LE TEMPLE EN RUINES
Le Monde n'est plus solitaire, Ni les êtres emprisonnés Dans l'éloignement de la Terre:
Ailleurs d'autres êtres sont nés.
D'autres êtres vivent et meurent Dans les mondes qu'on ne voit pas; D'autres, que nos rêves effleurent Quand ils remontent d'ici-bas.
Leur vie et leur intelligence N'atteignent pas encor nos yeux, Car notre mesquine science Refuse la pensée aux cieux.
Elle a ses bornes définies, Qui ne dépassent pas la Mort Ni les terrestres harmonies, Où se limite son effort.
Son aspiration innée Veut tout l'Infini pour envol, Mais elle reste condamnée A tout ce qui la tient au sol.
28 nu CRÉPtrscuLR aux aubes
Les morts parlent toujours en elle Dans la crainte ou dans la terreur, Et l'atavisme se rebelle Contre un vide fai^ êclaïreur.
L'homme veut que le pas^é brise Les dieux qu'il a multipliés Et l'ancienne croyance apprise Dans les mystères oubliés.
En cette atmosphère pesante.
L'âme même est un corps trop lourd Pour que sa vie agonisante Monte jusqu'aux clartés du jour.
Elle s'interdit jusqu'au Rêve:
Mais le Rêve est un découvreur Dont jamais la tâche n'achève De purger le Vrai de l'Erreur.
Laisse crier la clameur vaine:
Elle s'épuise sans retour, Et son emprise surhumaine Echoue à son premier détour.
LE TKMl'LE EN RUINES 29
Demande-toi pourquoi tu penses, Pourquoi ton cœur devine un but, Pourquoi les fortes espérances Grandissent le paysan brut.
Pendant que tu cherches et pleures Dans le doute et l'obscurité, Entends les voix intérieures Qui te parlent d'Eternité!