CHAPITRE IV
Diagnostic et pronostic.
Les anomalies de consistance de la tête fœtale peuvent non seulement être une cause de dystocie ainsi que nous l’étudierons dans le chapitre suivant, mais les difficultés du diagnostic peuvent en être augmentées.
Pendant le cours de la grossesse, c’est le palper qui fournit les renseignements les plus utiles. Alors la consistance de la tête à peu d'importance. Mais dans le cours du travail, le toucher va devenir le plus sûr moyen de diagnostic. Le palper permettra bien de reconnaître, dans l'intervalle des contractions, la direction du plan dorsal. Une cause d'erreur réside dans la flexibilité du cou, qui fait que les changements d'orientation de la tête ne se répercutent pas forcément sur le tronc.
Par le toucher, au contraire, on arrivera sur les fontanelles, sur les sutures, donnant des indications nettes dan
les cas normaux. 11 n’en sera pas de même si le doigt rencontre sur des anomalies de structure.
S'il y a excès d’ossification, les sutures disparaissent, des os wormiens occupent les fontanelles.
S'il y a ossification insuffisante et irrégulière, alors le doigt se repère difficilement sur des pièces osseuses chevauchant, plissées et se tassant, tantôt du côté de la grande fontanelle, tantôt du côté de la petite, suivant la variété de la présentation (Bonnaire).
La présence des fontanelles, accessoires, peut induire en erreur à un examen rapide. Les caractères de la grande fontanelle se retrouveront sur une fontanelle de Gerdy, large et profonde, double et symétrique, avec ses quatre bords.
Une incision longue et étroite pourra donner la sensa tion des trois sutures divergentes de la fontanelle occipitale.
La grande poche fluctuante de l’hydrocéphalie se con fondra rarement avec un simple défaut d’ossification. On constatera que l’extrémité céphalique n’est pas engagée, et ie palper permet de sentir une masse de volume anormal.
Quand les sensations sont ainsi indécises, il faudra un toucher très doux et lent, le doigt devra frôler et non déprimer, et parcourir le plus grand espace possible. I sera parfois nécessaire d'introduire deux et même quatre doigts, tranSformant le toucher digital en toucher manuel.
Tarnier conseille d'aller à la recherche de l'oreille : 1à où regarde l’attache du pavillon sc trouve dirigé l’occiput. Ces diverses précautions permettront d'éviter les erreurs
de diagnostic auxquelles exposerait une exploration trop hâtive. |
Nous devons nous demander quelles conséquences peut avoir pour l’enfant cette diminution de solidité de l’enveloppe destinée à protéger ses organes encéphaliques.
Les auteurs se partagent en deux camps au sujet du pronostic. En tête des optimistes nous placerons Thoimet!, qui considère la moliesse de la tête comme une action providentielle, « car, dit-il, la compression de l’encéphale produit l’insensibilité et empêche ainsi les douleurs que l'enfant ne pourrait manquer de ressentir pendant les efforts de l'accouchement ».
Denman? considère que la tête fœtale peut se réduire d'un tiers de son volume sans que l’enfant en souffre.
Billard, dans son Traité des maladies des enfants (Paris, 1840), explique de la manière suivante la facilité
avec laquelle la tête de l’enfant supporterait la compression: Si dit-il, l’encéphale de l’enfant offre une telle tolérance à la compression, c'est en vertu de la loi générale : la résistance organique et l’activité réparatrice de chaque individu sont d'autant plus grandes que le type auquel il répond est moins élevé dans la série animale. »
Mais pour d’autres auteurs, au contraire, le pronostic est loin d’être toujours favorable.
Parrot, avec Guéniot, considère la compression pen-
1 Thoimet, Recherches sur les différents degrés de compression dont la tête est susceptible (Mém. de la Soc. de médecine, 1799).
? Denman, Introduction to the practice of Miduifery, 1816, p. 532.
1 Parrot, Etude sur l’hémorragie encéphalique chez le nouveau né (Archives de Tocologie, 1875).
Ne pe
dant l’accouchement comme une cause fréquente d’hémorragie intra-Crânienne.
Math. Duncan ‘ pense que, si le cerveau est trop comprimé, l'enfant peut devenir idiot, épileptique ou. aliéné.
La compression amènerait pour Truzzi (loc. cit.) l’asphyxie par ralentissement progressif de la circulation, opposée à l’asphyxie intra-utérine rapide, par accumulation d'acide carbonique dans le sang.
En somme, les dangers résultent pour l’enfant des chances de compression et de la longueur du travail.
Les observations que nous avons pu recueillir nous inclinent plutôt à porter en général un pronostic favorable ; un état asphyxique de l’enfant n’y est pas signalé, sauf dans l’observation I.
! Math. Duncan, Brit. med. Assoc., séance annuelle de 1875,