‹ Du DanemarkChapitre 16 sur 46 · AM1,ET · texte numérisé non relu

AM1,ET

N'est-ce donc pas le roi?...

.Soiilev.Tiit. la tapisseiic.

Poloniiis! Ah! je suis bien maudit! Celle qui portera le poids de ma folie Sera donc toi toujours, Opliélie, Ophélie ! Pardonne-moi ce meurtre, ô Seigneur, ô mon Dieu ! Et toi, pauvre indiscret, fou téméraire, adieu ! Je t'ai pris pour plus grand que toi...

Voilà PoloniLis mort ; c'est Hamlet qui l'a tué. C'est en croyant remplir un devoir pieux qu'il a fait couler un sang innocent et qui lui était cher. Sa haine contre le roi n'en devient que plus vive, et son besoin de vengeance plus impérieux. Voyez-le ; il erre, le fer au poing, d'un bout à l'autre du palais, il est partout, dans tous les corridors, dans tous les sombres passages, ne laissant pas le plus petit espace inexploré. Enfin, tout là-bas, au fond, il rencontre son homme. Courage, Hamlet, le moment est enfin venu. Mais que vois-je? C'est dans un oratoire. Claudius, accablé sous le poids de ses remords, est allé se réfugier dans ce sanctuaire ; il est à genoux, les mains jointes, les yeux fixés au ciel, il s'adresse à Dieu, il prie.

OAMLET (allant frapper et s'airctaiit loiii .i cniip] .

Il irait droit au ciel ! et je le récompense

Au lieu de le punir...

Non, non, rentre au fourreau, mon épéc, et, tous deux,

Attendons, pour frapper un coup moins hasardeux.

Oh! qu'Hamlet prenne garde! Claudms a des soupçons; il le redoute, et, pour se défaire de lui, il ne reculera pas devant un nouveau crime. Encore une fois ,

142 UL' UANKMAHK.

qu'HaniIot soit moins scrupuleux, s'il ne veut pas périr de la main qui a déjà tranché les jours de son père !

N'est-ce pas par cette porte que vient d'entrer le jeune Laërte, à qui le désespoir, causé par la mort de Polonius, a fait perdre l'esprit ? 11 est pareil à l'Océan courroucé que la tempête fait sortir de son lit. Tout cède, tout fuit sur son passage. Comme la douleur de ce jeune homme est terrible et touchante î Quelle exquise sensibilité ! Eh bien ! ô faiblesse de l'homme ! Le perfide Claudius , exploitant à son profit le plus noble des sentiments, l'amour filial, trouvera le moyen défaire d'un désespéré un criminel. Il armera son bras d'un fer homicide, et ce malheureux, en croyant venger un père, n'immolera qu'une victime de plus à l'ambition, aux remords, aux méfiances du roi.

Un assaut d'armes s'organise ; il aura lieu devant toute la cour, en présence du roi et de la reine. Hamlet est trop loyal pour être méfiant. On lui donnera un fleuret émoussé, tandis que celui de Laërte sera effilé et empoisonné. Hamlet, frappé, tombera, sans que l'on sache pourquoi, aux pieds de son adversaire.

Nous voici dans la salle des fêles. Elle servit sans doute de théâtre à ce funeste amusement qui se termina par une terrible boucherie. Les deux adversaires sont en face l'un de l'autre, le fer au poing. Les paris sont engagés; les juges d'armes sont à leur poste. La cour entière a pris place sur les bancs qui lui étaient réservés.

hV. ROI (inpILTiil 1.1 iti.Mii <rn.inilcl «l.iiis (fl|p df I„iiTlo).

Vcni'z. llanilct, venez, cl prenez cotU'. niiiin.

HAMLKT (à l.atit.').

Paidonnez-moi, monsieur, l'offense faite à l'homme ;

J'en demande pardon, Laërte, au gentilhomme.

Vous savez; ma raison souffre cruellement,

Et ce n'était pas moi, mais cet égarement,

Plus ennemi d'HamIel que de Laërte môme,

Qui blessait votre honneur, bon compagnon que j'aime.

Aussi je vous demande excuse, devant tous ,

Et ne serais pas plus innocent, voyez-vous.

Si, lançant au hasard des traits, pour me distraire,

Par-dessus quelque mur, j'avais blessé mon frère.

LE ROI

Les flacons? si mon fils touche son adversaire Dans les trois premiers coups, faites, pour le fêter, Tirer tous les canons, et je prétends jeter Dans ma coupe, en buvant, la perle la plus belle Dont un roi puisse orner sa couronne nouvelle ; Et clairons au palais, canons sur les remparts. Echos au ciel, que tout dise de toutes parts : Le roi boit à son fils! — La reine vous regarde. Allez, Messieurs.

IIAMLET.

Laërte, en garde !

LAKRTE.

Hamlet, en garde!

IIAMLET.

Touché.

LAEUTE.

Non.

HAMLET (^"i nsMsiani»),

Décidez.

144 DU DANEMAUK.

GLILDENSTEKN.

Touché certainement.

F.infaifs et canons.

LAERTE

Allons, recommençons.

LE ROI

Cher Hamlet, un moment !

Je boisa loi.

Il Ijoil, puis jelle la perle dans la conpi-

Voici ta perle. Qu'on lui passe La coupe.

HAMLET

Non, je veux achever cette passe.

Mettez la coupe là. Touché I qu'en dites-vous?

LAERTE

Oui, touché, j'en conviens.

LE ROI

La fortune est pour nous.

Fanfares et canons.

LA REINE .desceiulanl <lii lidiie el prenant la coupe onipoisonnét-J,

Hamlet ! la mère boit à ton succès.

IIAMLET.

Madame, Trop bonne !

LF. ROI.

Ne bois pas, (iertrude, sur ton âme !

(iERTRUDE.

Quoi ! je ne boirais pas à mon tils, par hasard 1 Pourquoi?

UNE COURSE A ELSENRUR. 145

LE ROI

C'est le poison ! Dieu juste! il est trop tard.

Le combat recommence ; Hamlet lie le fleuret de son adversaire, le fait sauter de la main , le ramasse, le garde et présente courtoisement le sien à Laërte, qui ne peut le refuser. Laërte est touché encore ; il tombe en même temps que la reine.

GriLDENSTERN (courant à Laèrie).

Son sang coule.

HAMLET (courant à la reinel.

Oh ! ma mère ! Il faut la secourir !

Page 1