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CHAPITRE IL

DE LA NATUllE ET DU DÉVELOPPEMENT DES EFFETS

De même qu'on ne connaît actuellement que deux classes bien distinctes d'institutions de crédit, c'est-à-dire celle de dépôt et celle de circulation^ de même il n'y a jusqu'à présent que deux classes de capitaux pécuniaires dans la stricte acception du mot, ces deux classes sont:

lo Le numéraire ou argent comptant, classe qui comprend aussi bien le numéraire métallique , que le numéraire papier-monnaie , qui en est le représentant.

2** Les papiers publics, classe qui comprend en soi toutes sortes d'effets de bourse imaginables (stocks), dont le caractère déterminant est de porter intérêt.

Ces deux genres de valeur se trouvent dans un rapport d'opposition absolue dont on a manqué

jusqu*ici Tanalyse, ce qui a relardé la manifestation des développemens ultérieurs et particulièrement la création d'une troisième classe , qui doit en être la stricte conséquence, et le perfectionnement progressif.

Le numéraire donc, est un capital mobile dont le plus grand avantage consiste dans sa facilité de circulation; il est fécond tant qu'il est en mouvement, en s'arrétant il perd sa force productive » pour ainsi dire, il meurt, expression que l'usage a même consacrée en nommant l'argent arrêté y capital mort. U n'y a donc que sa circulation seule qui produise des avantages réels , tandis que sa stagnation ne présente que des avantages possU ôjes y consistant seulement dans la puissance de sa mobilisation (1), mais qui sans celte mobilisation réelle elle-même, ne rapporte rien du tout. Le cas tout-à-fait contraire a lieu quant aux papiers publics; ceux-ci n'ont presque pas de cîrculabilité , ou au moins n'en ont-ils que la puis^ sance^ tandis que leur rôle réel et essentiel consiste dans la stagnation. En efifet, les papiers pu-

(1) C'est ce que M. de Sismondi a très-iDgénieusement exprimé, en disant : « Chacun sent en accumulant le numéraire, que c'est du pouvoir condensé qu'il tient dans son coffipe-lbrt. » (Etudes sur VEoon. pol,, i6« essai.)

blics sont un placement stable de capitaux qui pro(ftent en restant en repos, ils peuvent bien passer de main en main , mais cela n'influe nullement sur leurskproduits effectifs qui sont leurs intérêts; au contraire, le mouvement des capitaux qu'absorbe la circulation des stocks est tout-à-fait inproductif, comme on l'a déjà tant de fois constaté, et cela précisément parce qu'il est contraire à leur nature de placement , parce qu'il est un usage abusif de la circulation pour la circulation, tandis qu'à l'égard du numéraire il n'y a de productif qv^ ce même mouvement, et en revanche, la stagnation qui est une condition de productivité pour les stocks , serait au contraire pour lui une condition de stérilité. Donc la destination des papiers publics est de rester en repos, en i^vydLni déplacement à intérêt , tandis que la ipéculatian ou circulation est la qualité essentielle du numéraire , qualité exclusive qui se trouve exprimée on ne peut plus justement par son nom d'argent courant. Ainsi le numéraire peut seulement tendre au plaeement y tandis que le papier de bourse est déjà un placement effectué , il faut émettre le premier pour percevoir quelque intérêt , il faut garder le second pour parvenir au même but; on manque ce but en en-

fermant son numéraire, on s'en prive également en se démettant de ses effets de bourse ; en un mot le numéraire est stérile en repos , productif en mouvement, tandis que les stocks sont stériles en mouvement, et productifs en repos.

Tel est le contrebalancement absolu et l'opposition radicale qui existe entre ces deux genres de capitaux, dont Tun est pour ainsi dire un capital statique j et l'autre un capital dynamique.

Les principes étant posés et les caractères distinctifs des deux branches, ainsi que leurs avantages éminemment exclusifs^ étant établis, la conséquence logique se présente immédiatement, celleci ne pouvant être quela véritable synthèse des élémens qu'on vient d'analyser, c'est-à-dire la combinaison organique de leurs caractères, qui, jusqu'à présent,s'excluaientrunrautre,combinaisonqui, les reproduisant sous une forme nouvelle , ou plutôt, les élevant à une plus haute puissance, doit leur faire perdre leur partialité^ qui était leur seul désavantagecommun,et ne réunir que leurs avantages respectifs qu'ils possédaient séparément, et qui doit jouir , par conséquent , non seulement des propriétés réunies de ces deux précurseurs , mais posséder en outre des propriétés intrinsèques toutes spécifiques , dont ses élémens con-

stituans étaient nécessairement privés à cause de leur infériorité.

Il s'agit donc de créer un nouveau genre de capital monétaire qui puisse remplacer à la fois l'argent comptant et les effets publics , et qui , participant ainsi aux propriétés jusqu'à présent exclusives de ses prémisses, puisse se substituer spontanément à celles-ci. Pour satisfaire à ces conditions, supposons de nouveaux billets de circulation émis et garantis par l'État comme monnaie légale, qui, tout en conservant la faculté circulatoire qui distingue ceux d'aujourd'hui , et les rend valables d'après leur cours légal en paiement de l'impôt, aussi bien que pour toute liquidation tant publique que particulière, joignent à ce caractère d'intermédiaire général de la circulation,la propriété particulière aux stocks publics de porter intérêt à un taux fixe , payable à des époques déterminées, et qui dans les transmissions se calculerait jour par jour. Un tel At'/let à rentes réunirait, par conséquent , les deux genres de bénéfice qui, jusqu'à présent , paraissaient inconciliables ; car on aurait beau le gar^ der en placement ou le lancer en spéculation , il serait toujours, et de toutes les manières, profit table.

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La propriéié immédiate et spécifique d'un tel papier serait de ne point permettre au moindre capital de rester un seul instant inactif et improductif , car rintérêt , pendant tout le temps qui s'écoulerait entre l'acceptation du billet et son émission ultérieure , loin d'être perdu pour le possesseur temporaire » comme cela a lieu avec l'argent comptant, s'accroîtrait continuellement, de sorte qu'on gagnerait chaque fois qu'on prendrait un de ces billets en paiement ; car, avant qu'on ne le rende à la circulation , il aurait déjà subi un accroissement de valeur au profit de son détenteur temporaire. Cela produirait une telle extension des affaires à intérêts , que , tandis qu'aujourd'hui on regarde quelquefois comme paradoxes les résultats gigantesques de l'acccH mulation d'intérêts composés , même dans les opérations à long terme , on parviendrait incessamment à la réalisation de ces résultats sur une plus petite échelle , et dans un espace de temps condensé à volonté. Supposons pour expliquer ceci par exemple, qu'un manufacturier , dont le revenu consiste dans la vente de ses marchandises^ reçoive es paiement les billets en question. Ce paiement sera donc le revenu/Tr/m/^i/'de aon/ends; mais ce revenu étant lui-même de nature à por-*

ter iatérèt » le négociant se trouverait imiDédiatemeot eq possesâîon de son capital , et ', au sorpluSy de rintérét de cet intérêt, ce qui lui appor^ terait spontanément le profit de Y intérêt campoië déjà dans le eours de la première année, et ainsi de auite dans des parcelles de temps infiniment peitites , bénéfice qui ne resterait pas limité aux grandes opérations commerciales , mais qui s'étendrait aux transactions journalières les plus minimes.

£n réfléchissant sur la nature de cette opéra- Iriouy nous reeonnaissons que son résultat définitif sera de transformer les revenus, eu cajkitayXy puis* que ces mômes revenus arriveront déjà sous la forme de capitaux productifs , résultat qui augmentera la propriété nationale , non seulement en vaiMm. simple de cette transformation , mais encore en roison composée du produit de cette accumulation de capitaux , qui engendrera nécessairement une aecumulatioii secondaire, et ainsi de suite. Et, quand même on serait porté à coch sidérer mdimàueUemeuè. ce bénéfice d'intérêt immédiat comme minime (ce qui y certes,, n'est pas le cas) ;. eoaaidéré du point de vue ée la ri<okesae sociaie , il sera de la plus hauite impor-tance ^ puisque Pefiet direct de cette institutioa

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sera diamétralement opposé à celui que produit toute espèce de dette nationale, qui, d'après l'expression d'Adam Smith, ne fait que « transformer les capitaux en revenus , les dissipe et les dépense sans aucun espoir de reproduction à venir». Or l'introduction des billets à rentes dans la circulation , deviendrait un puissant levier d'accumulation en organisant, d'une manière normale et spontanée , l'un des nerfs le plus important de tout accroissement des richesses sociales , Vépargne, et cela sans l'intervention d'institutions auxih'aires ; mais par la seule présence et l'usage des nouveaux effets de circulation.

En effet , toute épargne , toute portion de revenu qu'on possède en argent comptant est encore bien loin d'être capital, malgré l'psage qui donne ce nom à toute espèce de somme. Elle n'acquiert ce caractère que par un emploi productif, car le critérium unique de tout capital est de produire lui-même un revenu. Ainsi, pour convertir le fruit de ses épargnes et de son revenu en capital , il faut nécessairement le rendre apte à rapporter quelque chose , sans cela il demeurera toujours une masse de numéraire stérile. Si , au contraire, le revenu qu'on perçoit de son fonds , au lieu d'arriver sous la forme de numé-

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raire stérile nous parvient directement en billets à rentes y il est clair que ce revenu est lui-même spontanément converti en capital et ainsi la simple possession de ces billets équivaut à un versement à la caisse d'Epargne.

Aujourd'hui, pour changer le numéraire qu'on perçoit en capital il faut ou chercher à le placer productivement , ou spéculer avec. Cette nécessité stérilise une masse de valeurs qui, par l'introduction des billets à rentes, seront doués de fécondité ; car, il est toujours fort douteux que chacun puisse employer même une faible partie de son revenu en placement ou spéculation, et , à plus forte' raison , est-il tout-à-fait impossible qu'il y consacre tout le montant de son revenu. Eh bien! les billets à rentes opéreront ce changement immédiatement , et même, pour ainsi dire, à son insu, en le forçant, en quelque sorte, à percevoir un revenu de son revenu jusqu'au moment où il le dépensera. De plus, quand même nous admettrions ce raffinement d'industrialisme et cette fureur de capitalisation chez tout le monde (admission toutà-fait absurde en pratique), encore faudrait-il laisser écouler quelque temps avant que tel . placement et telle spéculation puisse s'effectuer

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OU se renouveler dans le cas d'un changement d'emploi , ce qui présenterait toujours un certain laps de temps où le retenu serait forcé de rester improductif, tandis qu'à l'aide des billets à rentes, ce même revenu, dès l'instantde sa perception , sera, au contraire, forcé de porter intérêt, quand ce ne serait même que pendant un jour, puisque le produit des rentes augmente journellement, etvoiià pourquoi nous disions que le bénéfice de l'intérêt composé serait acquis auK parcelles de temps les plus minimes. C'est ainsi que cette institution favoriserait au plus haut degré l'un des modes cardinaux de l'accroissement des richesses : V épargne.

En résumé , capitalisation immédiate des revenus, jouissances des intérêts escomptés même pour les stagnations les plus provisoires, fonctions de càisêe €f épargne ou banque de prévoyance, qui feront accroître continuellement les valeurs représen^tées avec l'avantage de ne pas les déplacer des mains de leurs possesseurs, enGn accumulation des intérêts composés , tels seraient , à cet égard, les résultats de l'institution des billets à rentes.

Après avoir analysé ainsi les deux classes opposées de capitaux pécuniaires, et stipulé la corn-

binaison de leurs caractères disiinctifs dans les billets à rentes, qui deviendraient en conséquence un moyen terme destiné à se substituer à leur place, pour servir tantôt au placement, tantôt à la spéculation, soumettons maintenant l'agent spécial de la circulation à une pareille analyse pour reconnaître quelles sont à son égard les exigences du progrès.

L'agent spécial de la circulation , c'est le nu^ méraire. Celui qui existe actuellement se divise lui-même en deux classes : le numéraire métallique et la monnaie de papier. La discussion des avantages et des inconvéniens de ces deux genres de monnaie est déjà incontestablement épuisée, les excellentes raisons qu'on a développées de part et d'autre , ' ne laissent plus rien à désirer quant à leurs caractères spéciaux et exclusifs, mais la conclusion synthétique reste encore à tirer. En effet , dès qu'on a suffisamment reconnu des avantages respectifs et des inconvéniens réciproques, il s'agit de combiner les uns et d'échapper aux autres ; au contraire, en se retranchant exclusivement dans leurs opinions respectives, les deux partis sont sûrs de ne jamais terminer la lutte. Pour avoir donc raison de part et d'autre, il s'agit de s'élever simultanément

à une combinaison supérieure , c'est-à-dire de marier intimement dans un nouvel agent de circulation, les caractères substantiels des deux classes opposées. Et quel est le caractère substantieldela monnaie métallique? c'est d'être gageparfait^ et celui de la monnaie de papier ? c'est d'être signe parfait. Il nous faut donc une nouvelle monnaie qui soit en même temps gage eisigne parfait; c'est-à-dire qui réunisse la garantie intrinsèque des espèces à la circulation parfaite du papier.

La condition qu'on exige d'un agent universel de circulation, de porter en soi-même une garantie de valeur réelle, est sans doute incontestable ; mais on se trompe en croyant que la monnaie métallique seule puisse y satisfaire. Pour prouver que cette propriété n'est nullement inféodée d'une manière exclusive aux métaux précieux , remarquons seulement que, lorsqu'on exige, par exemple, un cautionnement, ce sont (abstraction faite des dépôts en nature), les papiers publics portant intérêt , les stocks^ qu'on reçoit le plus volontiers. Et pourquoi? parce que tout ce qui rapporte intérêt est censé être un fonds et qu'en le possédant on est en possession d'une valeur effective dont on a la jouissance. Et cependant cette valeur effective des stocks se ré-

duit souvent à la simple jouissance de la rente» Aussi, est-ce à cette propriété seule qu'ils doivent le litre àe fonds ^ titre qui, sans elle, ne serait qu'illusoire, puisque les fonds publics sont, pour la plupart du temps, des fonds qui n'ont pas le moindre fonds réel , leur capital ayant été anéanti ou n'ayant jamais existé, ce sont des va* leurs souvent fictives et négatives, comme nous le verrons dans le chapitre Yll, soutenues uniquement par rîntérêt qu'elles portent. Eh bien ! si derrière ces fonds sans fonds , il y avait des fonds . véritables, des gages réels, matériels, spécialisés, des hypothèques indubitables enûn (l),si au lieu d'être des valeurs négatives, ces billets à rentes étaientdes valeurs positives, c'est-à-dire des war^ rants unitaires et circulables, analogues à ceux dont nous avons parlé dans le chapitre I" et représentant des hypothèques existantes , n'est-il pas évident que dans ce cas, ces nouveaux effets seraient munis d'une garantie intrinsèque, non seulement par l'effet de la rente qui en con-

(1) Nous exposerons dans le chapitre IV la nature ' de ces hypothèques sur lesquelles TÉtat pourrait émettre les billets à rentes ; pour le moment , il suDBt d'en constater l'existence comme condition essentielle de leur institution.

sidterait Tutilité actuelle, mais aussi par Teffist du gage qui leur serait spécialement affecté. Ils ne seraient pas de simples signes monétaires, mais bien des fonds circulans portant intérêt; ils ne seraient pas des promesses de réalisation, mais des réalités productives. Et malgré cela , ils seraient une monnaie à Tétat le plus parfait selon Ricardo et les économistes anglais, c'esiaL'direidn papier. Chacun d'eux posséderait une hypothèque spéciale , et chacun d'eux serait pourtant le représentant d'une valeur générale. Ce serait par conséquent des garanties représentées et des représentant garantis. Ainsi , tout en réunissant les avantages des capitaux de placement à ceux de circulation , ils réuniraient également les caractères respectifs des deux classes de numéraire : espèces et papier-monnaie.

Leur discrédit serait donc impossible dès que leur hypothèque serait indubitable , le montant de la valeur émise restant toujours au dessous de la valeur vénale de cette hypothèque. Ainsi quand même , à défaut de remboursement immédiat, les billets à rentes se trouveraient réduits au rôle de simple placement , le prix actuel des lettres de gage de Prusse, qui ne rapportent que 3 i/2 p. O/o, ou tout au plus i p. O/o d'intérêt, et qui

sont ordinairement cotées aa pair, èl même au« ddà, suffirait pour prouver que, même dans cette supposition extrême ^ nos billets ne pourraient ni en souffirir eux-mêmes ni porter aucun préju* <lice à la circulation*

Les billets à rentes seraient donc de vrais gages circulables ^ égaux à la monnaie métallique pouir la garantie intrinsèque, et supérieure à celle-ci en raison de leur productivité. Mais ce n'est pas là que git toute la question. La solidité hypothécaire et l'intérêt des billets ne saurait qu'en prévenir le discrédit, qui certes n'est pas admissible en présence d'une foule d'effets bien moins accréditables dont néanmoins les cours tiennent ferme , par conséquent la valeur du billet «nrime placement ne saurait être révoquée endoute. C'est maintenant i^mme ntûyen nof^matde circtiU" iion qu'il importe de légitimer leur émissioii abondante , car si cette émission dépassait réellement le besoin pt*ésumé de la circulation, l'assiette hypothécaire la plus parfaite ne suffirait pas pour soutenir un effet qui en serait repoussé comme superflu; car, la monnaie métallique elle*' même pourrait subir une dépréciation momentanée à la silite d'une émission exagérée^ Eh bien! nous allons voir que, non seulement la circula-

tion supportera ce. nouveau renforl, mais qu'elle en aura un besoin efTeclif. Remarquons d*abord que le seul caractère de placement que posséderaient les billets suivrait déjà pour les mettre à Pabri de toute dépréciation qui ne peut jamais attaquer que des effets stériles ou des effets fictifs. Les billets à rentes ne seront pas stériles, comme le numéraire, puisqu'ils porteront intérêt, ils ne seront pas non plus fictifs étant des titres de gages spéciaux et réels ; par conséquent ils pourront (en admettant même les données les plus fâcheuses), lutter avec toute espèce d'effets publics*. Ainsi admettons pour un moment qu'il y ait abondance de capitaux sur la place et que la circulation soit suffisamment pourvue; dans ce cas les billets conserveraient provisoirement leur rôle de placement, prêts à rentrer immédiatement en circulation dès que la rareté d'argent , qui pour la plupart du temps se manifeste à certaines époques fixes, se ferait sentir. Par consé-

quent, sous ce point de vue unique, l'existence des billets serait déjà un bienfait positif pour la circulation , en lui constituant pour ainsi dire une assurance contre le manque de capitaux dis ponibles, sans l'obstruer nullement, tant que ceux-ci pourraient être superflus. Les billets à

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rentes ne seraient alors, il est vrai, que des effets de portefeuille, mais des effets réalisables immédiatement par le seul fait delà transmission, sans être obligés de chercher à se convertir coûte que coûte en argent, puisque leur cours légal les rendrait aptes à tout paiement, —effets déportefeuille universels et garantis par la masse solidaire des richesses nationales, circonstance qui, tout en gratifiant l'individu de la faculté de mobiliser immédiatement son portefeuille, n'en ga< rantit pas moins l'acceptant contre tout danger, puisque cet effet n'est nullement assujéti aux chances individuelles de celui qui l'émet. Nos billets seraient donc alors (toujours dans la supposition admise que la circulation ne les revendique pas complètement), des subsides tout disposés à accourir au moindre besoin de celle-ci, mais qui resteraient en repos tant qu'elle ne les appellerait pas ; car, en présence de capitaux abondans , le taux de l'intérêt baisse, et alors la rente des billets suffirait comme placement ; au contraire, dès qu'il y aurait rareté, le taux de l'intérêt haussant , le détenteur du billet trouverait plus de profit à l'émettre en circulation. C'est donc ainsi que la circulation se trouverait elle-même régularisée spontanénpent et naturellement, dès

qu'on l'aurait douée de ce régulateur, el c'est ainsi que la présence seule des billets à rentes paralyserait déjà dans son principe cette cause de variabilité du taux de l'intérêt. C'est ce que nous allons développer plus spécialement tout à l'heure. Ain» 9 désormais la somme des valeurs monétaires en circulation effective ne serait jamais stable , mais elle se réglerait sur le besoin de ceUe«-ci. C'est là ce qui constituera leur garantie contre toute dépréciation provenant de la disproportion de la masse de ces nouvelles valeurs mooétaifres avec la valeur des échanges et des liquir dations; et c'est là ce qui prouve quela circulation n'en sera jamais obstruée quand même la somme d'émission semblait dépasser le besoin des transactions; car, de même que la dépréciation de la monnaie métallique est réellement impossible quand même la ma3se de cette monnaie serait augmentée au-delà des besoins de la circulation , puisque dans le cas qu'elle tombât mo* mentanément au dessous de sa valeur intrinsèque, à h suited'une tellemuUîplicatioa, elleirait immédiatementse fondreen lingots, cequi ferait remonter sonprixau ni veaude la valeur de la matiérepre^ mière; de sorte qiie la valeur absolue des lingots serait toujours le minimum de la valeur de la

modnaie^ — de même la déprécia tian des billets à rentes est >iBpoasil>le en raison de la faculté qu'ils ont de reutrep en portefeuille comme place- Bttent, jusqu'au degré d'équilibre nécessaire, de manière qoe leur état de placement en portefeuille formerait toujours le minimum de leur valeuf circulatoire. Cet élat de placement serait donc, pour les billets à rentes, un refuge contre ks crises de la circulation , comme l'état de iingoi en est un à l'égard de la «monnaie nétaik'que, avec la différence de supériorité que présente la nature productive et perfectionnée de Tnn , sur la nature brute et stérile de l'antre. De cette manière tes billets à rentes se mettant d^ eux-mêmes ait niveau» des besoin», non seulement le tans de tiniérêt , mais aussi la $omme des valeurs requbes psfr la circuktion se trouverait spontanément négularisée; et ainsi, au lieu d'une disproportion continueUe entre la demande et l'office de' capitaux, c'esl^-dire aut lien d'une intermittence de disette et de surabondance d'ar<* gent, il régnerait désormais sur k' place un équilibre permanent, bien qu'essentiellement variable. Or> il n'y a qu'une telle variabitité qui puisse équilibrer un besoin, dépendant de causes, et de circonstances si différentes.

Mais ce n'est pas tout , et il nous sera facile de démontrer que non seulement la circulation supportera ces nouveaux effets en guise de subsides et d'auxiliaires, comme nous venons de l'exposer , mais qu'elle en aura effectivement besoin d'une manière perpétuelle et normale, pour les substituer à tous les agens imparfaits et élémentaires dont elle se sert maintenant, et qu'ainsi le roulement de ces billets ne sera pas seulement une possibilité, mais une actualité. Et c'est ici le lieu d'attaquer d'abord une erreur qui , appuyée sur une observation j uste quant au fait , mais mal comprise quant au principe , de ce qui se passe en Angleterre , est déjà devenue presque un préjugé : c'est de croire que plus la circulation augmente et se perfectionne , moins on a besoin de numéraire. Ceci est complètement vrai pour ce qui est du numéraire actuel , dont on a reconnu tous les inconvéniens respectifs et dont on cherche à se passer autant que possible , même en se soumettant à des procédés circonscrits et gênans ; mais c'est complètement faux à l'égard d'un numéraire d'un ordre supérieur qui saurait suppléer à tous ces inconvéniens et présenter au surplus de nouveaux avantages. Aussi ne nous y méprenons pas , malgré l'exiguité de la

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masse de numéraire proprement dit, qui circule en Angleterre , ce pays possède une masse générale de moyens de circulation bien plus considérable qu'on ne le suppose. Ce n'est donc pas seulement du numérairequ'ilfauttenircompteenappré^ ciant l'étatdela circulation^ mais bien de la totalité des intermédiaires de celle-cî. Or, tous ces moyens de circulation, tels que les transferts, les liquidatiens directes, les comptes courans, les substitutions de crédit, les bank-cheeks; enfin les lettres de change et toute espèce de traite, etc., etc., ne sont en général que des procédés inventés, ou pour se soutraireàtouslesinconvéniens du numéraire, ou pour suppléer à son impuissance , mais qui n'en sont pas moins des opérations relativement élémentaires et imparfaites, étant plus ou moins directes, circonscrites, personnelles ou locales. Bien que supérieurs sous cet tains rapports au simple numéraire, ces moyens lui sont inférieurs sous d'autres, et ainsi considérés en eux-mêmes ^ ils laissent encore beaucoup à désirer.

Or , quelle est la cause principale qui porte à écarter autant que possible le numéraire de la circulation et à y suppléer par des voies de liquidations dont souvent le seul mérite est d'en diminuer l'usage et le besoin? Cette cause, c'est la

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Stérilité même du numéraire. En effet, parmi lous les articles qui composent l'avoir d'un bilan, il n'y a que les encaisses qui ne produisent rien. Aussi cherche*t-on à diminuer autant que possible cette réserve stérile, qu'on souffrecomme une nécessité , mais qu'on élude par tous les moyens imaginables. Eh bien ! rendez cet artide égal^ ment productif, et alors vous donnerez à la circulation son essor naturel; les résultais nuaaériques des liquidations resteront identiques, et s'effectueront comme dans les viremens actuels paf le calcul d£s intérêts, maïs ces liquidations seront facilitées^ multipliées et. idéalisées ; car Tinter* vention des billets à rentes dispensera de procéder directement à ces liquidations^ en ClearinghauM, elc. , tout comme l'intervention de la monnaie dispense de procéder à des échanges en nature, etc. L'ofBcedes billets à rentes envers le numéraire sera par conséquent analogue à roflSce du numéraire envers les denrées premières , et de même que la monnaie représente en circulation la valeur des denrées , de même la rente re* présentera en circulation la valeur de la monnaie; par conséquent, de même que l'intervention de la monnaie a multiplié les échangea et augmenté par oontre-çoup le besoin de ce moyen de circu-

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lation» de même rintervention des billets à rentes multipliera les relations monétaires et provoq^u^ra une extension de besoin de ce nouvel agent.

Au surplus , de même que l'interveotion de la monnaie a été trouvée indispensable pour idéaliser , et par conséquent pour perfectionner les relations également directes et limitées de l'échaage des produits^ de même rintei?v^»tion des billets à rentes sera reconnue nécessaire pour la liquidation, indirecte et normale des paiemens dont le capital ou fonds se trouvera lui-même iéiMUé , et représenté uniquement par une tomtm relative de rmie$ perpétuelles attachées aux billets* Ainsi^ un manufaeturterqui vendrait pour 1,000 francs de produits,, recevrait par Tiatermédiaire des billets en paiement une rente de 36 1/2 francs (d) pour laquelle il pourra seprocurev à son tour des produits de 1,000 francs de vnl^urs^ e( cela, sf^ns^ôlre ^treint à des relations directes.de liquidation avec tous les co-intéressés à k circulation , et sans que pour cela il n'y ait de déplacé q^'uiie SfOinme de rente annuelle de 36 lyss francs* U se trouvera donc avoir livré ses

(t) En supposant, comme nous Tindiquerons au chapitre lY, riotérét des billets au taux de 3,65 p. 0/0. .

produits contre un crédit de compte courant et d'intérêts, sans être néanmoins en relations de comptes courans avec qui que ce soit , mais en portant tout simplement sa colonne de crédit ( c'esl-à-dîre son billet à rentes ) , dans son portefeuille, tandis que la colonne de débit correspondante se trouvera à la charge du possesseur du fonds servant d'hypothèque à l'émission du billet. Ainsi remarquons déjà celte coïncidence, sur laquelle nous reviendrons dans le ch. VI, que moyennant l'intervention des billets à rentes, toutes les transactions , bien qu'elles s'effectuent au comp^ /fl«r(c' est à-dire à l'aide des billets) , n'en seront pas moins faites à crédit , puisque la monnaie de papier que touchera le vendeur , ne sera en dernière analyse qu'un actif de compte courant universel, ouvert au trésor (car l'organisation normale du crédit et de la circulation implique nécessairement , comme nous le verrons dans le troisième chapitre , l'intervention centrale du gouvernement) un actif, dis-je, dont il percevra l'intérêt comme les porteurs d'inscriptions sur l'état. Par conséquent, la transmission d'un billet à rentes sera l'équivalent d'un transfert de crédit, moins toutes les entraves gênantes et les relations directes qu'impliquerait celui-ci, et qui en em-*

pèchent la généralisation , et c'est ainsi que moyennant ce nouvel agent la nation tout entière se trouverait constituée en relations mutuelles de comptes courans et d^ intérêts.

En réfléchissant sur ce résultat, nous y reconnaissons une substitution d'affaires à intérêts , diux affaires de capital, — de différences aux totaux, — enfin de capitaux circulans aux capitaux fixes. Sans empiéter sur les conséquences qui se dévoileront plus facilement dans ta suite , nous voilà donc arrivés à la démonstration de l'extension naturelle de la circulation ; car les capitaux circulans eux-mêmes se trouveraient idéalement fixés en billets, et différenciés en sous-ordre par leurs rentes, cequi renforcerait la circulation en raison du surplus de la fécondité que possède le capital circulant sur le capital fixe, et les affaires à intérêts sur les affaires de fonds.

Que si, en voulant résumer immédiatement cette innovation, Ton prétendait qu'une rente circulante ne saurait devenir l'intermédiaire universel des transactions, vu qu'il n'y a rien de si mobile et de si flottant que la rente , je répondrais que c'est là précisément h raison qui la rendra désormais agent principal de circulation et moyen d'échange le plus stable possible; car cette substi-

totion Hiétne de la rcBte au capital recèle un véritable acheminement vers la stabilité du taux de l'escomple. En effet, quelle est la cau&e principale de sa fluctuation, sauf les influences exceptionnelles qui peuvent toujours plus ou moins subsister (1)? Cette cause de fluctuation, c'est la rareté d'argent aux époques des échéances, et ensuite son improductivité torSqu'il reste oisif. Le taux de rescompte hausse lorsqu'il y a gène et que Tin*^ dustriel est obligé d'aliéner sa signature pour se procurer des moyens de circulation, au contraire le numéraire actuel abonde justement lorsqu'on n'en a pas besoin. Tout le contraire aura lieu i l'aide des nouveaux moyens de circulation qui, se trouvant eux-mêmes régularisés comme nous l'avons exposé plus haut, n'auront besoin ni d'être réalisés pour circuler, ni d'être émis pour fructifier, puisque le crédit servira par lui-même , #

(i ) Il s^agît ici de la fluctuation de l'egcoihpte , et non de la cendance naturelle et pour ainsi dire êétculaite^ à la baisse de rifitérét, provenant de raceumulatîon graduelle des capitaux, tendance qui correspond à son tour à Tamoindrissement progressif et normal de la rente foncière. C'est en raison de cette tendance séculaire que les billets à rentes pourraient avoir à subir dans la suite des temps, un abaissement successif et prévu du taux de leur intérêt.

tantôt de Duméraire et tantôt de plaoemeat. Or, eofnment le taux général de Fintérêt de toute espèce de capitaux disponibles pourrait-il s'élever fort au dessus du taux des billets à rentes, puisque ceux-<îi étant é^lement des capitaux disponibles «(^/îrtffV/z^ ioimédiatement de leur état de placement à la moindre tendance vers la hausse de Tintérét9et feraient ainsi une concurrence insoutenable aux capitauxqui exigeraient un loyer pi usélevé. En revanche, comment ce taux pourrait-il tomber fort au dei9ous de la renie attachée aux billets, puisque leur possession pure et simple en portefeuille en garantirait la perception , et qu'ainsi les billets à rentes rentreraient immédiatement dans leur état de placement à la moindre tendance vers la baisse et jouiraient alors tranquillement de leur 3,65 p. O/o? Par conséquent le taux de l'iixtérêt des billets à rentes serait en môme temps à peu près le minimum ainsi que le maximum de l'intérêt des capitaux disponibles, et certes voilà une faculté régulatrice et modératrice qu'on ne saurait leur contester. Nous voyons donc que cette faculté de mobiliser immédiatement les portofeuiiles,et de se classer égalementà volonté comme rente, atténue au plus haut degré l'inconvénient reproché, et qu'ainsi une renie circulante qu'on

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voudrait attaquer à cause de sa prétendue fluctuabilité, deviendrait elle-môme le remède au mal qu'on lui impute, et se retournerait vers sa cause pour la changer en effet. Au lieu donc de dire : « La rente est essentiellement mobile , ainsi elle ne peut servir de moyen-terme, » disons plutôt :« « Que la rente devienne moyen térme^ et alors elle cessera d'être essentiellement mobile. » (Sauf toujours les perturbations éventuelles et anormales que les capitaux eux-mêmes devraient également subir, sinon à un plus haut degré.)

En un mot, la rente attachée aux billets ne serait en définitif que le taux normal, d'après lequel se trouveraient f/ti/cr^c^^m^/i^ liquidées toutes les relations de comptes courans et d'intérêts qui , comme nous l'avons vu, constitueraient désormais la circulation générale.

Au surplus, cette substitution de la rente au capital n'est que la constatation d'un fait irrécusable. En effet jouissons-nous en dernière analyse des capitaux ou bien des revenus? Evidemment les capitaux ne nous servent que comme moyen pour nous procurer des revenus , et ce ne sont que ceux-ci qui pourvoient défmitiyement à nos besoins. Qu'est-ce qui doit donc nous tenir plus à cœur, de la fixité du ca-

ET DU DÉY£L. DES EFFETS DE CIRCULATION. 8l

pilai ou de celle du revenu? J'irai même plus loin , et je dirai que le capital doit essentiellement être regardé comme idéal ; quanta ce qu'il y a de réel, ûe fixe, de palpable en lui, c'est son produit, son revenu, sdi jouissance. Qu'importe à •un individu qui aurait 36,500 fr. de revenu, de savoir au juste si sa fortune s'élève à un million, ou seulement à 800,000 fr .? L'essentiel pour lui est le chiffre de son revenu (1). Dans la transmission des fonds, la même considération prédomine; car on acquiert un fonds non pour le consommer lui-même, mais pour en consommer h jouissance^ Je crois donc que ce serait faire faire un pas immense à la stabilité du rapport des capitaux que de reconnaître la rente pour principal. Ainsi, au lieu de supposer les capitaux toujours stables et la rente flottante, reportons la fluctuation au capital et stabilisons la rente. Or la rente est émi* nemment apte à servir & étalon de valeur, nous reconnaîtrons même bientôt qu'elle est seule désormais susceptible de le devenir, et ainsi, au lieu de rester un objet spécial de transactions, elle

(1) L*usage a même déjà commencé cette transformation; car, en évaluant la fortune de quelqu un, au lieu d'indiquer le diiffre de celle-ci, on indique celui de ses rentes.

Sa DE L\ NATURE

en devieDdrait ie moyen-terme général; au lieu de rester valeur échangeable^ elle deviendrait valeur échangeante. Tel est le développement progressif que doit subir la monnaie ; car, de même que V^iVgentrepvéseniele prix des choses, de mèmeFintérét représente ie prix de l'argent ; en élevaiit donc la rente au rôle d'intermédiaire général de la circulation, ce serait le prix du prix qui servirait de moyen d'échange; et certes, en réfléchissant sur la nature de cette différenciation, je crois qu'on y reconnaîtra le perfectionnement absolu dont la monnaie est susceptible.

D'ailleurs ne perdons jamais de vue qu'en nous préoccupant surtout de la rente, nous n'éclipsons nullement le capital. Ubre au détenteur du billet de rentrer immédiatement da^is son prix intégral par la transmission du lullet d'après le cours légal garanti par l'État, et voilà précisément un des avantages de cet effet à double face; il est également utile , 4ant pour les opérations capitales que pour les comptes dUniérêts. Mais > de même qu'on pourrait s'élever de la rente au capital intégral^ de même il serait possible de différencier à leur tour les comptes d'intérêts ^ par le seul intérêt des appoints ou différences. Négligeons néantnoins ici ces infiniment petits

de la circulatioii, qui pré^enteraieot peut-étrç quelques difficultés à priori^ ei qui cepeQdant se^ ront aussi faciles à saisir à posieriori que les complications de l'arbiltageou do Tescompte; et oecupona-nous encore des besoins courans de la circulation.

S'il était donc possible de faire un compte exact de toutes les transactionci et liquidations qui ont lieu à faide des modes imparfaits dont nous avons fait mention , c'est alors seulement que nous aurions une idée précise de l'état et des besoins de la circulation, prise ni^éixie dan^ son état actuol. Ajoutons à cela les relatifoiis qui ne peuvent s'effectuer aiyoup4'bui ps^r ces modes à cause de leur infériorité, mai^ qui surgiront à la suite de l'introduction des biljfts à rentes, et alors nous reconnaîtrons qu'en admettant la possibilité de créer un moyen de circulation asseï général pour satisfaire à toutes ces conditions, sa demande ne serait bçrnée que par les limites de ses bases hypothécaires^ Au lieu donc d'avoir recours, d'un côté aux comptes courans et à toute sorte d'effets de commerce pour les liquidations loca* les, et d'un autre aux lettres de change et moyens analogues , pour les liquidations à dis-*' tanoe, la circulation ferait un usage général de

84 I>B L^ NATUlTE

cette lettre de change anonyme et universelle à regard de laquelle la nation entière serait solidaire , en un mot , de cet agent unitaire , indépendant de toute circonstance particulière , et aussi supérieur â toute espèce d'effets particuliers, que la monnaie elle-même l'emporte sur tout autre signe d'échange élémentaire.

D'ailleurs la demande des capitaux circulans ne doit-elle pas suivre la loi générale en pareille circonstance ; par conséquent, le taux normal de l'intérêt, c'est-à-dire le prix des capitaux, se trouvant abaissé par l'institution des billets, leur demande ne doit-elle pas augmenter en proportion, et même bien au-delà? Et que seront les billets à rentes sinon de véritables capitaux tantôt improductifs, tantôt engagés dans la circulation sous une forme moins propice à celle-ci , et métamorphosés par leur entremise en capitaux circulans et portant intérêt?

Allons plus loin. Il existe encore d'autres opérations de crédit , en dehors de celles dont nous avons parlé, qu'on pourrait en toute sûreté qualifier souvent de frauduleuses ou au moins d'aléatoires, et qui surtout en Amérique ont occasioné tant de souffrances; ce sont les signatures de complaisance. Celles-ci pourraient à juste titre

encourir le reproche de déprimer les valeurs , n'élant elles-mêmes que des efTels fictifs ou illusoires; et néanmoins on les tolère , par la raison que dans certains cas leur influence peut vraiment être salutaire, et satisfaire quelquefois à des hemins latens de la circulation , ce qui ne devrait pourtant pas empêcher de reconnaître que ce mode de crédites! radicalement vicieux, et qu'il y en aurait maint autre capable de suppléer à ces avantages sans courir ces risques. Eh bien ! en présence de cette tolérance abusive pourraiton suspecter des effets qui seraient pour ainsi dire ados^s à la réalité la plus indubitable? Pourrait-on douter que des effets représentant des valeurs strictement matérielles seraient pour le moins aussi accréditables ou aussi propices à la circulation que des soi-disant valeurs qui ne représentent rien du tout , dont l'émission n'a de limites que celles de la complaisance , et qui ont déjà amené de si graves perturbations commer-.

ciales? En vérité, ce serait pousser trop loin, l'aveuglement sur les dangers d'un côté, et sur la, sécurité de l'autre.

En réfléchissant enfin sur la nature et la des^ tination des billets à rentes , abstraction faite dQ toutes les raisons et de V>utes les garanties qu^

66 D£ LA NATUUE

nous venons d'exposer, il est impossible qu'ob ne parvienne, d'emblée, à regarder fe question d'encombrement comme une question éminemment oiseuse. En effet, ce n'est pas seulement à cet or et à cet argent improductifs dont l'éclat a déjà tellement pâli , ce n'est pas setilemeût à ûe pa^ pier-monnaie qui n'en a supprimé que la pesanteur tout en conservant sa stérilité, ^nfih ce n'est pas seulement à ces effets de commerce de toute espèce qui sont sujets à tout^ les tbances imaginables en hiison des garanties inâimduetlen dont elles émanent , et qui , avec les billets de banque, ne sont que des élémens de <;i)^culation anarcbt* ques, —c'est au surpltis à ces stocks iltusoireis doi^t te capital qu'ils sotiXcensés représentern'ex'isfeptuêy absorbé qu'il a été par les frais de guei*re , les défidts du budget et autres engloutissemens pareils,— qu'il iippaiiient de céder le pas à ce capital nouveau^ tiuiq^ettieot destiné à règler désorn!iais îmtéi tes relations pécuniaires, parce qu'A représente des valeàrs rédles , pour «insi Aire àrriéréêi et en réserve^ et que, nonobstant cet avantage , il réunit encore tous ceut d^ effets circulans connus jusqu'à présent, en élevant toutes leurs propriétés diverses à %ine combinaison organique et universefle. Oui , et j'insiste rar

celte considération, ce n'est pas seulement le numéraire qui s'éclipsera i/'aft^r^/ devant les biU lets à rentes , ce seront progressivement les effets de bourse. Pour le prouver numériquement, considérons seulement le 3 p. 0/0 eh France qui peut servir de type d'effets publics, son cours n'étant entravé par aucune mesure dépressive. Le 3 p. 0/0 s'est déjà élevé au prix de 80 francs environ, déduction faite des arrérages, et si, comme tout autorise à le supposer, son mouvement ascensionnel continue dans la même proportion, il parviendra sous peu à S2 francs. Eh bien l le tauit de 3,66 p. 0/0 que nous supposons être le taux de nos billets, est exactement identique à celui du 3 p. 0/0 au prix de 82 environ (1), d'où il s'ensuit que cette inscription ne «aurait rivaliser avec les billets à rentes , n'assurant point d'intérêt plus élevé et se trauiiaiit privée des autres avanl»ges dont ceux-d joutronU

Et ainsi de suite progressivement pour les autres papiers publics, à mesure que la circulation se développera et que le taux de l'intérêt bais-

(1) En Angleterre le oours des fonds publics a souvent dépassé ce taux , et c'est ce qui a même lieu presque continuellement depuis 1827.

88 DE LA NATURK

sera (1). 11 faudra même, tant qu'il existera des papiers de bourse en masse, que le taux de rintérèt des billets à rentes soit toujours un tant soit peu au dessous du plus bas des intérêts de ceux-là , et cela en raison des garanties et des propriétés spéciales qui permettront aux billets de rivaliser avec toute espèce de stocks , quand même ceux-ci rapporteraient un intérêt plus élevé-

(1) Certes , il existera toujours des papiers de bourse qui présenteront Tappât d'un intérêt formidable ; mais en pareil cas ce sont toujours les chances de sécurité qui contrebalancent cet attrait, et dès-lors il n*y a plus aucun terme de comparaison possible , puisque ce n*est plus une spéculation , mais un jeu de hasard. La spéculation doit aussi , sans contredit , aborder le hasard , mais c*est pour Vabsorber et non pour s*y soumettre; c'est ce que font par exemple les opérations d'assurances , qui , en changeant l'exception en règle et l'éventualité fortuite en nécessité prévue et calculée , privent pour ainsi dire le hasard lui-même de tout ce qu'il avait de hasardeux ; voilà pourquoi les opérations d'assurances sont si éminemment spéculatives. Il en existe encore bien d'autres où le hasard entre comme élément intégrant et sub~ ordonné au calcul ; mais celles dans lesquelles il est dominant ne sont que des opérations viciées ou élémentaires, appartenant à l'enfance du crédit ou à ses momens critiques.

£X ou DÉVEL. DES EFFETS DE CIRCULATION. 89^

Néanmoins on serait dans l'erreur si Ton vou-^ lait conclure de ce qui précède l'extinction abio-^ lue et définitive dans un temps donné de tout effet de bourse. Au contraire, il est dans la nature de toute combinaison synthétique, de ne jamais exclure complètement ses combinaisons inférieures et intégrantes, mais seulement de les restreindre à leur destination spéciale et limitée. Par conséquent, de même qu'il restera toujours après l'introduction des billets à rentes dans la circulation, une petite partie du numéraire actuellement circulant pour servir aux transactions minimes qui ne pourraient s'effectuer à l'aide des billets à rentes,, dont la valeur nominale ne sau^ rait baisser à l'infini ; de même il restera toujours quelque peu de papiers publics, pour être affectés à des services spéciaux en dehors de la circulation, comme cautionnemens, dotations, dépôts, etc.

En résumé, nous croyons avoir démontré que les besoins de la circulation sont bien plus considérables qu'on ne le suppose, eu égard à là somme du numéraire existant , somme qui diminue de jour en jour à cause de la nature imparfaite de l'agent actuel , bien que là somme des transac^ lions suive un mouvement ascensionnel. 11 en ré«

QO DE LA NATURE ET DU DÉf . DES EFFETS DE CIRGUL.

sulle qu'un effet de circulation unitaire, bien supérieur, tant sous le rapport de la sécurité que sous celui des propriétés particulières, à tous les moyens actuel^^ et pouvant remplacer non seulement le numéraire , les traites et tous lei^ effets de commettre , maïs aussi les stocks qui, malgré leur destination de placement servent souvent aussi d'â^ns de ^circulation , qu'un tel effet, dis-jC) sertit demandé par la circulation bien audelà des proportions qu'on croirait po^itoir lui assigner maintenant.

En const^ant ce résultat , nous en concluons la nécessité d'une exten^on progressive de la BOmme des billets à rentes, extension qui , tou*jours limitée et basée sur des hypothèques indubitables, n^ saurait jamais provoquer une dépréciation soit effective, soit relative des billets, puisque )a destination de ceux-ci n'^st pas de ^'ajouter aux autres moyens de circulation, mais de se wb^tituer à leur place, et de développer de plus en plus les besoins de la circulation, qui ne

sauraient être satisfaits que par les billets à rentes.

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