‹ Du degré d'utilité de l'anatomie comparée dans l'étude de l'anatomie humaineChapitre 1 sur 11 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

La situation de l'homme, sur le globe qu’il habite, et où il règne en souverain, est, sous divers rapports, extrêmement remarquable. Si on le compare aux autres animaux, si on n’envisage que sa constitution physique, il semble, à tous égards, moins bien partagé qu’eux; mais si on pénètre plus avant dans son étude, si on considère en détail son organisation , si on analyse les phénomènes de la pensée , on est en droit de dire avec Huffon : l'animal est l’ouvrage le plus complet de la nature , et l’homme en est le chef-d’œuvre. Placé par sou ensemble psychique et organique à la tête des êtres vivants, les dominant tous, il était le but nécessaire des méditations des philosophes , des naturalistes et des médecins. Sous ce triple rapport , l’étude de l’homme offre un intérêt majeur, et le philosophe, aussi bien que

le naturaliste et le médecin , a besoin de connaître, dans des termes différents, l’admirable ensemble de l'organisme humain. De là résulte que cette étude devait être considérée sous des points de vue différents , et suivant les besoins de la philosophie , de l 'histoire naturelle et do la médecine.

Si on examine l’homme sous l’un ou sous l’autre de ces rapports, on se convaincra facilement qu’on ne peut l’isoler de la série des êtres vivants. « L’homme isolé, dit Vicq-d’Azyr, ne paraît pas aussi grand; on ne voit pas aussi bien ce qu’il est : les animaux , sans l’homme , semblent être éloignés de leur type , et on ne sait à quel centre les rapporter. »

Lorsqu’on étudie l’homme en général, physiologiquement ou philosophiquement, une comparaison immédiate, constante avec les animaux, est nécessaire pour apercevoir les lois générales de l’organisme, et pour saisir l’ensemble de la série dont l’homme est le dominateur. La physiologie, c’est-à-dire la science des lois de l’organisation, a besoin, plus que toute autre science , de cette étude comparative. Elle ne peut progresser sans être éclairée à chaque pas par des lois , des principes , des vues d’ensemble , dont Bacon et Leibnitz ont depuis longtemps proclamé la nécessité.

Cette étude comparative des êtres organisés , indispensable au physiologiste, est nécessaire au philosophe cherchant à résoudre les problèmes souvent impénétrables de la psychologie ; mais ces études ne sont pas moins utiles à l’anatoiniste , dont l’œil scrutateur s’applique à suivre et à surprendre les différentes phases des évolutions organiques. Plongé au milieu de ces recherches si pénibles et en même temps si curieuses , il u

besoin d'être soutenu par des règles positives, pur des principes invariables , afin d’arriver à des résultats précis, afin de formuler les lois qui président aux développements organiques. En effet, si rien de fixe ne dirige ses investigations, il court le risque de tomber dans des erreurs d’interprétation sans nombre; il s’expose à mal lire la série de ces développements; il s’expose à mal voir et à mal faire; et, loin de préparer et d’amasser d’utiles matériaux destinés à servir de base à un édifice bien assis , il encombre la route scientifique de pierres mal taillées et plus nuisibles qu’utiles.

Ces études comparatives sont-elles indispensables, ou seulement utiles à l’observateur qui , s’isolant des abstractions élevées de la philosophie naturelle , étudie l’organisme humain, dans le but déterminé de consacrer le fruit de ses études à l’art de guérir; ou, en d’autres termes : l’anatomie humaine a-t-elle besoin des secours de l’anatomie comparée, et jusqu’à quel point? C’est là la question qu’il s’agit d étudier.

Pour arrivera une solution rigoureuse, il importe de formuler nettement les termes de la question :

1° Qu’ est-ce que l'anatomie comparée en elle-même et quel est son but ?

2° Qu est-ce que (anatomie humaine et quel est son but ?

Ces deux termes ainsi posés, nous rechercherons en quoi, et comment l’anatomie comparée peut être utile à l’anatomie humaine.

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