CHAPITRE III
ÉTIOLOGIE
Fréquence. — Une table de fréquence exacte des décollements épiphysaires serait très difficile à établir.
En effet, beaucoup de décollements épiphysaires échappent à l'observation ou sont pris pour des fractures et traités comme tels.
Si nous nous basons sur le tableau de statistique suivant, relevé par Curtillet et portant 311 cas de décollements épiphysaires :
Guérètin Champmas Coligoon Manquat Bruns
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ne do Nous voyons que, d’après leur fréquence, les décol-
lements épiphysaires peuvent se classer dans l’ordre suivant :
1° Extrémité inférieure du radius..... PRÉ RERTE SE 74 cas. 2 — SHPOMeUTE NÉ EE enat ie een. 64 — 3° — SUPÉMEUTERTEMIQUMENUS Me 58 — 4° — SUDÉ MERE É TUE EE Er 33 — 52 — LC HEUORTOMADUMENUS EP CT TEE 26 — 6° — intérieures du tibiahe ne uns deu dt 18 — 5 — SUPÉMEUDEIAUMLIDIAER ee ee ee A1 — 8° — IDIÉDEULERAUMDÉL ONE en ee 6 —
Le décollement épiphysaire de l'extrémité inférieure du tibia est un des moins fréquents, et nous pouvons dire que c’est une lésion relativement rare.
Age. — Presque tous les auteurs s'accordent pour dire que la divulsion épiphysaire peut s’observer pendant toute la période de développement du squelette, c'est-à-dire depuis et même avant la naissance jusqu’à l’époque de la soudure des différentes épiphyses avec la diaphyse correspondante. Voici ce que dit Joüon à ce sujet (Contribution à l'étude des décollements épiphysaires des os longs, Revue d'orthopédie. 1902) : .« Nous commençons par éliminer les cas rapportés de décollements intra-utérins et les faits de décollement au moment de la naissance; nous éliminons, en un mot, les cas de décollements, obstétricaux, et voici pourquoi :
« Tout d’abord, les cas que l’on a rapporté de décollements épiphysaires chez les fœtus #4 utero sont tous des cas anciens extrêmement douteux; il y a du reste longtemps que Gueretin les a mis de côté se ralliant, dit-il, à l’opinion de M. Dugas (Manuel d'obstétrique,
= À6 = p. 860, 2° édition) : « Nous n’avons eu d'exemples que chez des enfants morts et putréfiés » ; en un mot les décollements épiphysaires intra-utérins sont des décollements pathologiques.
« En second lieu, pour les décollements épiphysaires observés à la naissance, mêmes doutes, mêmes critiques ; ce sont tous des faits anciens, rapportés avec peu de précision, ou concernant des enfants malades ; ils ont été observés pour la plupart à la suite des manœuvres de la version podalique ; or de nos jours, la version est beaucoup mieux pratiquée qu’elle ne l'était autrefois ; anciennement la version était très brutale et ce que l’on obtenait était vraisemblablement des fractures et non des vrais décollements épiphysaires.
«ÆEnfin expérimentalement, il est difficile de produire les décollements chez le nouveau-né; il suffit du reste de connaître l’anatomie normale des extrémités osseuses de l'enfant à la naissance et peu après la naissance, pour comprendre que le décollement épiphysaire vrai est très difficile, pour ainsi dire impossible.
« À partir dela naissance jusqu’à l’époque de la soudure des diverses épiphyses, on peut observer des décollements épiphysaires.
«Ainsidetter dit, dans un travail récent, qu’à la clinique de Bruns, on à vu et opéré un décollement pur de l’épiphyse supérieure de l’humérus chez une femme de vingt-quatre ans ; ces faits récents font justice de l'opinion de Malgaigne qui dit qu’il ne connaissait pas de décollements après l’âge de quinze ans, et cependant, dès 1837, Roux avait déjà cité des cas observés à l’âge de dix-huit ans. »
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D'une façon générale et en nous appuyant sur l'autorité de Poland en la matière nous pouvonsdire que les décollements épiphysaires sont moins fréquents dans la première enfance qu'après l’âge de dix ou douze ans: ce que Poland explique très simplement par ce fait exact qu'à partir de cet âge les enfants moins surveillés sont par là même plus exposés aux accidents.
L'état anatomique de l’épiphyse contribue aussi pour une part à cette plus grande fréquence des décollements après dix ans. En effet, tant que l’épiphyse est en majorité constituée par du cartilage, les violences extérieures ont peu d'action sur elle, le cartilage qui n’a pas la résistance du tissu osseux étant susceptible de se fléchir jusqu’à un certain degré. Au contraire, lorsque l’épiphyse est complètement ossifiée et n’est séparée de la diaphyse que par une mince couche de cartilage, nous nous retrouvons dans les conditions anatomiques présentées par un os adulte avec cette différence qu'il y a un minimum de résistance au point de jonction épiphysaire. Or la plupart des épiphyses sont ossifiées entre neuf et onze ans.
Poland à pu réunir quarante-six cas de décollements de l'extrémité inférieure du tibia.
Onze de ces cas ont pu être vérifiés par l'examen direct; voici l’âge auquel se sont produit sept de ces cas: DS SATA Mines: 19 ans — — 18: —
ee 1 —
es ie fetes = 13
Onze décollements compliqués ont été aussi recueillis qui se sont produits respectivement :
ID PAR NT ce RL TE 15 ans Déni A Ne me 14 — QUATERPRE OREET R 13 — ET AR SUOR er LA ER A1 — A BOT ES an Ti 10 —
Sur seize décollements simples, onze se sont produits entre onze et dix-sept ans, à savoir :
Lineds sr METRE 17 ans Dé A re 16 — .
CN Ar Er 14 — 9 mois. DURE CESR RE 14 — UE pan ed nes 13 — CD AT CORSA RE 12 — FOIS AE MA ATORRRENRE 11 —
UN SR PE RE ne 10 ans [UD TT Dre .. 6 — 1/2 LE An a RSC 6 — DUR A nee Eee D —
Cet auteur anglais a pu déterminer l’âge auquel s'était produit le traumatisme dans quatre cas d'arrêt de croissance consécutifs à un décollement sur huit cas qu’il avait recueillis. Voici les dates :
Deux s'étaient produits à... 10 ans Un — à... 9 — Un — à... 8 —
Aïnsi Poland indique l’âge auquel s’est fait le trau-
el matisme dans 38 cas sur 46 qu'il a recueillis: tous sé sont produits entre neuf et dix-sept ans.
Sexe. — Les statistiques montrent que le décollement épiphysaire s’observe surtout chez les garçons. Poland, sur les 46 cas mentionnés plus haut, n’a rencontré que 2 cas de décollement chez des fillettes de dix ans. Il fait remarquer que la plus grande partie des cas observés chez les filles se sont produits avant l’âge de la puberté. Ceci pourrait s'expliquer par le fait que dans leur première enfance, les filles participent aux jeux et à la vie mouvementée des garçons, tandis que plus tard, elles s’isolent et sont moins exposées par leur vie sédentaire aux graves accidents. Sur 289 cas de décollements épiphysaires, 42 seulement intéressent les filles et 3 seulement sont survenus après l’âge de la puberté.
Pathogénie. — Expérimentalement, l’épiphyse inférieure du tibia peut être décollée par une très forte flexion. Curtillet a obtenue un décollement de l’épiphyse supérieure du tibia, en faisant tomber un poids de 57 kilos sur la plante du pied, la jambe désarticulée étant solidement fixée et reposant à terre sur les condyles du tibia. Le poids en tombant a produit une flexion brusque et violente du pied, à laquelle s’est ajouté un choc extrêmement énergique dans le sens vertical, réalisant ainsi ce qui se passe sans doute dans une chute d’un lieu élevé sur les talons.
Gueretin, dans ses expériences sur des cadavres d'enfants en bas-âge, a eu des décollements de l’épi-
2 00 physe inférieure du tibia, mais il a surtout obtenu des fractures.
Cliniquement, on a peu d'exemple de décollements produits par un traurñatisme direct. Les rares cas observés ont été occasionnés soit par le passage des roues d’une voiture sur le pied (Observations XXIV et XX XV), soit par la chute d’un corps pesant sur la jambe (Obs. XXV), le pied étant tourné en dehors, ou bien par la chute du haut d’un mur sur les pieds. En résumé, toutes les violences extérieures, coups, chutes, tractions, torsions peuvent les produire. Les violences directes produisent les formes de décollements les plus graves ; elles sont presque toujours accompagnés de décollement de l’épiphyse inférieure du péroné ou de fracture de l'extrémité inférieure de cet os.
Les traumatismes indirects sont les causes les plus communes de décollement. Très souvent c’est un enfant qui en voulant sauter ou éscalader un mur est resté accroché par ses pieds et est tombé en avant (Obs. XX VI, XXIX). Souvent l'enfant monté sur les ressorts d’une voiture glisse, est saisi par la jambe et entrainé par le mouvement des roues (Obs. XXIIT). D'autres fois, c’est une chute d’une grande hauteur sur les pieds (Obs. XI, XIT), ou bien une chute avec la jambe fléchie sous le corps et donnant à celle-ci une position forcée (Obs. XVII, XXXIII). Un coup violent sur le côté de la jambe, le pied étant retenu fixé au sol peut produire la même lésion.