‹ Du Danemark: impressions de voyage, aperçus historiques et considérationsChapitre 20 sur 42 · CHRISTIAN VU · texte numérisé non relu

CHRISTIAN VU

lait comme d'une époque certaine , du moment où il pourrait répandre sur l'humanité tous les bienfaits qu'il avait en vue. Rantzaw^ homme de cour^ qui avait découvert chez son docteur toutes les qualités et même tous les défauts qui font réussir, avait usé du crédit qui lui restait pour le mettre sur le chemin qui conduisait alors à toutes les fortunes. Son principal but était de placer un espion auprès de Holck qu'il délestait , qu'il enviait et dont il songeait déjà à ruiner le crédit.

Le voyage du roi avait toute l'importance d'un événement politique. De Danemark on alla en Hollande. A des gens habitués à vivre à Copenhague, ville de plaisirs, habitée par une puissante aristocratie, quels charmeà pouvait offrir Amsterdam , ville froide et rangée , où des bourgeois enrichis gouvernaient et donnaient le ton? Pour le chef de la monarctiie la plus absolue de l'Europe et pour ses fervents adeptes, quel intérêt pouvait avoir ce petit pays, dernier refuge de la tolérance religieuse, et ce petit peuple actif, persévérant, héroïque^ qui, après avoir arraché à l'Océan et conquis sur l'Espagne les plaines qu'il habitait, avait su, tout en récompensant le fondateur de son indépendance, respecter les droits sacrés du peuple, et, par un prodige d'habileté, fonder un gouvernement où la liberté s'alliait à merveille avec l'autorité? Que serait devenue cette monstrueuse Loi Royale comparée à ces sages institutions ? Il ne fallait laisser venir à personne l'idée de la comparaison; pour cela, après quelques fêtes semiof&cielles et quelques visites aux mauvais lieux les plus renommés, on s'empressa de se rendre en Angleterre.

En Belgique et en Hollande Christian avait voyagé

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80U6 le uom de comte TraTendalh. En Angleterre, à cause des liens de famille avec la maison régnante , il fut obligé de paraître dans toute la pompe et avec la majesté du rang suprême. Ce n'était pas du goût de Christian , honmie simple et blasé sur les démonstrations populaires. Il fallut cependant se résigner et subir ces ennuis. A Cantorbéry, où des préparatifs immenses avaient été faits pour le recevoir, il dit avec enjouement au comte de Bernstorf : a Le dernier roi de Danemark « qui entra à Cantorbéry mit la ville en cendres et cr massacra les habitants. Plaise à Dieu que ces braves « gens se le rappelbnt et me laissent passer trsmquil- • lement dans leur vénérable cité. » Le vœu du roi ne fut pas exaucé ; il entra dans la ville archiépiscopale au bruit du canon, au son des fanfares, aux hurrahs de la multitude, et sous des arcs de triomphe élevés en son honneur. Nobility, clergymen, gentry, jusqu'aux corporations d'ouvriers, tout fut admis dans le palais auprès de Sa Majesté danoise et eut l'honneur de baiser sa royale main. Cependant tout se passa le mieux du monde, avec ordre et célérité. Bernstorf n'avait laissé ignorer à per* sonne que son maître était ennemi du faste et des longs discours. A Ijondres, la réception fut autrement pompeuse. Il faut parcourir les gazettes du temps pour se faire une idée des fêtes, des bals , des concerts , des spectacles , des mascarades , des revues militaires ou nautiques, des parties de plaisir, des promenades sur terre et en mer, enfin de tous les divertissements qui furent donnés pour plaire au roi et pour lui faire honneur. Des médailles furent frappées à son nom. Il fut fait boui^eois de Londres et admis dans la corporation des orfèvres.

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Quelques réflexions justes , quelques bous mots , quelques reparties fines (on demanda si peu à un souverain !) maintinrent la réputation qui Tavait précédé, de roi philosophe, aimable et lettré. Cependant il ne ca-» chait pas plus son aversion pour les affaires et pour la politique que son goût excessif pour les filles d'Albion. Les excès où il se plongeait n'avaient d'autre résultat que de surexciter sa passion pour les femmes, qui aug'« mentait à mesure que ses forces diminuaient* Il n'allait pas seulement sous le costume du gentilhomme dans les boudoirs élégants des courtisanes qui habitent Saint- James, mais sous la vareuse de l'ouvrier et sous la jaquette du matelot dans ces bouges que l'on trouve en masse dans les obscures ruelles de Wapping , ou dans les caves infectes de Saint-Gilles.

En France , où rien ne l'empêchait de se soustraire au joug de l'étiquette, Christian VII voyagea sous le nom de comte d'Oldenbourg. Le duc d'Orléans fut son introducteur dans le monde élégant et voluptueux de Paris. Il fut fêté chez le duc de Duras et chez le duc de Choiseul; à Versailles, pendant le dîner, l'on eut la délicate attention de lui montrer, peint sur une toile, son beau palais Christiansborg, et à Chantilly une chasse aux flambeaux lui fut donnée dans la forêt illuminée.

Cependant toutes ces fêtes et tous ces plaisirs ne pouvaient distraire Christian, ni chasser l'ennui qui rongeait son cœur. Voyant qu'il en était pour ses peines et pour son argent, il donna brusquement l'ordre du départ, trop brusquement pour ne pas éveiller l'esprit sarcastique des Parisiens. On alla directement de Strasbourg à Altona. L'Allemagne , que l'on devait visiter avec soin, comme la France et l'Angleterre, fut par-

courue dans le plus strict incognito et avec une grande vitesse. Parti de Paris le 8 décembre 1768, le roi Chris* tian entrait, le 14 janvier 1769, dans sa bonne ville de Copenhague. Le retour n'avait duré qu'un mois et six jours ; c'était merveilleux pour l'époque. Le roi avait à côté de lui dans sa voiture d'apparat la reine Caroline- Mathilde. 11 fut reçu avec les marques bruyantes de la joie la plus vive, et la plus grande partie de ces hurrahs enthousiastes était adressée à cette belle jeune femme dont tout le monde avait admiré la bonne tenue et la sagesse pendant la longue absence de son époux.

ÉLÉVATION DE STROENSÉB. 5»

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