit émise se nomme-t-il trèsjustement sa réalisation. Nous arrivons ainsi à une distinction fondamentale qui doit servir de base à la théorie du remboursement; savoir : pour les banques de dépôts il ne pouvait être question de remboursement, puisque chaque certificat était hypothéqué sur un gage spécial, affecté uniquement à son crédit, la banque de dépôts n'était donc qu'une institution passive de crédit, sans aucun autre engagement que de faciliter le mouvement et le virement des valeurs qu'elles recevaient, mais sans aucun engagement en dehors; par conséquent la liquidation la plus complète ne comportait en dernier lieu que la tradition du gage; mais pour la lettre de change, les billets de commerce,et par conséquent pour toutes les opérations d'escompte et de crédit actifs le remboursement est indispensable, puisque c'est précisément ce remboursement seul, qui, faute d'un gage spécial et distinct sert d'assiette matérielle à leur crédit.
Userait oiseux d'insister sur le progrès qui s^est effectué entre l'institution des lettres de change et celles des banques d'escompte et de circulation ; car la tendance à la généralisation et à \ organisa'» i ion est ici trop évidente . Les promesses particulières trouvèrent dans ces banques un foyer commun où elles vinrent se fondre pour reparaître sous la forme de promesses universelles ; le titre commun des billets de banques remplaça les titres «p^ctatu: des lettres de changes et des billets particuliers , enûn la garantie généralisée et idéalisée déjà^ des individus , le fut encore davantage en se métamorphosant en garantie de l'institution. En rai-son de ce surcroit de généralisation , la stipulation de remboursement devait devenir à'autant plus rigoureuse; aussi le remboursement qui n'était qu'à échéance pour les lettres de change et les billets particuliers, devient-il à vue pour les billets de banque. Certes, c'était bien de droit, une telle garantie matérielle étant indispensable au crédit, déjà tellement idéalisé; car sans elle celui-ci se trouverait effectivement dans le vague, puisque l'émission des banques doit toujours être au moins triple ou quadruple de leur réserve. Et il n'y a pourtant que cette réserve seule qui joue matériellement le rôle de gage ; car en ce qui con-
cerne le portefeuille des banques, il ne peut servir d'hypothèque matérielle et spéciale, en étant effectivement dénué lui-roème , et ne reposant à son tour que sur des promesses individuelles , qui , de leur côté , bien que basées en général sur des fonds d'industrie , sont néanmoins privées d'affeclation spéciale et se liquident pour la plupart, moyennant des renouvellemens ou nouvelles promesses , qui enjambent ainsi la nécessité du remboursement effectif, en l'ajournant continuellement j usqu'à ce qu'uneaccumulation réelle, fruit du capital circulant, permette de solder le dernier anneau de cette chaîne. La conception nette et précise de cet enchaînement est indispensable pour comprendre le passé et l'avenir du crédit, et concevoir ia différence essentielle du système à gages spéciaux de celui du crédit à garantie indéterminée.
Nous sommes donc parvenus à cette conséquence, que plus le crédit devient immatériel et indéterminé , plus le remboursement devient indispensable; car c'est alors celui-ci qui jseul détermine et réalise le crédit. Voilà pourquoi nous ne partageons pas Tavis qui a été maintefois émis, surtout en Angleterre; savoir, que pourvu que l'émission du papier de banque soit
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limitée à certaines proportions relativement au fonds de réserve, le remboursement à vue n'est pas de rigueur. Au contraire , nous soutenons la nécessité logique du remboursement de toute espèce de monnaie de papier, telle qu'elle existe aujourd'hui, même malgré l'expérience peu concluante, il est vrai, mais toujours bien grave de la banque d'Angleterre, à laquelle les intéressés prêtèrent leur crédit moral et dont ils soutinrent ainsi le papier, après la suspension des paiemens. Nous verrons bien dans la suite qu'il , peut et doit exister des effets de circulation sans remboursement à vue; mais pour cela, il faut attendre la réforme future du crédit qui reviendra au système des gages spéciaux et matériels^ tout en conservant l'organisation universelle des opérations d'escompte, et, ce qui plus est, en la généralisant encore davantage; il faut attendre, dis-je, la substitution du crédit subtantiel et déterminé au crédit vague et indéterminé, ainsi que la liaison synthétique du système de dépôt au système de circulation ,. liaison qui nous révélera un nou*veau système de crédit, d'autant supérieur à <îeux qui l'on précédé de combien une combinaison organique l'emporte sur ses élémens constituans.
Voici où en est aujourd'hui le développement général des institutions du crédit. Examinons maintenant si, dans cet état, il mérite l'accusation d'être une anticipation de l'avenir. Pour le crédit réel, proprement dit, il n'y a même pas lieu à une pareille supposition ; car il n'est évidemment que la mobilisation de valeurs stables ou engagées. Quant au crédit immatériel ou personnel, qui a fait irruption dans le système d'es* compte, il prêterait plutôt à cette même manière de voir, et en effet les promesses circulantes de tous genres , paraissent n'être en réalité que des anticipations de rentrées futures. Eh bien! l'apparence égare; car, tout généralisé que soit le crédit, il ne s'aventHire jamais sur de pures expectatives, mais il repose toujours en dernière analyse sur un fonds réel, de quelque nature que ce soit, qu'il sert à mobiliser. L'industriel qui émet une lettre de change ne l'hypothèque pas sur ses ressources à venir, car s'il n'avait que celles-là à faire valoir, il serait bien sûr de ne pas trouver d'acceptation; mais il la base sur tout l'avoir actuel de son bilan, en un mot, sur son fonds de commerce ou d'industrie, qui pour être plus ou moins réel ou réalisable , n'en est pas moins un fonds. C'est donc ce fonds qu'il fait circuler de
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fait , en 8e soumettant à la nécessité rigoureuse de le réaliser par des rentrées subséquentes, et voilà ce qui constitue le paiement à échéance. Certes, toute promesse est bien un engagement d'avenir, mais cet engagement n'est reçu que sous la garantie du présent. Tout V avoir présent de l'industriel sert de base à son obligation, mais précisément parce que c'est tout l'avoir et non pas telle ou telle chose spéciale , que l'obligation devient plutôt personnelle que réelle, et alors le remboursement est indispensable pour faire fece matériellement à une obligation immatérielle. De même une banque de circulation, en émettant son papier, ne fait évidemment que mobiliser son fonds d'établissement et ses fonds d'opérations , elle n'anticipe donc pas en règle générale sur ses bénéfices futurs, mais elle fait un usage circulatoire de ses fonds de garantie et de ceux qui affluent à l'escompte. Je dis en règle générale , car de fait il arrive malheureusement trop souvent que les banques s'égarent dans de pareilles anticipations purement imaginaires, et alors nous connaissons les crises déplorables qui en résultent. Voilà précisément ce qu'il faut prévenir par une organisation normale du crédit.
Cherchons donc enfin à connaître les condi-
lions dans lesquelles le crédit peut réellement être qualifié d'anticipation de l'avenir, et ensuite nous jugerons si dans ce cas il se trouve dans un état normal.
Certes , aucune anticipation n'a lieu lorsque le crédit est affecté à la production , car il serait ridicule de qualifier d'anticipation ce qui est au contraire une iubvention accordée à l'avenir; son emploi étant censé produire un excédant de richesse et ses produits devant contrebalancer , et bien au*delà les charges qu'il occasione. Loin donc d'empiéter sur l'avenir, le crédit productif lui développe de nouvelles ressources. Mais quant au crédit employé en consommation proprement dite, celui-ci, sans contredit, préjudicie à Fave* nir; car, bien qu'il ne soit en lui-même qu'un usage improductif de fonds accumulés, c'est-àdire de capitaux actuels , il n'en est pas moins vrai que les charges qu'il crée par l'absorption de cette valeur, tout en tarissant la source fécondante ( car en absorbant un capital c'est bienune source qu'il tarit), se déversent en définitive sur les ressources futures, et cela uniquement parce que le fonds de ressources actuel^ qui aurait eu à les supporter, se trouve anéanti. Ainsi ce n'est que le fak de son usage qui donne au crédit ce carac-
tère exceptionnel. Il résulte donc de ce fait, que le crédit pour cause de consommation, qui est une anticipation effective, est essentiellement pernicieux , et mérite toute la réprobation dont quelques économistes l'ont flétri ; car ce crédit-là n'est en réalité que l'antipode de l'autre, et autant le crédit pour cause de production favorise en progression géométrique l'accumulation des richesses, autant le crédit pour cause de consommation en facilite la dissipation, exactement dans la même proportion. Aussi, tout ce qui tend à élargir l'action et à fortifier le jeu desélémens de la société, a-t-il son côté favorable et son côté dangereux, et ce n'est que des institutions positives qu'il dépend d'organiser de plus en plus cette action, de manière qu'elle ne serve qu'au développement normal , sauf les exceptions qui sont inhérentes à toutes règles. Nous aurons une preuve de cette faculté régulatrice, sous un point de vue spécial, dans la nature des nouveaux effets de circulation. Le crédit pour cause de consommation est donc pernicieux , parce qu'il anéantit des capitaux, tandis que la consommation n'a de véritable droit en économie politique , que sur les produits, et nullement sur les capitaux ; encore la théorie revendique-t-elle une limitation de ce
droit , pour cause d'épargne et d'accumulation. Nous verrons dans la suite quel est le moyen spéculatif de favoriser l'épargne et de transformer immédiatement les revenus en capitaux de roulement, ce qui sera le contre-pied de la transformation des capitaux y?2;e« en capitaux circulam. Que dire après cela du crédit purement circu^ latoire? Le crédit de consommation peut au moins alléguer, maintefois, des motifs d'un ordre supérieur qui imposent silence aux considérations purement économiques, et dans de pareils ca&le calcul ne sauraitêtre toujours juge suprême et sans appel. D'ailleurs , ce crédit opère , sans contredit, sur des valeùrs^ réelles, et bien qu'il les consomme en chargeant l'avenir de réparer cette perte, au moins ne consomme-t-il que ce qui a déjà été produit, de manière que le mal qu'il produit estappréciable immédiatement, et qu'une fois effectuéilnemenaceplus dejeteraucune confusion dans les relations ultérieures. Il engloutit bien des capitaux, iltarit bien des sources fécondes, maisau moins n'envahit-il pas frauduleusement le crédit sain et productif et ne creuse-t-il pas d'abtme caché sous ses pas. Mais le crédit de pure circulation, cette fantasmagorie industrielle et financière qui évoque des ombres sans corps , et qui pour-
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tant les rend pesantes , contradiction physiquement insoluble» et que l'industrie nous présente néanmoins dans ces valeurs purement négatives^ qui ne sont que des charges qui n'ont jamais rien produit et ne peuvent rien produire ^ et qui ne servent en d^nière analyse qu'à obstruer la cir^' eulation normale jusqu'à ce qu'une débâcle inévitaUe vienne faire justice de ces abus ; ce crédit^ là^ difr-je, est absolument inexcusable. L'émis-* sion de valeurs imaginaires, la sttscitation de primes exorbitantes à des valeurs réelles mais non susceptibles d'être tellement enflées , la reconnaissance de capitaux qui n'ont jamais été versés, l'ouverture de crédits à découvert, l'acceptation en gage d'actions non réalisées , toutes ces opérations de complaisance aléatoire, sinon frauduleuse , présentent l'immense inconvénient non seulement de créer des valeuri^ illusoires, mais encore de les confondre avec les valeurs réelles, et d'invalider par contre-coup celles-ci, en développant un crédit véritable sur ces effets fictifs ; ce qui réduit en définitive les établissemens de circulation à l'impossibilité de faire face à leurs engagemens réels , et amène par contra-coup les crises les plus générales , qui enveloppent ainsi dans un sinistre commun les fauteurs du dâit et
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les victimes innocentes. C'est donc de ce côté-là que le crédit est le plus dangereusement menacé, et cependant ce danger ne provient que de l'ignorance en matière de crédit , ainsi que de la doctrine funeste d'anticipation. Ceux qui admettent cette doctrine et qui néanmoins ne sont pas absdument hostiles au crédit, ont certei^beau jeu à s'élever contre ses abus, et je m'étonne qu'on ne les combatte pas par leurs propres armes (i). En effet ^ tous les fondateurs d'actions aventu-* reuses , par exemple , ne pourraient-ils pas se renfi^mer dans le cercle de cette doctrine et soutenir qu'ils ne font qu'escompter l'avenir? ne prétendent-ils pas créer des ressources futures et n'est-ce pas en leur nom qu'ils absorbent d^ capitaux présens ? Evidemment ils restant striC'* tement fidèles à la doctrine de l'anticipation , et alors on ne saurait leur reprocher sans injustice de s'éloigner de la saine voie du crédit. Et d*un
(i) Au moins M. de Sismôadi , qui ne voit dans le crédit , pour la plupart du temps , qu'une aliénation de ravenir, ou une suscitation de valeurs imaginaires, estil très-Gonséquent avec lui-mdme lorsqull jette un anaibèiâe presque absolo sur lecrédit< Heureusement Tarrét n'est pas sans appel , puisqu'il y a lieu à en réviser les cODsidérans.
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autre côté , que font les banques de circulation en leur offrant leur crédit , sinon spéculer sur ces richesses à venir et prêter sur hypothèque de châteaux en Espagne ? Nous voyons que les abus rentrent dans la définition ; donc c'est la défini tion elle-même qui est abusive.
Ce n'est pas ainsi que doit procéder le crédit normal. 11 n'y a que l'actualité et non l'espérance qui peut lui servir de base; il faut qu'il soit adossé à des réalités et non à des expectatives; il demande des hypothèques et non des hypothèses, 11 faut enfin que 6on point de départ possède un fondement solide et matériel , car on ne saurait dévider ce qui est suspendu en l'air. Ce fonde-^ ment, ce point de départ, ce sont les valeurs réelles; le procédé subséquent , c'est leur mobi^ lisation» leur émission circulatoire.
Ainsi ce n'est nullement avec un plan d'avenir qu'il faut se présenter à une institution de crédit , mais avec un fonds présent. Peu lui importe ce que vous vous promettez de votre exploitation future, elle peut s'en rapporter là dessus en pleine sécurité à votre intérêt individuel ; mais ce qui lui importe, c'est de savoir si vous avez les moyens réels pour procédera telle entreprise. Ce sont donc vos moyens et non votre but qu'elle
doit escompter, et alors, soyons-en sûrs, on ne présentera pas d'un côté des valeurs imaginaires et on n'émettra pas de l'autre des effets illusoires. De même qu'on ne peut se procurer des produits qu'à l'aide d'autres produks, de même ou ne peut aborder une opération capitale qu'en étant soi-même muni de capital. Mais ce capital qu'on doit posséder, peut se trouver engagé ou invalidé, il peut être aussi plus ou moins réalisable, et c'est alors que le crédit vient à son secours en le dégageant et le rendant circulable. Si ce capital existe, de quelque manière que ce soit, le crédit saura le rendre éminemment apte à la circulation productive; mais s'il n'existe pas, certes le crédit n'a pas le pouvoir de le créer. Ex nikilo nihil fit; si donc vous voulez créer , exhibez vos matériaux, et ne présentez pas ce qui doit être créé comme instrument même de création, car ce n'est qu'un cercle vicieux. Ne présentez pas votre but comme moyen fallacieux pour vous procurer uniquement les moyens véritables, c'est-àdire l'argent ; car alors ce sont ces moyens qui sont votre but unique, et votre but n'est plus qu'un moyen. Reconnaissons, en un mot, que le mal intime qui itiine le crédit, c'est qu'on escompte le but au lieu des moyens, et l'avenir au
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iieu du prés^l. Par conséqueût , en matière de crédit 9 ne mettons plus l'avenir en jeu , car ce ne serait que jouer avec le crédit et le changer luimême en diicrédit. Ne vous imaginez pas que ces effets de pure circulation ou de complaisance puissent devenir des valeurs de production ; car la complaisance, en matière de crédit n'est qu'une déception. Où il û'y a rien , le crédit perd son droit. Il n'est donc de création possible qu'avec des capitaux accumulés et non avec des capi-taux en espérance (4). N'anticipez donc pas sur l'avenir , mais profitez du pané , ne bâtissez pas sur des fondemens que vous ne comptez je*tei^ qu'après avoir élevé l'édifice lui-^même , car les poutres qui le tiennent en l'air sont éminem^ ment fragiles et la complaisance du bois très^incertaine ; mais servez-vous des fondemens qui
(1) Si , par exemple, ea démafidam oa chêne on voos présentait un gland, certes vous ne seriez nullement satisfait d'une pareille anticipation, et cependant une action industrielle non réalisée qu'on voudrait faire passer pour une valeur réelle n'est qu'un gland qu'on donnerait pour un chêne. Certes le chêne s'y trouve en germe > mais avec la meilleure volonté du monde on ne saurait en anticiper l'usage ; telle est cependant l'absurdité que recèle la doctrine de Fanticipation.
sont déjà en terre , et de bons matériaux accumulés. Portez^les par le moyen de Isi mobilisation et de la circulation là où ils sont nécessaires , et . alors la construction atancera avec vigueur et sécurité. En un mot ne tirez jamais sur le crédit à decouv&rt , mais exploitez la provision que vous laissez stérile. C'est alors que vos opérations ne seront plus des déceptions ou des fraudes , car vos gages actuels et réels en répondront, et c'est alors aussi que les effets de circulation ne pourront plus être discrédités, étant basés eux-mêmes , non sur l'avenir et Y anticipé , mais sur le passé et V arriéré. En thèse générale l'anticipation c'est YagiotagCj mais ce n'est pas le crédit normal.
Est-ce à dite que toutes les opérations qui ont été fondées sur V anticipation ou la complaisance, eussent dû, de toute nécessité, échouer contre les écueilsdu discrédit? Non sans doute, il y en a qui, par bonheur, ont échappé au danger, et qui ont réussi à atteindre le port malgré la périlleuse traversée de l'agiotage , toutefois on ne peut attribuer ce succès qu'à leur bonne étoile, voire même à l'habileté de leurs pilotes (et en ce cas c'était encore un capital moral ou intellectuel qui servait de fonds principal), mais nullement à la nor-
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malitéde rentreprise(i). De pareilles bonnes forfci77^« pourraient même se renouveler encore et cependant jamais elles n'invalideront la règle , ce ne seront en tous casque d'heureuses exceptions. Tout navire non assuré est-il par cela même prédestiné à faire naufrage ? Bien au contraire , il est très-probable qu'il traversera l'Océan sans danger , et néanmoins quel est l'armateur qui n'assurerait pas aujourd'hui son vaisseau ? Ici c'est l'intérêt privé qui sutQt pour astreindre à se conformer à la règle, mais dans le domaine du crédit, l'intérêt des tiers se trouvant compromis,
(i) Le temps est passé où Toq ne reconnaissait pour capitaux en économie politique que les richesses matérielles. La bonne foi indubitable, la capacité reconnue^ sont des valeurs effectives et même échangeables ; la rétribution qu on accorde, par exemple, à un gérant sûr et habile le prouve suffisamment. Aussi, dans le cas qu'une entreprise dépende surtout de l'existence d'un capital pareil , dès qu'il s'y trouve , l'opération rentre dans les conditions normales. Cependant, comme il n'est rien d'aussi difficile que l'appréciation exacte de capitaux immatériels, et que celte appréciation est même impossible d'une manière immédiate et objective^ de pareilles opérations ne peuvent avoir lieu que dans des relations intimes et personnelles et ne sont par consé-^ quent elles-mêmes qu'exceptionnelles.
n'est-ce pas à Tautorité publique qu'il appartient de veiller à son accomplissement ? Félicitonsnous donc , et profitons des heureuses expéditions qu'a pu opérer le crédit non assuré , mais ne nous y jouons plus désormais. Sa navigation pouvant être perfectionnée et consolidée ; ne nous fions plus au hasard , car les naufrages deviennent plus sensibles et plus désastreux de jour en jour. Plus on est parvenu à savoir et pouvoir se mettre à l'abri du danger , plus on est coupable en s'y opposant.
Nous voici arrivés au point de pouvoir formuler les deux vices radicaux de l'organisation actuelle du crédit et d'en indiquer en même temps la réforme. Ces vices sont: 1° le manque de garantie réelle des valeurs de circulation d'une part ; S"" le manque de circulabilité des valeurs réelles de l'autre j c'est-à-dire tandis que les valeurs émises se trou vent dénuées de fondsyies fonds au contraire sont privés de mobilisation. Il en résulte un double inconvénient y qui paraîtrait contradictoire s'il n'existait en réalité , c'est-à-dire il y a simultanément manque et excès de valeurs circulantes , mais manque de valeurs réelles et excès de valeurs fictives. Voilà pourquoi en présence d'une exubérance de circulation , il y a
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souvent une atonie véritable; car on court après l'avenir et on néglige le passé. Les deux vices du crédit se trouvent ^ionc évidemment dans une liaison réciproque qu'on pourrait nommer com* plémentaire , parce que l'un est précisément le contre-pied de l'autre; en effet, les gages réels ne sont pas circulables et les effets de circulation n'ont pas de gages réels. C'est donc la solution de cette antinomie que revendique le crédit, et son avenir peut se réduire d'une manière générale , abstraction faite encore de son mode d'organisation, à la double proposition suivante : dégager les valeurs engagées et gager{\) les valeurs dégagées. Le dégagement de val^rs engagées , c'est-àdire la mise en circulation de fonds fixes et réels, est le seul moyen normal et suffisant de pourvoir aux besoins de la circulation par de vrais capitaux arriérés et non anticipés. En effet on en est encore à des notions bien élémentaires en matière de crédit, lorsqu'on parle de l'afffuence des capitaux du dehors ; et , en vérité , on en serait à un état d'enfance incroyable , si une pareille afHuence pouvait avoir lieu réellement d'une manière autre qu'exceptionnelle. Bien au contraire, le
(1) Cest-à-dire nantir d'un gage les valeurs d'émission.
besoin de ca^Htaux réels se fait généralement sentir, et cela d'autant plus que les pays augmentent en richesses, de manière que ce seraient plutôt les pays pauvres qui pourraient encore en fournir le plus, parce que en raison de leur pénurie de capitaux, le besoin de ceux-ci y est comparativement moins développé que là où ils semblent abonder. En général, la demande surpasse plus ou moins partout Toffre des capitaux réels^ de manière que cet état se trouvant être universel , il est évident qu'il n'y a plus de dehors^ et quec'est du dedans qu'il faut susciter des capitaux. Susciter est le mot, car ces capitaux existent , mais virtuellement , et non en actualité. Il y en a qui dorment, il faut les éveiller. Toute espèce de fonds est un capital produisant non seulement ses propres revenus comme capital fixe , mais pouvant participer à une extension de productivité moyennant le crédit en devenant en même temps capital circulant. C'est donc cet excédant de pouvoir qu'il faut susciter ; c'est donc ce fonds lui - même qu'il faut amener à se réfléchir, tout en le laissant fonctionner comme capital fixe. Cette surabondance de pouvoir que lui accorde le crédit , cette valeur réfléchie qui se trouve, pour ainsi dire , abstraite
du corps matériel (1), peut tantôt se déverser sur lui-même) pour en exalter les forces, en alléger les charges, etc., tantôt aller agir ailleurs pour y fructifier indépendamment à son tour. Ainsi, remarquons-le bien, le crédit ne multiplie nullement les capitaux, comme on le répète souvent , il ne fait que les réfléchir ; mais ce qu'il multiplie , ce sont les revenus , c'est-à-dire , il fait agir doublement le même capital , et il en double ainsi les produits , en raison de ce surcroît d'activité. Voilà toute la magie du crédit.
La question de dégagement ou démobilisation est encore parfois traitée de question oiseuse ou illusoire; cependant, je crois qu'il n'appartient qu'à un optimisme bien prononcé de se faire illusion soi-oiêniesur cette soi-disant illusion. Quoi ! le crédit, qui est déjà parvenu, moyennant l'escompte , à mobiliser les fonds les moins fonciers possibles, tels que les fonds de commerce par
(1) Toutefois , ne nous y méprenons pas , bien que ceUe valeur circulatoire se détache ainsi du gage réel et fixe qui lui correspond , elle n'est pas cependant une valeur /?w^«wen^ abstraite , idéale, ou, ce qui plus est, fictive , car elle est identique avec le gage , qui la soutient matériellement , moyennant Yintérét qu'il lui alloue et qui témoigne de sa réalité.
exemple (i), pourrait être privé d'une faculté pareille pour des valeurs plus solides, et notamment pour les fonds par excellence , les immeubles? D'ailleurs , le crédit foncier, proprement dit , se trouve déjà organisé de fait d'une manière trop avancée (bien qu'imparfaite encore) dans plusieurs pays , pour qu'il ne soit plus permis d'en discuter la possibilité ni la nécessité. Nous aurons dans la suite l'occasion de tirer de ce fait des con* clusions pratiques à l'appui de nos vues.
(i) Il arrive parfois que Y article le plus imposaut d'ua fonds de commerce soit sa clientelie, sa pratique. Certes ceci ne saurait être taxé de valeur matérielle, et cependant c*e$t une valeur effective , vénale^ c'est réellement un fonds , et comme fonds il a droit au crédit. Néanmoins, comme un pareil fonds est éminemment immatériel et indéterminé, la nécessité de réaliser son crédit est tellement rigoureuse, que c'est précisément à cette nécessité que le crédit commercial est redevable de cette organisation juridique qui lui prête tant de vigueur et qui supplée en quelque sorte à son manque de solidité matérielle. Au surplus, abstraction faite des formes judiciaires en matière commerciale, qui donnent au crédit industriel un avantage signalé sur le crédit foncier, nous ferons remarquer que la contrainte par corps est une conséquence très-logique d'un crédit plus personnel que réel,
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Il y a pourtant une raison à eette antieipatîon du crédit industriel et commercial sur le crédit foncier, qui , à tout autre égard , avait droit ^ une priorité de développement en raison de sa solidité parfaite ; c'est te facilité de rentrer intégralement dans ses avances, que possède celui-là , tandis que celui-ci est, le plus souvent, restreint aux seuls bénéfices des revenus, c'est-à-dire que le capital de roulement développé par, et pour le crédit commercial, se renouvdle souvent dans son entier, ce qui facilite la liquidation des prêts ; tandis que les capitaux employés par le crédit foncier sont engagés pour la plupart du temps d'une manière indéterminée, et plus ou moins fixe , de manière à ne garantir que des revenus y et nullement la rentrée intégrale. Bien «que cette distinction ne sott pas rigoureusement admissi^ ble, car le crédit forwîier est également suscepti ble d'opérations de renouvellement et de roulement dans la stricte acception du mot , néanmoins, la prépondérance de ce caractère que possède le crédit industriel est , sans contredit > la cause de la faveur dont il jouît au préjudice du crédit foncier . Maissi le crédit commercial l'emporte par la facilité des rentrées, le crédit foncier et en général le crédit réel l'emporte en revanche
ET DU DÉVELOPPÏMENt DU CRÉDIT. 35
par là solidité ftiatérîelleda gage. Or, nousàvons vu que c'était au mafique de ùelle-ci que devait suppléer la réalisation. En eÉfet, la rentrée n'est exigible que précisément parce que l'émission a été une avance ; Je paiement il*est indispensable que parce que l'obligation a été une promesse. Le crédit industriel est encore, en grande partie, comme nous Tavons indiqué , un crédit plus personnel que réel^ plus immatériel que matériel ; il donne des promesses parce qu'il ne donne pas de gages ; aussi, avons-nous vu ^ue le corollaire indispensable d'un tel étal de choses était le remboursement , et qu'il n'y a que celui-ci qui liii serve de gagesufB$ant^i^e/2Îr, fautedegage suffisant /ztr^ei^/. Au contraire le crédit foncier est \in crédit réel ^t non personnel , le gage y fest spécialisé et déterminé; la réalisation en a précédé TôuVerture, donc l'obligation qui le représenterait, reposant sur un gage matériel , pourrait fonctionner continuellement comme capital circulant, sans s'inquiéter nullement de remboursement ou de rentrée , puisqu'elle né serait plus une avance, mais seulement un dégagement, une mobilisation, en un mot un véritable fonds circulant qui pourrait servir d^intermédiaire de transactions. C'est ainsi qu'étantdéjà ré alise cA'^ns son principe,
une pareille obligation n'aurait plus besoin d'être réalisable y et voilà précisément ce qui a lieu à Té* gard des lettres de gage de Prusse et de Pologne qui, bien que privées du remboursement à vue, ne s'en maintiennent pas moins en circulation , et cela d'après leur nature respective , les unes en approchant du pair, les autres en s'y maintenant, et la plupart même en le dépassant , et qui, si ce n'était pour cause de libération de la part des immeubles qu'elles représentent, pourraient ne jamais être remboursées. Ceci nous conduit à cette conclusion : Si toutes les valeurs d'émission se trouvaient réalisées dans leur principe , elles n'auraient plus besoin de l'être ultérieurement, elles circuleraient donc non comme promesses^ mais comme dégagemens.
Nous voici donc revenus à notre seconde condition , c'est-à-dire à l'affectation de ga^ ges aux valeurs dégagées car la réalisation préalable des valeurs d'émission n'est qu'une affectation de gages matériels et indubitables à leur soutien. 11 ne s'agit donc pas seulement de dégager des capitaux engagés, il faut encore organiser leur émission de manière à leur assurer une circulabilité complète et permanente , sans remboursement. Celle-ci ne peut exister réelle-
ment qu'autant que les valeurs émises ne seront pas seulement des signes , mais des gages circulans. Jusqu'à présent, il n'y a que la monnaie métallique qui jouisse de ces deux caractères ; cependant les progrès du crédit déjà effectués, et les considérations que nous allons donner dans le deuxième chapitre sur les effets de circulation, suffiront pour démontrer les inconvéniens attachés à ces avantages. Eh bien, des titres de dépôts réels, d'hypothèques engagées ;.enfin de gages actuels de toute espèce , émis en circulation sous une forme générale par une institution universelle de crédit (au lieu du papîer de banque , qui n'est qnQsigne^ abstraction faite de ses autres défauts) l'émission de pareils titres, dis-je, ne répondrait-elle pas, sous ce point de vue spécial, aux deux conditions énoncées ? Et ces titres circulansne seraient-ils pas assimilables aux warrants de commerce qui circulent indépendamment des objets matériels qu'ils représentent, avec cette différence que les warrants de commerce donnent droit à ces objets mêmes, tandis que de pareils warr^ïnf s de circulation ne donneraient droit qu'à la valeur p^cM^tûtr^, toujours inférieure à la valeur strictement vénale des fonds qu'ils représenteraient. Aussi les warrants de commerce circu-*
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lent-ils Jusqu'à ce qu'ils ariûvent aux derniers consominateurs, qui.alprs Iqs échaïigent contre les denrées, correspondantes dpnt. la destination est d'être consommée ^^ tandis qu^ içs warrants unitaires et circulables dont il s'agit, fai^^ office de monnaie légale (valables.en paiement de rim^pôt et dans toutes les. liquidations possibles., d'après ce qui sera dévi^Ioppé dans les. chapitres siiiv^us); çes/warrants-là y disrje^ cirx^ul^raient indéfinitiyemeut , pui^qu^ leur dpstii^tioU' n'aboutirait à aucune cQnspmmation^ coip^ne cela a lieu pour les denrées, commerciales^ ipa.is.qu'ai|; contraire, c'est. leur (circulation seule qui constir tuerait leur usage et leur destination. (l^-sCe serait doncunj3 monnaie p^rjTaitçmeqt^ualpgueà.l^ monnaie mél^iUique^ puisqu'elle porterait en ellçr même sa garantie spéciale et. déterminé , n'étant en réalité qu'un foqçl réeil rendu circulakle.
Mais puisque cet iptermédiaire de transaçtict^ sçrait.un/^Mf/^ circulant j il est d^ droit, quç spi^
détenteur jouis^ç 49. tQ^^ies Jfis prjopxiétés, attarchéesàla possession d'un fon^s, Orqa,qui,caraq7
(1) J; B. Say dit fort bien : « La monnaie est une mar- » cbandise qui est ton joors dans la circulation , parce » quelle* n'jestj'am^Sr acquise pour- être eoiisonMaée> H majf bieptppii^iriâtref écbisipg^ci d^ jofiw^».
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térîse spécialement ua fonds , c'est de produire nécessairement un* revenu. De cette manière la* cireulabiliié permanente de pareils warrants^ ne serait assurée qu'autant que ceuiL-oi porteraient intérêts. En^ effet , la monnaie de papier pouvait bien se contenter d'être seulement valable comme monnaie légale pour foute espèce de paiement;, car il ne s'agissait pour elle que de se soutenir en circulation jiusqu'au moment de sa réalisation future qui »'efifectuaif par le remboursement;, mais ici que les termes se trouveraiisnt renv^^sés, . que la réalisation ne serait plus^ en avant , mais en arrière » que les warrants s^^îent des fonds cîrculanset non des bénéfices ea expectative ; en> un mol,. des effets permanens.ei nullement à= terme, il faudrait nécessairementqueoes effetspartieipassentidô^anatureessentielle desfonds, c'està-dire qu'ils produisissent eux-mêmes des revenus. Ledétenteund'unpareilitparran/serait vérita^ blement possesseurd'unevaleurexistantèégale au : montant de soni effet, il n'aurait pas à la vérité d'action < sur le gage, spécial^ qui en formerait pour ainsi dire la doublure matérielle vis*à-vis de l'institution intermédiaire qui aurait émis le warrant , maisil se trou;«rerait en pleine propriété de la valeur elle-même exprimée en valeur moné-
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taire, et à ce titre , il aurait droit à en percevoir les revenus. Ainsi, faute de remboursement, ces éfiets devraient nécessairement porter intérêt. La possession d'un tel effet équivaudrait par conséquent à un actif de compte courant avec perception d'intérêts. Ces intérêts se trouveraient indirectement soldés par le possesseur du fonds affecté comme gage au warrant cir^ culant, moyennant l'intervention unitaire de l'institution centrale. Ainsi le possesseur du fonds engagé^ paierait l'intérêt , et le possesseur de la valeur dégagée le percevrait.
En examinantles résultats encore bien abstraits et bien modifiables^ que. nous venons d'exposer, nous y reconnaissons déjà une conséquence des prémisses partielles que nous avons développées en parlant du progrès normal du crédit , c'est-àdire le germe d'une conception synthétique destinée à servir de liaison au système de dépôt et au système de circulation, ainsi que de complément aux opérations de comptes courans et d'escompte. En effet, une institution destinée à mobiliser les fonds, serait évidemment une banque de dépôt , dans l'acception la plus générale du mot j mais qui, en même temps, moyennant l'émission de valeurs circulatoires , faisant office de mon-
naie légale , basée sur ces fonds , participerait de la nature des banques de circulation. Moy^ennant son intervention, il n'y aurait que les fonds actuels qui deviendraient escomptables, et nullement les bénéflces futurs , le crédit n'effectuerait que des dégagemens et non des avances, et il n'émettrait que des gages circulables et nullement des promesses ; en un mot , des effets non réalisables, puisqu'ils émaneraient d'une réalisation arriérée^ et des effets sans échéance, parce qu'ils seraient échus, pour ainsi dire, avant de paraître. Par conséquent, loin d'être des valeurs d'anticipation, ces effets seraient des valeurs Ôl' accumulation^ et c'est ainsi que ces warrants représenteraient des valeurs, jusqu'à présent inertes, qui se trouveraient douées de la faculté de mouvement, ou, au contraire, des valeurs, jusqu'à présenf purement mobiles, qui se trouveraient douées d'un fondement suffisant. C'est ainsi également que la sécurité des banques de dépôt pourrait être unie aux avantages des banques de circulation.
Dans une question aussi complexe que l'est celle de l'organisation générale du crédit , il y a une infinité de points de vue qui sollicitent en même temps le regard, et une multitude d'élémens
qui interposent immédiatement leur veto dès qu'ils se croient négligés. Cependant il fiaiut procéder méthodiquement à leur développement:, car l'horizon ne saurait être complétenient em.brassé qu'après: avoir gravi tout le> versant de la hauteur où l'on doit s'élever. C'est pourquoi, pour déblayer la question et la rendre plus accessible, il faut souvent se restreindre à des points de yue partiels f sauf à les compléter ensuite par des modifications qui n'ont pu être immédiate^ ment aperçues. Ainsi ,. ce qui vient d'être développé n'est, qn une des faces constitutives de la question ; mais nous sommes obligés d'y fixer provisoirement toute notre attention pour arrir* ver à des résultats essentiels et complets*
S'il ne s'agissait donc que du crédit réel et matériel proprement dit, sans égard d'un côté aux exigences positives du crédit moral, ni de l'autre aux entraves négatives de la circulation, dont les besoins, bien qu'éminemment élastiques, ne le sont pourtant pas au point de supporter un renfort inopiné et trop considérable de nouveaux effets fussent-ils les mieux consolidés ^ si nous éliminions, dis-je , pour le moment toutes ces considérations qui se reproduiront plus tard, et modifieront essentiellement les conséquences que
nous développons quelle serait^ d^ns ce cas l'organisation du crédit réel dans son^ expression lav plus générale? La voici (1) : Tout fonds effectif et matériel, représenté, soit par^ un certificat bypo«N thécaire pour les inuneubles,. soit par. u^e polipe d'assurance pqur l(<s meubles , soit enfin consti-. tuant un déppt en nature , affluerait vei\s. un^ institution centr^ale et générale pour ps^rticiper, à un développement de crédit, c'Qst-àrdîre pour se dédoubler etse réfléchir en^circqlation, comme, il, vient d'être exposé, moyennant l'émission de titres de crédit qui représenteraient uniformément la, valeur circulable de ces fonds , bie^n entendu, inférieure à leur valeur vénale ; ces fonds viendraient ainsi se faire monnaie et se répandre ensuite en circulation sous forme de warrants circulans et unitaires , non remboursables , maispor.tant intérêt , et valables comme espèces. Quant, à ces warrants,^ ih ne seraient pas autre* ipent ré^lis^ables que moyennant. leur transmisr sîon. ultérieure ; car participant de la nature de la
iX) Ce qui va étr^ exposé préseotera^ quelqueai aii2^ lûgies ajTfiG,- rorgaiii$ai(ioa d'un nouvel établissemeiit de crédit 0Qn(imé ïQmniunhjioni.h cooceptioB est certes la ph^ amnçée de toutes celles qui oui; surgi» jusqu'à ce jour en matière de crédit.
monnaie métallique, ils devraient en exercer continuellement les fonctions, et comme la monnaie métallique n'est nullement échangeable de droit, contre quoi que ce soit , mais seulement acceptable en tout espèce de paiement ; par conséquent les warrants étant eux-mêmes un ^Ya/(>n réel de valeurs n'auraient qu'un cours légal et permanent; mais point de remboursement.
De cette manière l'institution intermédiaire escompterait bien les fonds qui se présenteraient, maïs l'escompte qu'elle retiendrait, non pour son compte (1) , mais pour le transmettre au possesseur du warrant j qui remplit évidemment, dans
(1) Sauf touiefois une prime de commission, s'il y avait lieu à percevoir quelques bénéfices, ce qui dans une institution administrative d'intérêt public , pourrait être négligé. C'est ainsi que Tinstitution du crédit foncier en Pologne, à laquelle l'agriculture de ce pays est redevable de tant de bienfaits, ne perçoit-elle qu'une rétribution minime pour frais de bureaux et d'administration. La seule voie par laquelle l'institution réalise quelques bénéfices sont les amendes auxquelles sont astreints les retardataires dans le paiement des redevances semestrielles, et encore ces bénéfices profitent-ils à la totalité des co-associés en rapprochant le terme de leur libération définitive.
ce cas , le rôle de bailleur de fonds , cet escompte, dis-je, qui n'est jusqu'à présentqu'un intérêt en dedans , pour ainsi dire latent et perçu une fois pour toutes jusqu'à échéance, deviendrait un intérêt en dehors^ manifeste , en se renouvelant continuellement à chaque terme institué pour son paiement.
Il y aurait ainsi à l'institution centrale un compte perpétuel de débit et de crédit, nonperson- /2^/mais réel, età intérêt réciproque. Surl'un serait porté le gage, sur l'autre le billet émis. L'intérêt payé par le gage serait perçu par le billet , et il s'établirait de la sorte un escompte continuel, jusqu'à libération facultative, au lieu d'un escompte intermittent payable à chaque renouvellement.
En résumé, une institution pareille , cumulerait déjà, bien qu'imparfaitement encore, les deux fonctions intégrantes du crédit, c'est-à-dire les opérations de dépôt avec celles de circulation et réunirait ainsi les procédés de comptes-courans et d'escomptes , non d'une manière mécanique et purement additionnelle, comme cela a lieu dans la plupart des banques modernes qui sont en même temps banques de dépôt et banques de circulation , et qui confondent ensemble ces deux opérations constitutives , mais ne les
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fondent pas en tine seule , c'est-à-dire agissent tantôt comme banques de dépôt envers les personnes qui leur remettent des fonds, tantôt comme banque de circulation envers les personnes dont elles escomptent le papier ; mais au contraire d'une manière organique et synthétique, en mariant intimement les deux systèmes, ien compensant les imperfections de l'un avec les avantages dé l'autre , et en élevant leur opposition à une composition normale. En effet, tandis que d'un côté l'escompte se changerait en intérêt courant, les bank-notes en warrants cîrculables, les tenouvellemens et opérations à terme en engagemens continuels avec amortissement facultatif , les avances en mobilisation , enfm les promesses en garanties immédiates , — de l'autre le crédit ouvert et passif se changerait en crédit circulatoire et actif, la \^eur déposée en valeur d^émission , le titre de gage en monnaie , l'engagement en dégagement , enfin les comptes d'intérêts directs en liquidations indirectes moyennant la perception de la rente atla- <?hée aux nouveaux effets.
Cependant nous avons pris nos réserves à l'égard de rinsuffisance d'une pareille organisation, et certes il ne manque pas de considérations pour
militer oontre el4e d'sne manière absolue. D'àbwd le crédit moral et personnel en paraîtrait exckis, et néanmoins il existe sans comredit des capitaux effectifs, qpui sans être strictement matériels n'en sont fyas moins de \éritaMes fonds , ayant droit par conséquent de participer aux bénéfices du crédit. Le travail par exemple, qu'on d nommé avec raison le plus puissant des capitaux parce qu'il est effectivement « une avance que l'homme fait à la nature avant qu'elle le pâte , » le travail n'est-il pas un^/îrfj éminemment productif, qui sollicite au plus haut degré l'intervention du crédit ? Aussi les banques d'Éeosse sont-elles parvenues à mobiliser même ce capital-là, et certainement cette hypothèque bien qu'immatérielle n'est nullement imaginaire (4). Et qu'on ne se récrie pas
(1) Je ferais même remarquer qu'il serait possible de matérialiser à la lettre de pareilles hypothèques, moyenoant une opération d'assurance préalable. Ainsi, par exemple, le travail d'un homme dont la vie serait assurée dans une institution, soit mutuelle soit à prime, deviendrait un capital réel dans la stricte acception du mot, pnisque les chances d'impossibilité de faire face à ses engugemens se trouveraient contrebalancés par un capital en argent. Donc en pareil cas, le travail lui même
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ici sur ranticipation, car cq n'en est pas une; le
travail est une provision véritable , donc en s'ap-
puyant sur lui, le crédit ne serait nullement ^ dé--
couvert. Seulement , comme nous avons constaté la nécessité de ramener toujours le crédit moral
et personnel au crédit réel, c'est-à-dire de le réaliser j il s'ensuit que dans ce cas le paiement à échéance serait indispensable , tandis que pour le crédit foncier , par exemple , il pourrait ne pas l'être ( sous la condition toutefois de pourvoir continuellement aux intérêts de la créance ) puisque cette créance elle-même pourrait servir de monnaie.
Mais sans aller si loin , nous avons vu que le crédit commercial tout entier était encore plus personnel que réel et c'est cependant celui qui domine maintenant , donc si nous nous arrêtions
serait réalisé dans son principe, mais ceci exigerait un développement général du système des assurances que nous sommes encore loin de posséder, et qui cependant est un des besoins sociaux les plus intenses. Aussi la conception d'un système vaste, solide, et organiquement centralisé d'assurances et de garanties générales est-elle un des sujets les plus importans qui puissent en ce moment solliciter les investigations des pubiicistes positifs.
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à ce qui vient d'être exposé , ce crédit personnel qui constitue aujourd'hui la véritable force du commerce se trouverait paralysé, et dépassé par le crédit réel d'autant, de combien lui-même le devance aujourd'hui. Ensuite l'institution de crédit que nous venons de formuler , toute synthétique qu'elle soit déjà , pécherait néanmoins elle-même par un caractère trop exclusif. Elle unirait bien déjà les opérations de dépôt et d'escompte, mais d'une manière trop directe et trop élémentaire, c'est-à-dire avec une prépondérance du premier système. Elle ne serait donc elle-même qu'un échelon du système combiné, et solliciterait par conséquent un développement ultérieur. D'ailleurs le crédit réel qu'elle favoriserait aux dépens du crédit moral ne serait pas lui-même dans sa constitution actuelle susceptible du développement quecette institution semblerait lui accorder. Tous les fonds , quelque réels qu'ils soient , ne sont pas toujours immédiatement mobilisables, ou au moins ne le sont-ils pas tous à un degré égal. Pour leur faire acquérir cette faculté, le crédit réel exigerait des conditions préalables , telles que le développement parfait du régime hypothécaire pour les immeubles, et celui du système des assurances pour les meubles , faute de quoi
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le crédit réel n'étant pas suffisamment déterminé, il pencherait lui-même vers le crédit personnel et impliquerait par conséquent une nécessité plus ou moins rigoureuse de réalisation , c'est-à-dire de remboursement en raison du plus ou moinsder^a* lité absolue qu'il présenterait. Nous reconnaissons donc déjà dans cette considération la limitation du principe de l'émission d'effets circulables sans remboursement, surtout delà part du crédit privé. Et en effet nous verrons dans la suite qu'il n'y a que le crédit public, c'est-à-dire V^l^^^» <l^î puisse en émettre de pareils.
Voilà donc quelques objections qui suffisent pour constater la nécessité d'une organisation supérieure capable d'embras$er tous les points de vue qui se multiplient à mesure que nous avançons , et de rallier en outre d'une manière organique non seulement le crédit réel au crédit moral , mais en dernier lieu le système de crédit en général , au système de circulation (currency). Cette dernière condition est une des plus' importantes et des plus fécondes en résultats ; c'est pourquoi, après avoir amené le développement normal du crédit aux abords d'une première conception synthétique qui doit nous servir plus tard d'échelon intégral, nous suspendons ici
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le fil de ce développement, pour nous reporter au contrepied de la question, c'est-à-dire à l'étude de la circulation en elle-même et à l'analyse de de ses agens intermédiaires qui peuvent être compris sous le nom générique de capitaux pécuniaires , étude qui , après nous avoir livré des résultats coïncidens avec ceux que nous venons d'obtenir , nous permettra de reprendre ceux-ci munis déjà des résultats complémentaires, et d'aborder ainsi efiicacement l'organisation normale et convergente du crédit et la circulation. C'est donc un nouveau point de départ que nous prenons ici pour aboutir aux conséquences orga* nisatrices des chapitres suivans.