HISTORIQUE
La zone de réunion de l’épiphyse et de la diaphyse d’un o$ constitue’ün point de moindre résistance. Les traumatismes pourront plus facilement y déterminer des solutions de continuité tant que l'ossificalion ne sera pas complète. Aussi les ruplures du | cartilage conjugal sont-elles connues depuis fort longtemps. Ambroise Paré les a signalées. Reichel, au dix-huitième siècle, distingue le décollement trau- - matique du décollement spontané. Il signale déjà que, dans les ruptures par violence, l’épiphyse reste unie au cartilage qui est séparé de la diaphyse. Salmon aborde en 1845 la question expérimentale. Il relate les résultats de ses nombreuses expériences sur les cadavres de nouveau-nés et de jeunes enfants ; il a montré que les déplacements ne peuvent exister sans déchirures du périoste. Au point de vue clinique, il mentionne l'importance de la crépitation mate que l’on obtient par les frottements des deux fragments l’un contre l’autre. Cruweilhier et Malgaigne déclarent que les décollements épiphy- , saires sont rares, qu'il n’y a aucune nécessilé de les
distinguer des fractures.
L'influence de ces maitres se fit sentir jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle. L’anatomie osseuse et la chirurgie osseuse font des progrès sous l'impulsion . de l’école lyonnaise. Les travaux d’Ollier et de Poncet sur le rôle du cartilage épiphysaire font éclore
d’autres -travaux. Dans ses recherches expérimen- . tales, Ollier lui-même reproduit sur le cadavre la
variété de décollement qui nous intéresse et dénomme cette lésion l'entorse juxta-épiphysaire.
Dans son traité, paru en 1898, Poland s'est occupé longuement du décollement de l’épiphyse inférieure du tibia, Il réunit 46 cas et l’on trouve dans son ouvrage, avec l’exposé des cas anciens, les données récentes fournies par les rayons X.
Il s’agit le plus souvent de traumatismes graves,
provoquant une large plaie, avec exposition du foyer de fracture. Dans les cas de lésions fermées, il s’intéresse au mécanisme de la rupture, mais il nie tout espèce de rapport entre le décollement de l'épiphyse et la fracture de Pott.
À partir de 1900, grâce aux progrès de la radio
graphie qui permet une étude plus certaine des lésions osseuses, les cas se multiplient.
Monod, en 1901, présente une première radiogra-
phie où le déplacement en arrière est tout à fait net.
Dans la thèse de Lièvre parue en 1903, le cas de Monod est reproduit, et dans l’observation qu'il y ajoute; l’auteur rapproche la lésion de la fracture de Dupuytren. Il faudrait pour la déterminer abduc-
tion du pied combinée à la rotation externe. Cette
+ ets ee.
Sin
idée émise timidement n’était pas appuyée par des
exemples typiques qui puissent la fortifier.
Donc, des cas isolés, assez nombreux il est vrai, de décollements épiphysaires du tibia, pas d'idée générale qui puisse les réunir.
De la comparaison de ces cas entre eux, de l'étude de leur mécanisme, de leur cause, des lésions osseuses que l’on constate, sortira une vue d'ensemble qui permettra à À. Broca, en signalant le décollement épiphysaire du tibia, de le rapprocher de la fracture de Dupuytren, de marquer l'identité de ces deux
affections survenant seulement à deux époques différentes de la vie.
L'étude des épreuves radiographiques vient à l’appui de son idée. Les observations se multiplient et-
toujours dans ces différents cas cliniques, malgré
des varialions de détail existent des déplacements osseux identiques et un mécanisme toujours le mêine.
A l’appui de cette thèse, les observations de Broca donnent l'occasion à Kirmisson de répéter el d’enseigner que « la fracture de Dupuytren n'existe pas chez l'enfant ; elle est remplacée par la fracture du péroné avec décollement épiphysaire de l’extrémité inférieure du tibia ».
: Voilà, paraitil, une affection nettement classée. Cependant, une observation de Chaput semble devoir être d’une interprétation toute différente. Cotté écrit en 1914 dans le Lyon chirurgical où il vient de rapporter l’histoire d’un malade atteint de décolle-
é fe
ment épiphysaire du tibia : « Il est difficile de dire
le mécanisme de la fracture chez notre blessé. Cependant, il s'agirait plutôt d’une fracture type Tillaux, puisque le pied est en adduction, l’épiphyse tibiale ouverte en dehors. Sur le péroné, le cartilage
de conjugaison a résisté, letrait de fracture est bien au-dessus de lui. » La rupture commence également
en dehors dans l'observation de Chaput.
Dansle Traité de Chirurgie Le Dentu et Delbet,Tanton écrira : « Le décollement épiphysaire tibial inférieur est l'équivalent d’une fracture supra-malléolaire de l'adulte ; comme certaines de ces fractures, il peut présenter une déformation analogue à la fracture de Dupuytren. »
Ces fractures,/de cause indirecte le plus souvent,
seraient dues à un mouvement d’adduction forcée.
Le péroné fixé à ses deux extrémités au tibia se brise à son point de moindre résistance, C ’est-à-dire au-
dessus des ligaments péronéo-tibiaux inférieurs. Le
mouvement d’adduction se continuant, ces ligaments exerceraient une traction puissante sur le tibia et l’arrachent en totalité. Les fractures supramalléolaires par abduction seraient rares.
En nous appuyant sur nos observations et des observations antérieures, nous tâcherons de bien caractériser cette affection qu’est Le décollement épiphysaire de l'extrémité inférieure du tibia, et de lui faire la place qui lui convient parmi les lésions osséuses, si complexes déjà, que lon peut constater dans la région tibio-tarsienne,