‹ Du danger d'habiter trop tôt des maisons nouvellement bâtiesChapitre 7 sur 10 · DEUXIÈME HOTE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME HOTE

Cette note peut être regardée comme tin appendice de ma 4 E observation , p. 5g. Elle est relative aux précautions à prendre d& la part des personnes qu'on envoie à la campagne pour rétablir leur santé.

J'ai cité, dans ma 4 e observation , l'exemple de deux guérisons opérées spontanément par le seul déplacement des malades , et en les faisant passer de la ville à la campagne. Je ne dois pas taire que ce moyen n'a pas toujours un égal succès, et que des

personnes sont revenues plus malades Je la campagne qu'elles ne l'étaient avant d'avoir quitté la ville. Rendons raison de ces chances.

Ces chances diverses peuvent être rapportées à deux causes , <pji sont :

i° L'état des malades;

2® Les précautions à prendre pour que le séjour de la campagne soit profitable.

Il est certain que, si un malade est atteint d'une maladie mortelle , le séjour de la campagne ne'le guérira pas : il doit périr.

Il est également certain qu'un malade guérissable cou rt la cba net

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de ne pas guérir, si , tout étant à la campagne, il néglige certaines précautions, indispensables pour pouvoir se rétablir. Or, c'est précisément ce qui arrive dans beaucoup de cas, et ce que je veux combattre ici.

Les conseils que les médecins donnent en cette circonstance sont presquetoujours subordonnés, dans l'exécution, à des considérations frivoles de tous les genres, dont la plupart sont déplacées et devraient être mises décote quand il s'agit de la vie. Un malade ordinairement ne quitte pas la ville seul ; il faut qu'il emmène avec lui tout l'attirail de ses habitudes.

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urbaines, ses prétentions et jusqu'à ses ridicules ; en un mot , on veut vivre à la campagne comme on vivait à la ville. Si c'est une dame , pour peu qu'elle soit du bon ton, elle ne peut partir sans que la voilure destinée à la transporter ne soit encombrée de malles, de cassettes de toutes grandeurs, et de cartons. C'est l'ombre qui suit le corps ; j'en demande pardon aux dames , je ne veux point les contrarier ; je prends seulement la liberté do leur représenfer, dans l'intérêt de leurs personnes , qu'on empire son élat en se conduisant, ainsi , parce que tout cet attirail d'objets

destinés à la toilette , fait nécessairement rentrer clans le servage île la mode et des obligations de la société, et que cet esclavage ne s'accorde point avec l'entière liberté dont les malades doivent jouir pour se conduire d'après les conseils du médecin , et convenablement à leur position. Il suilit bien, dans ce cas, d'avoir à s'occuper du nécessaire , sans avoir encore à songer à l'inutile. Bref, pour guérir il faut vivre simplement et sans tant de façon.

La première chose et la plus importante est sans contredit le choix du lieu où l'on doit faire sa demeure. Il doit jouir d'un air pur

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et doux ; être éloigné des rivières, des étangs et des grands bois , à l'abri des vents froids et violeus ; avoir des promenades variées et agréables. Les environs de Paris , dans beaucoup d'endroits , réunissent ces conditions et offrent aux malades un séjour aussi sain que délicieux. Mais des raisons de convenances particulières , et l'habitude des plaisirs factices, fout mépriser les avantages offerts si libéralement parla nature. On ne veut pas d'une campagne isolée et privée de sociétés; autant vaudrait s'eiilerrer viF. On préfère donc des endroits fréquentés ; et pour se satisfaire on va chercher

la santé dans des lieux où l'on, trouverait plus sûrement la maladie si loin-Lait bien portant. Voila ce que j'ai observé maintes fois.

Ainsi, par exemple, j'ai vu nombre de personnes malados ou convalescentes aller chercher la sanlé dans les bas de Sèvres et de Saint- Cloudj ce qui est très-mal choisir, d'après ce que j'ai dit : ces bas sont constamment froids et humides , à raison de la rivière et des coteaux boisés dans lesquels ils sont étroitement enclavés. Il faut convenir cependant qu'on y trouve de la société, des promenades spacieuses , et tout ce qui est nécessaire à la vie, sans COmp-

1er la facilité et le bon marché du transport des personnes , ce qui est sous tous les rapports agréable et commode. Mais je ne perds point de vue mon objet ; il ne s'agit pas ici d'uoe partie de plaisir ou d'un séjour de pur agrément à la campagne. C'est la santé qu'il s'agit de rétablir ; c'est la vie qu'il faut conserver. Or, il n'y a rien dans toute cette conduite qui aille au but qu'on se propose : par la plus étrange des contradictions, en désirant la santé on se comporte de manière à la compromettre irrémédiablement. C'est ainsi , par exemple , que j'ai vu des femmes délicates et malades, au lieu d'à--

voir des vêtemens chauds et simples , la tête convenablement couverte , les pieds chaussés de manière à ne pas ressentit- l'humidité de la terre , se parer de robes élégantes , de chapeaux ornes de fleurs ou de plumes , chausser des souliers d'étoffe dont la semelle n'avait point d'épaisseur ; et , dans cet accoutrement de bal , bien plus que de malade ou de convalescent, se promener sur l'herbe et ta terre encore mouillées;, ou le soir au déclîb du jour s'exposer à l'humidité dfc fair, assises snr des chaises dans une avenue fréquentée par le beau monde.

Qu'elles reviennent ensuite à Pa-

ris , et qu'elles disent : La campagne ne m'a pas réussi , cela se croit facilement j mais méritent-elles autre chose?

C'est de même , je veux dire non sans une compassion douloureuse, que j'ai vu dans ces mêmes lieux des enfans chétils ou malades ajustés avec un goût exquis, et tout semblables à des poupées de modistes , conduits par des bonnes et quelquefois par leurs mères. Qu'à quelque temps de là , une de ces mères perde son enfant chéri , qu'elle se lamente, qu'elle soit inconsolable de sa perle, et qu'elle lui fasse faire tio monument sépulcral ; qu'une épi—

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taphe, gravée sur l'une des faces, exprime ses gémissemens et sa douleur ; qu'elle dépose -sur sa tombe des couronnes d'immortelles ; qu'elle l'entoure de vases remplis de fleurs ; qu'elle l'ombrage de cyprès ; qu'elle lui voue un culte : voilà la fin ; on a vu le commencement.

Quoi ! vont s'écrier des personnes dont je ne suis point compris , vous insultez à la douleur d'une mère par des railleries cruellement déplacées ! Loin de moi cette pensée ! je respecte la douleur; je partage, par besoin et par habitude, l'infortune des autres quand elle vient d'un mal-

heur non mérité; quand, de même que la foudre , elle vient jeter la désolation et la consternation au sein d'une famille. Mais, en cette rencontre , à quels si grands égards suis-je donG tenu envers la douleur! Ou ne dois-je pas, au nom de l'enfance même, m'élever avec force contre une mère qui , dans 1 égarement de sa vanité, se glorifie et fait ses délices de ce qui, plus tard , doit faire son désespoir; contre une mère qui , de sa propre main , tue l'enfant qu'elle adore, et pleure ensuite sa victime?

Ce discours est dur , mais il est dicté par le sentiment d'une vé-*

ritable tendresse. Qui enseignera aux enfans des leçons que les pères et mères méprisent? Et qui peut mieux redresser ces derniers que de leur montrer les suites de leur conduite , dans le tableau fidèle des malheurs qûi peuvent fondre sur eux à l'improviste et convertir des jours de joie et d'allégresse en jours de deuil et de tristesse ?•

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