ANT AA
Le 19 elle a une crise d’excitation, elle se lève et se roule dans la salle, puis s'endort. Le lendemain elle se plaint de la tête.
La température est alors à 37°5. P... ne pèse plus que 69 kilogrammes. Elle a maigri de 7 kilogrammes en quinze Jours. Le facies est congestionné, les traits sont tirés. Les yeux se cernent, La langue et les lèvres sont sèches et fuligineuses. L'haleine est très fétide. Un examen minutieux ne permet pas de découvrir une lésion organique.
À partir du 20 janvier, P... s’affaisse de plus en plus. Les conceptions délirantes vont s’atténuant, La diarrhée apparaît le 23. La malade se plaint de la tête, puis dit qu'elle a mal partout.
Le 26 elle se plaint du ventre. La diarrhée augmente. Le 28 les selles sont noirâtres. P... a eu une hémorragie intestinale. Le ventre est souple et peu douloureux,
L'état général faiblit alors rapidement, Après avoir eu les 29, 30 et 31 des selles diarrhéiques abondantes avec melœna, P... se plaint du ventre le 31. Elle a, dit-elle, des douleurs comme une femme qui accouche. Elle ne cesse de crier toute
la nuit du 31 et meurt dans le collapsus à 8 heures du matin.
Il s’agit en résumé d’une femme jeune, bien portante, atteinte brusquement de confusion mentale et qui succombe après cinq semaines de maladie sans avoir présenté, en dehors des troubles psychiques, d'autres signes fonctionnels que quelques phénomènes gastro-intestinaux.
L’autopsie fut faite après vingt-quatre heures.
Les poumons présentaient des lésions congestives
banales.
PCA: PR
Le cœur était flasque, dilaté, de couleur pâle. Il n’y avait pas de lésion valvulaire ou endocardique. La rate avait son volume et son aspect normaux.
Rien du côté des organes génitaux.
L'estomac ne présentait rien de particulier.
Le gros intestin était rempli de grosse boules fécales. Il ne présentait pas d’ulcération.
L'intestin grêle était rempli de matières semiliquides, jaunes, très fétides.
L'aspect de l'intestin était très différent dans ses moitiés supérieure et inférieure. Dans la moitié supérieure la paroi était normale. Dans la moitié inférieure, l'épaisseur de la paroi était très réduite. La surface de la muqueuse, d’un aspect verdâtre, était absolument lisse sans valvules conniventes. On ne put découvrir la plus petite ulcération, ni plaque de Peyer tuméfiée.
Par place on notait un piqueté hémorragique, cause probable du melœna. L'examen histologique montra qu'il ne restait plus que la base de la muqueuse, elle-même à moitié détruite. La sous-muqueuse ne présentait pas trace d’inflammation.
Le foie avait son volume et son poids normaux (1.600 grammes). Il était ferme, sans être dur.
L'examen histologique permit de mettre en évidence une dégénérescence graisseuse intense, étendue à tout l'organe, et n’épargnant aucun lobule. Les espaces portes sont atteints d’une légère cirrhose. Les veines sus-hépatiques et les capillaires ne sont pas dilatés. La dégénérescence graisseuse
est surtout marquée autour des espaces portes.
Les travées hépatiques ont perdu leur ordination. Les cellules sont presque toutes infiltrées de gouttelettes graisseuses de grosseur variable.
Les reins parurent peu malades à Pape L'examen histologique les montra atteints de néphrite parenchymateuse diffuse. Il n’y a pas de réaction inflammatoire du tissu conjonctivo-vasculaire. Les glomérucles paraissent normaux.
Leurs capillaires ne sont pas congestionnés ; la capsule de Bowmann est vide ; son endothélium est intact. Les épithéliums sont atteints de grosses lésions qui sont disséminées, portant à la fois sur les tubes contournés et sur les anses de Henlé, aussi bien dans leur portion corticale que médullaire. La lumière des tubes est par places remplie d’un exsudat granuleux. Les cellules épithéliales sont tuméfiées, avec un protoplasma granuleux et trouble, un noyau mal délimité, se colorant mal. De nombreuses cellules présentent en outre des granulations graisseuses de volume variable.
A l’autopsie on ne trouva rien du côté des centres nerveux. Le liquide céphalo-rachidien étaitabondant. Toutes les veines du cerveau étaient dilatées et sinueuses.
L'examen histologique de la moelle ne permit de mettre en évidence que des lésions cellulaires banales. Il n’existait aucune lésion des tubes à myéline, des cylindraxes, ou des vaisseaux, Il n'existait
Courtois b
Dr VOTE
pas de corps granuleux. Il n'y avait pas de lésion méningée.
Le cerveau ne présentait pas de lésion en foyer. L'examen de nombreuses circonvolutions ne décela ni méningite, ni phénomènes inflammatoires périvasculaires. Tous les vaisseaux et tous les capillaires sont gorgés de globules rouges. Il n’y a pas de lésions des fibres à myéline.On n'a pas trouvé de corps granuleux.
Mais les lésions cellulaires nous ont paru assez intenses et assez étendues pour que nous leur attachions une certaine importance. Les noyaux des cellules nerveuses se coloraient mal par l'hématéine ; il n’y avait pas de coloration é'ective et la cellule apparaissait comme un bloc uniformément teinté. Les noyaux des cellules nerveuses étaient à ce point de vue très différents des noyaux de la névroglie, fortement colorés par ’hématéine.
Il fut presque impossible d'obtenir par les bleus d’aniline la coloration des corpuscules de Nissl. Quelques rares cellules en présentaient. Le corps cellulaire restait uniformément teinté, un peu trouble et grenu. Le noyau n'était pas nettement délimité et présentait un aspect flou. Le nucléole était partout visible. Dans quelques cellules le noyau était excentrique (Fig. 4).
Nous avons donc trouvé dans le foie, le rein, la mœælle et le cerveau des lésions du même ordre. Nulle part nous n’avons découvert de lésion inflammatoire. Dans aucune coupe nous n’avons pu déce-
ler la présence d'un microorganisme. Mais dans tous les organes existaient des lésions dégénératives. . Tuméfaction, troubles et dégénérescence graisseuse des cellules du rein, dégénérescence graisseuse des cellules du foie, chromatolyse des cellules nerveuses; toutes ces lésions se rencontrent dans les intoxications. Comment pouvons-nous les expliquer ici ?
Si nous considérons que la température n’a jamais dépassé 38 degrés, que la rate n’a jamais été grosse, que nous n'avons trouvé dans les viscères ni phénomènes inflammatoires, ni microorganismes, nous ne penserons guère qu'il se soit agi d’une maladie infectieuse. Nous ferons toutefois la réserve que peut-être une infection très légère a évolué pendant les quinze jours qui ont précédé l’entrée dela malade à l'hôpital. D'autre part, si nous tenons compte des antécédents de la malade, si nous considérons que l'entérite et le mélœna ont été les symptômes physiques les plus nets, que l'intestin était en partie détruit, que le foie élait dégénéré autour des espaces portes, nous inclinerons à penser que le point de départ a été une affection intestinale. Cette affection a-t-elle été provoquée elle-même par un écart de régime, une intoxication alimentaire ? Nous n'avons pu élucider ce point,