‹ Du crépuscule aux aubesChapitre 5 sur 9 · LA SURVIVANCE · texte numérisé non relu

LA SURVIVANCE

Espères-tu que ta poussière Dorme, un jour, son dernier sommeil Sous l'écrasement de la terre, Sans perspective de réveil?

Comme le naufragé qui sombre Dans une tempête, à jamais, Crois-tu que l'âme entre dans l'ombre Sans un Peut-Etre et sans un Mais?

Crois-tu que le Mal et le Crime Aient le même sort que le Bien, Et qu'un même silence imprime Sur tous les morts le même " Rien "?

Crois-tu que toute vie achève Avec le corps inanimé Et qu'aucune affre ne s'élève De l'être au cercueil enfermé?

Crois-tu que le frêle squelette Soit le suprême et dernier but Où l'Intelligence complète L'effort des jours au bref comput?

Alors, que la Bonté se taise,

Si sa voix peut te secourir;

Que l'Espérance qui t'apaise

Te laisse, comme un chien, mourir!

Que le frère attaque le frère, Au lieu de lui tendre la main; Que chaque fils dans sa colère Chasse l'aïeul sur le chemin!

Il n'est plus besoin de Justice.

Chaque homme fait sa propre Loi, Avec le tombeau pour complice De tous les attentats du Moi.

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Il n'est plus besoin de prière, Et la souffrance qui g 'mit Sait que le Dieu qu'elle vénère Avant son heure s'endormit.

La naïveté surannée

Xe met plus au front de l'enfant

L'auréole prédestinée

Qui contre le mal le dé-'enl! . . .

Mais s'il existe une autre vie A laquelle, même sans foi, La réflexion te convie Quand le coeur est en désarroi,

Une autre vie où Dieu dispense San équitable jugement Aux hontes de la violence Comme au candide dévoûment;

Vautre-toi dans toutes les joies, Entoure-toi de tous les bruits, L'âme recouvrera ses voies Quand tes liens seront détruits;

Elle franchira la frontière Qui l'éloigné de l'inconnu.

Et découvrira la lumière Dans l'ombre où ton œil est tenu;

Elle sortira de ta geôle Et reviendra vers le ciel bleu Comme une aiguille vers le pôle Et tout être vers son milieu.

Crois, si tu veux que l'on t'ônoiite.

Lève la tête, si tu veux Que la croyance qui te coûta Aille à sa source ultime, aux cieux!

Aime, si tu veux que l'on t'aime.

Et que la pitié dans ton cœur Brise l'indifférence abstème Pour suivre son élan vainqueur!

Chante, pour que dans l'harmonie De toutes les choses du sol, Ton allégresse rajeunie Eclate virile et sans dol!

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