‹ Du crédit et des banquesChapitre 17 sur 39 · HAP. V. § II. CONSIDÉRATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

HAP. V. § II. CONSIDÉRATIONS DIVERSES

gendre, sans tenir compte du bien qu'il avait fait durant son existence et de ce qu'il laisse encore après lui.

Ne vaudrait-il pas mieux, dit quelque part l'ancien président Jefferson dans ses Mémoires, voir le commerce si florissant des Etats-Unis appuyé sur la base solide du numéraire, que de le voir porté sur les ailes légères et fragiles du papier des banques ? Peut être ; si à cette condition il pouvait prospérer au même degré. Mais si le commerce des Etats-Unis roulait uniquement sur le numéraire, il ne serait pas si florissant. Il ressemblerait beaucoup alors au commerce de l'Espagne, peu sujet, il est vrai, à se troubler accidentellement dans ses allures, mais qui languit toujours. H ne s'agit donc pas de savoir s'il vaut mieux que tel commerce donné roule sur le numéraire que sur le papier ; mais si un commerce florissant, fùt-il sujet à quelques troubles, est préférable à un commerce nul. En d'autres termes, il s'agit de savoir si, pour éviter quelques maux passagers, il faut se plonger dans une misère sans fin.

Au reste, ces crises commerciales, quand elles n'ont réellement pas d'autre cause que l'altération du crédit, quand elles ne sont pas produites par quelque vice profond de l'ordre social, par quelque grande erreur des lois, ne sont jamais que passagères. Le crédit, un moment altéré, ne tarde pas à se remettre. Il reparaît après ces moments d'éclipsé, à moins que le peuple même qui en a joui ne soit assez insensé pour porter une main indiscrète et sacrilège sur les institutions qui l'en ont dolé : il reparaît, et

alors se rouvrent tous les canaux de la richesse ; les perturbations accidentelles dont sa disparition a été la cause sont bientôt oubliées; en moins de rien, on n'en voit plus la trace.

Mais on a honte d'insister sur des vérités si simples. Au fond, toutes les objections que l'on élève contre l'institution des banques ne trouvent une apparence de force que dans cette croyance vulgaire, que le crédit repose sur des fictions. On se dit avec raison que les fictions sont toujours un oreiller trompeur, et qu'il y a danger à s'endormir sur elles. On s'en défie comme d'une perfide amorce, et l'on considère les crises commerciales comme de justes retours des illusions dont on s'était flatté. On se dit que des voies fictives ne peuvent conduire qu'à des richesses fictives et mensongères comme elles, et la crise qui survient n'apparaît plus que comme le coup de théâtre qui dissipe une illusion. Voilà ce qui donne de l'autorité et du crédit aux objections frivoles que je viens de rapporter : mais dès l'instant qu'il est entendu, et je crois l'avoir prouvé, qu'il n'y a dans l'usage du crédit ni fiction, ni mensonge; que tout cela se réduit à un emploi mieux ordonné et plus actif des capitaux réels que l'industrie possède, à un emploi mieux ordonné et plus actif du travail et de l'intelligence des hommes, enfin à une production plus large et plus féconde de richesses très-réelles et très -palpables, toutes ces objections s'évanouissent comme des fantômes sans consistance et sans réalité.

CUAP. V. — § 11. CONSIDÉRATIONS DIVERSES. 175

Je suis bien aise de dire, au surplus, qu'en tout ceci j'ai fait aux préjugés des adversaires des banques de larges concessions. Non, il n'est pas vrai que le nombre et l'intensité des crises commerciales soient en raison du développement des institutions de crédit ; loin de là : ils sont presque toujours, au contraire, en raison des restrictions dont on les entoure et de la rigueur arbitraire des lois qu'on leur impose. C'est ce qui ressortira tout à l'heure clairement, je l'espère, du tableau comparatif de la marche des opérations des banques en France, en Angleterre, en Ecosse et aux Etats-Unis. Mais il faut d'abord indiquer rapidement les règles auxquelles ces établissements doivent être assujettis. On en comprendra mieux ensuite les conséquences fâcheuses que les moindres déviations entraînent .

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