ÉTUDE ANATOMIQUE
Nous n'avons pas l'intention de décrire l'anatomie complète de l'extrémité inférieure du tibia et de son articulation avec le péroné et le pied. Nous voulons seulement envisager les points de développement et l'anatomie descriptive de cette extrémité qui présentent de l'intérêt pour notre sujet.
Le tibia se développe par un point diaphysaire apparaissant du quarante au quarante-cinquième jour de la vie intra-utérine, et des points épiphysaires au nombre de deux, un pour l'extrémité supérieure, un pour l’extrémité inférieure.
L’épiphyse inférieure du tibia se développe par un noyau osseux apparaissant vers le huitième mois au milieu de la portion horizontale de l'extrémité cartilagineuse. Durant la deuxième année, une grande partie de l’épiphyse s’ossifie; des noyaux osseux apparaissent dans la malléole ets'unissentrapidement avec le noyau principal. Beclard a vu et décrit un centre spécial d’ossification pour la malléole interne, mais ce doit être excessivement rare. Le noyaux osseux de l’épiphyse inférieure du tibia se complète ainsi et n’est plus séparé de la diaphyse que par une lame de car-
tilage de plus en plus mince, à mesure que l'enfant avance en âge. Vers la quatorzième ou la quinzième année, l’épiphyse inférieure est complètementossifiée. Sa surface supérieure présente un aspect particulier. On y voit quatre arêtes proéminentes séparées par quatre dépressions. Ces quatre saillies rayonnent à la façon d’une étoile, d'un point concave situé au centre de la surface à chaque angle de l’épiphyse. Ces saillies et ces enfoncements correspondent à des saillies et des enfoncements de la diaphyse. Il résulte de cette description que la diaphyse pénètre jusqu'à un certain point l'épiphyse et que la hauteur de celle-ci est plus grande en certains points. Cette disposition particulière contribue à consolider l'union de la diaphyse et de l’épiphyse.
Voilà pourquoi il est difficile d'indiquer la hauteur exacte de l’épiphyse, car elle varie suivant les points considérés. Elle peut être évaluée, vers 14 ou 15ans, à environ un centimètre pour la portion hofizontale de l’épiphyse. Au niveau de la malléole, cette hauteur atteint ou dépasse 2 centimètres. Ces mensurations sont importantes à cause des rapports de l’épiphyse avec l’appareil ligamenteux inséré sur le tibia. Nous devons envisager ici deux articulations différentes, celle du tibia avec le tarse, celle du tibia et du péroné.
Pour la première, il y a peu à dire. En effet, tous les ligaments internes de la tibio-tarsienne s’attachent sur la malléole, par conséquent sur l’épiphyse: c'est d'abord le ligament superficiel deltoïdien fixé sur la pointeet les bords antérieur et postérieur de la
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malléole tibiale, et allant rejoindre de là la petite apophyse du calcaneum, le ligament glenoïdien de la tête astragalienne et enfin le scaphoïde. Puis c’est le ligament profond tibio-astragalien postérieur, épais et résistant, mais très court, car il s'étend de la face profonde de la malléole à la face interne de l’astragale. Le ligament tibio-astragalicn antérieur est très faible et mérite à peine d’être cité.
Au contraire, dans l'articulation du tibia et du péroné, lesligaments s’insèrent surtout sur la diaphyse et accesssoirement sur l’épiphyse. En effet, les ligaments antérieur et postérieur, s’ils commencent au niveau de l'interligne tibio-tarsien sur l’épiphyse, remontent à plus de deux centimètres au-dessus de cetinterligne, par conséquent sur la diaphyse; et, en raison de leur obliquité, ils se fixent plus haut encore sur le tibia que sur le péroné, en pleine diaphyse. Ils ferment, en avant et en arrière, la cavité articulaire entre le tibia et le péroné, et, au-dessus de celle-ci, s'attache le très puissant ligament interosseux qui remplit tout l'intervalle compris entre les surfaces en regard des deux os, il est très résistant et ne se fixe qu’à la diaphyse.
Nous pouvons conclure de cette disposition que les mouvements forcés du pied, spécialement le mouvement d’abduction avec rotation externe, se transmettent par les ligaments internes à l’épiphyse tibiale et nous pouvons comprendre, dès maintenant, qu’un traumatisme violent puisse décoller cette épiphyse. Mais, comme l'union du tibia et du péroné est fort solide, tant au niveau de la diaphyse que de l’épiphyse,
A nous comprendrons aussi que le traumatisme puisse, soit arracher les deux épiphyses, soit amener la divulsion de l’épiphyse tibiale et la fracture du péroné en dehors des ligaments, ou encore le décollement du périoste de la face externe du tibia avec arrachement osseux plus ou moins considérable. On ne saurait refuser aux ligaments péronéo tibiaux inférieurs le rôle essentiel dans la production de cette complication du décollement de l’épiphyse inférieure du tibia. Nous n'avons pas parlé des autres ligaments des articulations du cou-de-pied, soit parce qu’ils ne sont pas en rapport avec l’épiphyse du tibia, soit parce qu’ils sont trop faibles.
Nous terminons ce chapitre d'anatomie en ajoutant que la structure de l’épiphyse tibiale montre que le tissu spongieux est un peu plus dense que dans la diaphyse, les aréoles sont plus petites, la direction des alvéoles osseuses est de haut en bas. Cette épiphyse, moins fertile que la supérieure, se soude de meilleure heure que celle-ci, vers dix-huit ans. Passé vingt ans, on peut admettre qu'il n’y a que des fractures de l'extrémité inférieure de l'os.