‹ Du DanemarkChapitre 28 sur 46 · QUESTION DES DUCHÉS · texte numérisé non relu

QUESTION DES DUCHÉS

contraire que tarir la source de querelles incessantes et interminables. Pierre III, qui partageait tous les ressentiments de son père, meurt avant d'avoir pu accomplir ses projets de vengeance, et Catherine II , qui, en toutes choses, pensait différemment de lui, abandonne, en échange du duché d'Oldenbourg, tout ce que son fils Paul possédait dans le Holstein et tout ce que ses ancêtres avaient possédé dans le Slesvig jusqu'en 1721. Le traité, conclu en 1767, fut ratifié en 1773 à la majorité du czar Paul. Nous voici tout à fait dans la situation de 1460. Christian VII, comme Christian P'", règne sur le Slesvig et le Holstein, et les morcellements ne sont plus à craindre, puisqu'ils sont interdits par la loi . L'ère des guerres civiles est enfin passée ; l'harmonie existe entre le Danemark et les Duchés , et de plus entre les diverses parties des Duchés, obligés jusqu'à ce jour de se mêler aux querelles de leurs maîtres. Jusque dans la première période de ce siècle, chacun de ces pays conserva sa nationalité. Le Holstein était allemand, le Slesvig était danois. Personne n'avait songé à contester cette vérité écrite à chaque page de leur histoire. La fameuse union de HGO , qui était toute politique, n'avait rien changé à l'état physique et matériel des choses. En effet , quelques années avant cet événement, Éric de Poméranie, s'étant pris de querelle avec le souverain du Holstein et du Slesvig , qui était son vassal, soumit le litige à l'enrjjereur qui rendit su sentence pour ce qui regardait le Holstein, se déclarant incompétent quant au Slesvig qui était, d'après lui , terre danoise. Trois cent et tant d'années après, pendant le ministère du comte Bernstorf, une question d'étiquette fut tranchée , celle de savoir le rang que

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Christian VII occuperait à la diète comme duc de Holstein, et il ne fut pas question de lui comme duc de Sles\ig. Enfin, de nos jours, en 1823, l'assemblée de Francfort , répondant à une pétition de l'ordre équestre et de celui des prélats du Slesvig qui, d'après l'acte de 1460, réclamaient sa protection, déclara qu'elle n'avait rien à faire dans leurs démêlés avec le Danemark, attendu que le Slesvig ne faisait pas partie de la Confédération. C'était très-sage de sa part-, car il est évident que cette fameuse union de 1460, invoquée aujourd'hui avec lant de persévérance par l'Allemagne, lui est plutôt contraire que favorable. En effet, Christian n'ayant pu, dans cette circonstance, agir comme prince allemand, puisque la Diète n'a pas été consultée, a agi en prince danois, et, si quelque changement est survenu à la suite de cet acte, c'est le Holstein qui a été danisé plutôt que le Slesvig germanisé.

A côté de ces preuves fournies par l'histoire, d'autres viennent se grouper non moins raisonnables, non moins décisives. Le nom même de Slesvig est danois. Le code danois est en vigueur dans le pays. On y trouve des fermes héréditaires, système de possession embrouillé et particulier au Danemark. Néanmoins, il est incontestable que le Slesvig ne participait pas à l'élection des rois, comme le Jutland, et ne paraissait pas aux États. Mais cela ne prouve pas qu'il soit Allemand ; cela prouve seulement que, sous les descendants d'Abel, il a rompu peu à peu ses liens féodaux, et que plus tard Christian I*''", au lieu de le réincorporer purement et simplement dans la monarchie, lui laissa des privilèges qui le tinrent écarté du faisceau Scandinave et en firent une province exceptionnelle et privilégiée. C'est cette complaisance qui sert

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aujourd'hui de prétexte aux visées ambitieuses de l'Allemagne.

C'est la Russie qui, en faisant naître, dans un but dé propagande, le panslavisme dans les provinces slaves soumises à la Porte , à la Prusse et à TAulriche , engendra le pangermanisme, qui n'avait d'abord pour but que de lui faire pièce et d'agiter les anciennes provinces polonaises qu'elle possède au bord de la Baltique et où domine la langue allemande. Les adeptes de ce nouveau système rejetèrent les limites fixées autrefois au Saint Empire et déclarèrent que tout pays oii l'on parlerait allemand serait terre allemande.

Le Danemark, à qui le coup s'adressait, comme à tant d'autres, crut le parer en essayant de fondre ensemble les habitants de la monarchie et ceux des Duchés qui avaient une origine commune. Des mesures modérées, prises pour arriver à ce résultat, telles que l'obligation de publier les lois dans les deux langues et la nécessité de connaître le danois pour obtenir un emploi dans les Duchés, produisirent peu d'effet et souvent même passèrent inaperçues. L'agitation ne se déclara que plus tard, après le contre-coup de la révolution de 1830. U.we Lornsen , un Frison, se mit alors à la tête du mouvement. Il ne tarda pas à être pris et exilé. Cependant la semence qu'il avait répandue était tombée en bonne terre; elle avait germé, et, quatre ans plus tard, elle couvrait tout le pays. Cette seconde partie, qui est celle de l'agitation armée, remplira le chapitre suivant.

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