‹ Du dandysme et de Georges BrummellChapitre 2 sur 7 · J.-A. BARBEY D'AUREVILLY · texte numérisé non relu

J.-A. BARBEY D'AUREVILLY

Paris, 29 septembre 1861.

EE 7 as 84 A è A Et LL rer

À PEN a TANT C M AS

S'4 Pet FER 2%

RECU Le CR 2 ré * AE PTE PEL ME

MC NRTONT TT on rs Me È CHEN ie KOsE ARLON 410 ÉRAAEL ARE aan LATE +18 RS AU V REPOS d'| 5j} cpu ést ARMES Le 4 AUOT PPT MU. M ITR AE PO tt POTAPA (4 ee HART EE lotte hrs ab

; , rAAST A > Lo ; TRE du xt 170 Det RE EE MO tar | al 2x) Œ mn } À *i We Y Y 4 Le ‘ É ï Fe or y * ” ‘ *=; “ à PAL Se #4 EUR one CR] < RAC CARE à g Î F5 / 4 ua Ê 4 mes î N ef dd ti Re 1 À) = , .

gerercrese PRÉFACE 2ReRRrRRCAR

"EST à peine une seconde édition * que ce livre. Tiré à quelques exemplaires.

il fut donné, il y a plusieurs années, de la main à la main, à quelques personnes, et cette espèce de publicité intime et mystérieuse lui porta bonheur, La grande, qu'on ose aujourd'hui, lui sera-t-elle aussi favorable ?.. Le bruit, cette chose légère, est comme les femmes : il vient quand on a l'air de le fuir. Dans ce diable de monde, peut-être que le meilleur moyen de se faire du succès serait d'organiser des indiscrétions.

Mais l’auteur n'avaitpastant de profondeur quand il publia cette babiole. Alors il se préoccupait assez peu de choses et de bruit littéraires. Ah! bien oui! Il avait d’autres toilettes à faire que celles de sa pensée, et d’autres soucis que d’être lu! Les soucis de ce temps-là, du reste, il s'en moque très-bien

* Plus correcte que la première, publiée en 1845, à Caen, par l’amitié de Trébutien et tout aussi introuvable qu’elle aujourd’hui, elle ne diffère de la troisième, jointe aux MEMORANDA dans leS ŒUVRES COM- PLÈTES, que par quelques ponctuations, peu de mots ajoutés, retranchés ou changés et par l’absence d’une note ; il nous a paru curieux d’en reproduire absolument le texte. Le lecteur qu’elles intéresseront trouvera les variantes à la page 95 de ce volume [N. D.E.)

VI Préface.

aujourd'hui, car voilà la vie ! N'’est-elle pas toute dans cet échange, qui recommence toujours, d'un souci contre une moquerie ?.….

L'auteur du Dandysme et de Georges Brummell n'était pas un Dandy (et la lecture de ce livre montrera suffisamment pourquoi), mais il était à cette époque de la jeunesse qui faisait dire à lord Byron, avec sa mélancolique ironie: &« Quand j'étais un beau aux cheveux bouclés... » ; et à ce moment-là, la gloire elle-même ne pèserait pas une de ces boucles ! Il écrivit donc, sans prétention d'auteur, — il en avait d'autres, soyez tranquille ! le diable n'y perdait rien, — ce tout petit livre, uniquement pour se faire plaisir à lui-même et aux trente personnes, ces amis inconnus, dont on n’est pas très-sûr, et qu'on ne peut guère, sans fatuité, se vanter d’avoir à Paris. Comme il n'en manquait pas (de Jfatuité), il crut les avoir, et de fait il les eut. Qu'on lui permette de le dire, car ilest devenu modeste, il eut sa trentaine de lecteurs pour sa trentaine d'exemplaires. Ce ne fut pas le Combat, mais la sympathie des Trente !

Si le livre en question avait été sur quelque grande chose ou sur quelque grand homme, pas de doute qu'il n'eût sombré net, avec ses

Préface. VIL

quelques exemplaires, dans ce silence de l’inattention qui est dû et toujours payé à ce qui est grand par ce qui est petit; mais il était sur un homme frivole et qui avait passé pour le type le plus accompli de la frivolité élégante, dans une société difficile. Or tout le monde, dans le monde, se croit ou veut être élégant... Ceux même qui y ont renoncé veulent au moins s'y connaître, et voilà pourquoi il fut lu. Des sots, que je ne nommerai pas, se vantèrent de l'avoir compris. Moi, j'affirme à mon éditeur qu'ils l'achèteront. Fatuité de partout! La fatuité, qui à fait le premier succès, fera le second à cette choselle sur la première page de laquelle on a été tenté d'écrire cette impertinence : « D'un fat, par un fat, à des fats »:; car tout fait glace aux fats, et ceci est un miroir pour eux. Beaucoup viendront se regarder làdedans et y peigner leur moustache, les uns pour sy reconnaître, et les autres pour sy faire... Brumimells !

Il est vrai que ce sera inutile. On ne se fait pas Brummell. On l’est ou on ne l'est pas.

Souverain futile d'un monde futile, Brummell a son droit divin et sa raison d’être comme les autres rois. Seulement, puisqu'on a fait

VIII Préface.

croire, dans ces derniers temps, à ces badauds de peuples qu ils étaient souverains, pourquoi les populaces de salon n'auraient-elles pas leurs illusions, comme les populaces de la.

NEPAL

Et d'autant que ce petit livre les en guérira. Elles y verront que Brummell était une indipidualité des plus rares, qui s'était donné uniquement la peine de naître, mais à qui, pour se développer, il fallait encore l’avantage d'une société très-aristocratiquement compliquée. Elles y verront ce qu'il faut de choses. qu'elles n'ont pas, pour être Brummell! L'auteur du Dandysme «a essayé de faire le compte de ces choses : riens tout puissants par lesquels on ne gouverne pas que des femmes ; mais il savait bien, en le faisant, que ce n'était pas un livre de conseil que son livre, et que les Machiavels de l'élégance seraient encore plus niais que les Machiavels de la politique. qui le sont déjà tant ! Il savait enfin qu'il n'y avait là qu'un morcelet d'histoire, un fragment archéologique, bon à mettre, comme une curiosité, sur la toilette d’or des fats de l'avenir, — s'ils.en ont ; car le Progrès, qui est en train, avec son économie politique et sa division

Préface. IX

territoriale, de faire de la race humaine une race de pouilleux, ne détruira pas les fats, mais pourrait bien supprimer leurs toilettes à la d'Orsay, — comme inégalitaires ef scandaleuses.

Dans tous les cas, voici le livre, tel qu'il a été écrit. On n'en a rien modifié, rien effacé. On y a seulement piqué, çà et là, une ou deux notes. La gravité de son temps, qui l'a fait souvent rire, n'a pas assez atteint l’auteur du Dandysme pour qu'il regarde ce petit livre, léger de ton peut-être (il le voudrait bien, il n'est pas dégoûté!), comme une fredaine de sa Jeunesse, et pour s'en excuser aujourd'hui. Par exemple! non! Il serait même bien capable, si on le poussait, de soutenir aux plus hauts encornés parmi messieurs les Graves que son livre est aussi sérieux que tout autre livre d'histoire. En effet, que voiton 1ct, à la clarté de cette bluette ?... L'homme et sa vanité, le raffinement social et des influences très-réelles, quoique incompréhensibles à la raison toute seule, cette grande sotte, mais d'autant plus attirantes qu'elles sont plus difficiles à comprendre et à pénétrer. Or, quoi de plus grave que tout cela, même au point de vue supérieur de ceux-là

X Préface.

qui sont le plus détachés et détournés du monde, de ses pompes et de ses œuvres, et qui en ont le plus méprisé le néant ?.. Interrogez-les ! Est-ce qu'à leurs yeux toutes les vanités ne se valent pas, quelque nom qu'elles portent et quelque simagrée qu'elles fassent? Si le Dandysme avait existé de son temps, Pascal, qui fut un Dandy comme on peut l'être en France, aurait donc pu en écrire l'histoire avant d'entrer à Port-Royal : Pascal, l'homme au carrosse à six chevaux ! Et Rancé, un autre tigre d’austérité, avant de s'enfoncer dans les jungles de sa Trappe, nous aurait peut-être traduit le capitaine Jesse * au lieu de nous traduire Anacréon ; car Rancé fut un Dandy aussi, — un Dandy prêtre, ce qui est plus fort qu'un Dandÿ mathématicien, et voyez l'influence du Dandysme! Dom Gervaise, un religieux grave, qui a écrit la vie de Rancé, nous a laissé une description charmante de ses délicieux costumes, comme s'il avait voulu nous donner le mérite d'une tentation à laquelle on résiste, en nous donnant l'envie atroce de les porter !

* C’est l’avant-dernier historien de Brummell.

Préface. XI

Ce qui ne veut pas dire, du reste, que l’auteur présent du Dandysme se croie d'aucune manière Pascal ou Rancé. Il n'a jamais été el ne sera jamais janséniste, et il n’est pas trappiste..……. encore !

Page 1