‹ Du crédit et des banquesChapitre 23 sur 39 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

lie» banques en France.

Jetons maintenant un coup d'œil sur la situation des banques en France, telle qu'elle était avant la dernière révolution.

Deux principes également funestes ont prévalu en France depuis le commencement de l'Empire; le premier, que nul établissement de banque ne peut émettre des billets au porteur et à vue, c'est-à-dire, faire le commerce de banque en grand , sans avoir obtenu une autorisation spéciale du gouvernement ; le second, que chacun des établissements autorisés jouit, dans le lieu où il opère, d'un privilège exclusif.

C'était assez peut-être do l'adoption de ces deux principes pour condamner la France à une éternelle infériorité. Sous un pareil régime, il était impossible que le crédit y prît jamais un large essor: par conséquent le commerce, dont le crédit est l'àme, ne pouvait pas aspirer non plus à des destinées bien

hautes. On conçoit cependant que si le gouvernement avait usé avec une certaine libéralité de la faculté exorbitante qu'il s'était réservée, on aurait pu voir, après quelques années , les banques répandues sur toute la surface du territoire, chaque ville de quelque importance possédant la sienne. Il serait toujours résulté de l'isolement de ces institutions, et du privilège exclusif dont chacune aurait joui dans sa localité, les graves inconvénients que j'ai signalés tout à l'heure, c'est-à-dire, des engorgements de numéraire et des crises périodiques : peut-être même qu'en raison du nombre des banques, ces crises seraient devenues plus graves, surtout si l'on avait fixé d'une manière irrévocable le chiffre de leur capital. Malgré cela, tels sont les avantages qui découlent de l'existence de ces institutions, que, dans ces conditions mêmes, leur multiplication eût été pour la France un grand bienfait. C'est surtout en parlant de ces institutions privilégiées que j'ai dit plus haut (ch. V, § II), que les perturbations commerciales dont elles sont trop souvent la source, ne font encore perdre à un pays qu'une partie des avantages dont elles l'avaient doté.

Malheureusement, le gouvernement français a usé de son pouvoir discrétionnaire avec une parcimonie rare. Avant la dernière révolution, il n'existait encore que neuf étabhssements de banque dans nos départements ; non compris, il est vrai, quelques comptoirs fondés assez récemment par l'établissement central. Di* banques pour toute la France !

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