‹ Du danger d'habiter trop tôt des maisons nouvellement bâtiesChapitre 6 sur 10 · PREMIÈRE NOTE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE NOTE

Ume personne à laquelle j'ai communiqué mon manuscrit m'a fait l'observation , que j'aurais à dos les propriétaires des maisons neuves ; mais que , par compensation , j'aurais pour moi les propriétaires des maisons anciennes y qui sont les plus nombreux. Cette personne ne connaissait pas les hommes, ou plutôt le temps présent. Le siècle de l'avarice est aussi celui de ï'égoïsme ; ceux' dont mon écrit favoriserait les intérêts jouiraient paisiblement et sans mot dire , tandis que ceux

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qui se croiraient lésés élèveraient la voix, et s'agiteraient de tontes les manières. Il n'y aurait Jonc ni balance en ma laveur, ni même compensation. Mais je n'ai point fait ce calcul , l'idée ne m'en est jamais venu à l'esprit. Une pensée généreuse exclut ce genre de prudence.

Si mes représentations pouvaient jouir d'assez de crédit pour laisser momentanément les maisons neuves inhabitées, je rie porterais pas préjudice à ceux qui en ont la propriété; je n'ai pas dit qu'il ne fallait pas habiter les maisons neuves, mais seulement qu'on les habitait trop tût. En.

parlant ainsi-}- je n'ai fait que rappeler ce qui a été dit cent et cent fois avant moi , et ce qui est dans la bouche des médecins expérimentes et de toutes les personnes prudentes dont je ne suis que l'écho. Les propriétaires doivent se rappeler que l'exemption d'impôt foncier, qui est accordée pendant deux ans, trois ans depuis peu , à ceux qui bâtissent , n'est point une prime d'encouragement, mais un dédommagement des non-valeurs oecasionées de tout temps , le nôtre excepté, par l'inoccupation des maisons neuves les premières années. Les maisons étant louées avant d'è tre bâties , comme

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cela se pratique en ce moment, les propriétaires n'ont plus droit à l'exemption de l'impôt foncier ; je dirai plus , c'est que, toute prévention injuste mise de côté , l'exemption de l'impôt foncier, dans ce cas, est tout à la fois un abus et nne injustice : un abus, parce que l'indemnité est de trop où il n'y a pas. lésion ou dommage ; injustice , parce qu'un dégrèvement non dû, accordé aux uns, devient une surcharge pour le* autres.

J'ai dit que l'exemption de.

l'impôt foncier n'est point une prime accordée à ceux qui bâtissent. Un exemple mémorable sut-

fit pour prouver qu'elle ne peut être telle dans aucun cas. S'il fut jamais un moyen d'encourager à bâtir , ce fut celui que Napoléon employa pour voir s'élever sous ses yeux les bâtimens de la rue de Rivoli. Par un décret solennel , il accorda trente années d'exemption d'impôt foncier à tous ceux qui bâtiraient sur ce terrain. Eh bien ! malgré cette énorme prime d'encouragement , les terrains de la rue de Rivoli restèrent nus.

Depuis on a profité du bénéfice du décret ; mais d'autres, qui ne jouissaient pas du même avantage, avaient commencé , les premiers , par donner le branle ,

en construisant clans différens quartiers.

La principale raison de la prospérité des entreprises de bâtiment , tient à ce que, depuis dix ans, la population de Paris s'est accrue, et quelle s'accroît journellement : elle tient à l'augmentation des loyers, qui a été une spéculation à part dont les propriétaires des maisons profitent. Elle tient encore à d'autres causes dont je ne suis pas en état de parler. Mais , lorsqu'il y aura un certain nombre d'écriteauxpendantaux portes des maisons dans tous les quartiers , on cessera de bâtir, et alors tous les encauragemens qu'on pourrait

donner auraient le sort de celui de Napoléon.

En définitive c'est que, pour le moment, les capitalistes et les entrepreneurs trouvent leur compte à bâtir ; il n'y a rien de plus. *

* A côté de la question d'argent dont je viens de parler incidemment , il en est une autre de morale et d'humanité, dans laquelle il s'agirait d'examiner jusqu'à quel point sont licites les spéculations du jour sur les maisons : s'il était démontré surtout que les avantages exorbitans qu'offrent iinjourd'liui ces mûmes spéculations dépendent en grande partie d'un abus qui compromet an moins, pour le présent, la santé et l'existence d'un grand nombre de personnes de toutes les classes ; mais je laisse a d'autres l'examen de celle question.

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